L'opérateur néerlandais KPN renonce à la nomination de Dominique Leroy en tant que CEO. L'annonce tombe comme un couperet pour la carrière de l'ancienne patronne de Proximus. Dominique Leroy a longtemps bénéficié d'une réputation flatteuse, qui allait de pair avec un bilan globalement positif à la tête de l'opérateur historique. Mais deux erreurs fondamentales ont contribué à sa chute.
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L'opérateur néerlandais KPN renonce à la nomination de Dominique Leroy en tant que CEO. L'annonce tombe comme un couperet pour la carrière de l'ancienne patronne de Proximus. Dominique Leroy a longtemps bénéficié d'une réputation flatteuse, qui allait de pair avec un bilan globalement positif à la tête de l'opérateur historique. Mais deux erreurs fondamentales ont contribué à sa chute. En janvier dernier, la Belgique découvrait avec stupeur que Proximus allait faire l'objet d'une restructuration sans précédent. A la clé : 1.900 départs sur trois ans, dont une partie sous la forme de licenciements secs. Pourtant, l'opérateur se porte bien, voire très bien. Ultra-dominant sur le marché belge, Proximus dégage des bénéfices confortables, dont il fait profiter l'Etat belge, son actionnaire majoritaire. Le personnel de l'entreprise, les politiques, les citoyens (et clients) belges ont du mal à accepter ce plan de restructuration. Dominique Leroy tente d'éteindre l'incendie en expliquant les raisons de ce plan : nécessité de s'adapter à un nouvel environnement numérique qui demande de nouvelles compétences (1.250 embauches sont prévues parallèlement aux départs), mais aussi à un nouvel environnement concurrentiel (ouverture du câble à la concurrence, potentiel 4ème opérateur mobile)... Rien n'y fait, le message ne passe pas.La faute à une communication défaillante. Quand Dominique Leroy présente son plan de restructuration à son conseil d'administration, elle pense pouvoir garder le couvercle sur celui-ci pendant... dix jours, le temps d'informer son personnel puis le grand public. Ce qui devait arriver arriva : une fuite dans la presse provoque une avalanche de réactions politiques outrées. Dominique Leroy est convoquée par le Premier ministre Charles Michel. Les syndicats montent au créneau, les relations sociales se tendent dans l'entreprise. La CEO devient rapidement inaudible. C'est la première faute majeure de Dominique Leroy, qui faisait jusque-là un parcours quasi sans faute à la tête de Proximus. Ce faux pas, qui écorne pour la première fois son image de CEO compétente et crédible, jouera probablement un rôle dans sa décision de quitter la Belgique pour l'opérateur néerlandais KPN.C'est dans cette ambiance chahutée que tombe la proposition KPN. Une belle occasion de quitter Proximus par le haut. Dominique Leroy se voit proposer un marchepied vers une carrière internationale. Elle rejoint un opérateur de taille relativement similaire à Proximus, en s'affranchissant de l'influence d'un Etat belge actionnaire parfois difficile à gérer, le tout pour un package salarial plus attractif. C'est une promotion à la hauteur des ambitions de Dominique Leroy.Mais ce genre de processus de recrutement doit être manié avec des pincettes. Le risque juridique et le risque réputationnel font désormais partie intégrante des politiques de nomination des hauts cadres dans les groupes cotés comme KPN. En ce sens, procéder à la vente d'une partie de ses actions Proximus alors que des contacts ont déjà été établis avec son potentiel futur employeur est une manoeuvre risquée. Et ce risque a visiblement été mal évalué par Dominique Leroy. L'enquête du parquet et celle de la FSMA révéleront si l'ancienne patronne de Proximus s'est rendue coupable ou non d'un délit d'initié. En attendant, quelle que soit l'issue de ces enquêtes, une entreprise comme KPN, exposée au jugement des marchés, ne souhaite pas porter le flanc à des critiques sur la probité de son CEO. La suspicion jetée sur Dominique Leroy par ces procédures et les perquisitions qui les ont accompagnées fait courir un risque juridique et réputationnel à l'entreprise. Une situation inacceptable pour certains actionnaires, qui ont convaincu le conseil d'administration de KPN d'agir fermement. Fragilisée par ces deux erreurs majeures, Dominique Leroy est brutalement stoppée dans son ascension. Elle ne dirige plus Proximus. Elle ne dirigera pas KPN. Et la suite de sa carrière est un grand point d'interrogation.