La date butoir est arrivée! A partir de ce mercredi 7 juin, les opérateurs sont contraints de débrancher les cartes SIM dont les propriétaires ne se sont pas identifiés.
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La date butoir est arrivée! A partir de ce mercredi 7 juin, les opérateurs sont contraints de débrancher les cartes SIM dont les propriétaires ne se sont pas identifiés. Au moment d'écrire ces lignes, sur les 3,1 millions de cartes SIM pré-payées en circulation, 2,7 millions ont été enregistrées ces six derniers mois, soit 85% des cartes prépayées actives, ressort-il des chiffres de l'Institut belge des services postaux et des télécommunications (IBPT), communiqués mercredi par le ministre fédéral compétent Alexander De Croo (Open Vld).C'est la conséquence d'une décision prise par le gouvernement fédéral suite aux attentats terroristes du 22 mars 2016. Pour des raisons de sécurité, tous les utilisateurs de forfaits GSM doivent désormais être identifiables. Pour les abonnements postpayés, c'était déjà le cas via le système de facturation mensuelle. Par contre, les cartes prépayées, à recharger en magasin ou via Internet, permettaient à leurs utilisateurs de bénéficier d'un certain anonymat. Pour éviter que ces cartes soient utilisées comme moyen de communication discret par des personnes mal intentionnées, les autorités ont donc décidé de procéder à une identification de l'ensemble des utilisateurs. Depuis janvier, les opérateurs télécoms multiplient les SMS, les messages vocaux, les communications via les réseaux sociaux... afin d'informer leurs clients prépayés au sujet de cette nouvelle obligation. Pour se mettre en ordre, les clients ont plusieurs choix, qui dépendent de leur opérateur. Ils peuvent se présenter en boutique avec leur carte d'identité, ou s'identifier en ligne via un lecteur de cartes. Base a également mis sur pied une " tournée d'enregistrement " pour aller à la rencontre de ses clients. Il est également possible de communiquer ses données (nom, adresse, etc.) en ligne en rechargeant son forfait via une carte bancaire. Dans la dernière ligne droite, les opérateurs anticipent un sprint final des derniers retardataires. Mais ils savent qu'une proportion non négligeable de clients ne se manifesteront pas. Chez Proximus, 75 % des clients prépayés (soit environ 750.000 utilisateurs) se sont identifiés. L'opérateur, qui a fixé la date limite anticipativement au 29 mai, s'attend à un pic de demandes de réactivation au moment où le client se rendra compte que sa carte est bloquée. Celui-ci dispose en effet de trois mois supplémentaires pour remettre sa carte SIM en service moyennant la transmission de ses données personnelles. Mais Proximus estime qu'environ 20 % des cartes seront définitivement désactivées. Chez les deux autres grands opérateurs mobiles, on retrouve plus ou moins les mêmes proportions de clients qui se sont manifestés. Chez Base, les trois quarts des utilisateurs se sont identifiés. Chez Orange, on parle d'une " grande majorité de clients ". Tous s'attendent à ce que de nombreux clients ne réagissent qu'après la désactivation de leurs cartes SIM. Ce qui fait craindre, notamment du côté de Base, un afflux inédit de consommateurs en magasin lors de la journée fatidique du 7 juin. Toujours est-il que les opérateurs s'apprêtent à débrancher plusieurs centaines de milliers de cartes SIM. Certains clients n'utilisent en effet plus du tout leur carte depuis des mois et un certain nombre de cartes ne sont d'ailleurs plus logées dans le téléphone, ce qui empêche leur utilisateur de recevoir les SMS d'alerte. Dans certains cas particuliers, le client ne sait plus - de bonne foi - qu'il possède une carte SIM et qu'il doit s'identifier. C'est le cas des cartes SIM intégrées dans un système d'alarme, qui permettent au client d'être prévenu en cas d'intrusion. D'après l'IBPT, le régulateur du secteur télécoms, plus d'un million de cartes pourraient être désactivées. Ce qui représente environ un tiers de l'ensemble du parc existant. Aux cartes SIM des trois principaux opérateurs (lire l'encadré " Une chute inexorable "), il convient en effet d'ajouter celles des opérateurs alternatifs comme Lyca Mobile, Mobile Vikings (qui estime pouvoir identifier 97 % de ses clients prépayés) ou encore Allo RTL. Ce rétrécissement annoncé du marché prépayé ne fera que précipiter une tendance marquée depuis plusieurs années chez Proximus, Orange et Base. Qu'est-ce qui explique cette désaffection des consommateurs pour cette formule qui leur permet pourtant de mieux contrôler leurs coûts ? Tout d'abord, l'un des atouts des cartes SIM prépayées s'est quasiment évaporé en 2012, lorsque la loi télécoms est entrée en vigueur. Afin de favoriser la concurrence, cette réglementation a permis aux consommateurs de quitter leur opérateur mobile après six mois, sans payer le moindre centime. Dès ce moment-là, les abonnements postpayés ont bénéficié d'une flexibilité quasiment identique à celle traditionnellement attachée aux cartes prépayés. Une première vague de clients a alors migré vers le système du forfait à acquitter en fin de mois, sachant que six mois plus tard, il leur était loisible de passer à la concurrence. Dans la foulée, cette nouvelle volatilité des clients a secoué le marché, poussant les opérateurs à se livrer une véritable guerre des prix sur leurs abonnements mobiles. " La migration progressive des clients prépayés vers le postpayé s'explique par le fait que les prix des abonnements ont largement diminué et que ceux-ci ont gagné en flexibilité, explique Olivier Crucq, directeur marketing et stratégie de la division consommateurs chez Proximus. S'y est ajoutée l'attractivité des offres conjointes, qui ont contribué à dynamiser le marché. " Ces offres, qui ont mis du temps à s'imposer en Belgique mais qui rencontrent désormais un certain succès, intègrent un smartphone à prix réduit dans le forfait télécoms. Or, elles n'existent que dans le cadre d'abonnements postpayés, ce qui renforce l'attractivité de ces formules. Le marché des télécoms a également évolué ces dernières années vers les offres convergentes. Les formules " tout en un " sont devenues les plus populaires. D'après les derniers chiffres de l'IBPT (2015), près de trois millions de ménages belges ont contracté une offre convergente, intégrant deux à quatre composantes télécoms. Or, dans ces packages incluant TV, Internet, voire téléphonie fixe, les abonnements mobiles sont d'office des forfaits mensuels postpayés. Un pack comme Tuttimus, proposé par Proximus, peut ainsi intégrer un ou plusieurs forfaits mobiles, mais pas des cartes prépayées. Malmené par ces différents épisodes, le prépayé a-t-il encore un avenir ? Les opérateurs continuent de défendre ce modèle, qui répond toujours selon eux à certains besoins spécifiques. " La nouvelle législation a un impact sur le fonctionnement du marché du prépayé mais celui-ci reste très important pour Orange, explique Jean-Pascal Bouillon, porte-parole de l'opérateur en Belgique. Il n'est certainement pas voué à disparaître à court terme. Par contre, de nouveaux besoins sont apparus. " Chez Orange, on estime que certains clients sont à la recherche d'offres combinant les avantages de l'abonnement et du prépayé. C'est la raison pour laquelle l'opérateur a lancé les offres Zen, des abonnements à prix fixe comprenant un certain volume d'appels, de SMS et d'Internet mobile. Si la limite est dépassée, le client peut acheter des crédits supplémentaires. C'est en quelque sorte une façon de recycler le modèle prépayé dans un abonnement postpayé. Proximus fait à peu près la même chose avec ses abonnements FullControl, qui proposent un budget bloqué. Une offre tout spécialement destinée aux parents qui souhaitent éviter que leur enfant ou adolescent n'explose malencontreusement son forfait. Chez Base, on assure aussi que les offres prépayées gardent tout leur sens. " Il est vrai que le marché s'est rétréci ces dernières années parce que les offres postpayées sont devenues plus compétitives. Mais il y a toujours un marché pour les clients qui cherchent de la flexibilité et un plus grand contrôle sur leur facture ", souligne Coralie Miserque, porte-parole de Telenet (maison mère de Base). Le client type pour ces offres prépayées est de plus en plus difficilement identifiable. Il s'agit désormais plutôt d'une multitude de profils de niches. On compte parmi les adeptes du prépayé les jeunes qui contractent un premier forfait mobile et disposent d'un budget serré, les étudiants Erasmus de passage en Belgique, les seniors ayant une consommation mobile modérée, les propriétaires qui vendent leur bien ou le mettent en location et qui préfèrent avoir une deuxième ligne téléphonique pour gérer cette opération, les professionnels de passage en voyage d'affaires, etc. Si les cartes prépayées connaissent un important déclin, les trois grands opérateurs arrivent malgré tout à s'y retrouver. Globalement, un transfert s'est effectué vers les abonnements postpayés. " Le marché du prépayé va continuer à régresser avant de se stabiliser, estime Olivier Crucq (Proximus). Mais le marché mobile dans son ensemble, malgré une certaine saturation, continue d'afficher une légère croissance. " Au final, cette évolution du marché est même plutôt une bonne nouvelle pour les opérateurs. Les abonnés postpayés sont en effet plus fidèles que les utilisateurs de cartes prépayées. Chez Proximus, par exemple, le taux de churn (passage à la concurrence) est de 39 % sur le prépayé, contre seulement 15 % sur le postpayé. Les plus touchés sont finalement les opérateurs virtuels. Aussi appelés MVNO, ces opérateurs, qui ne disposent pas d'un réseau propre, louent l'infrastructure mobile d'un " grand " opérateur. Fonctionnant souvent avec une majorité de cartes prépayées, ces opérateurs alternatifs ont connu une certaine décroissance ces dernières années. Récemment encore, Aldi Talk et Symio ont mis la clé sous le paillasson. Tout un symbole : Symio cessera définitivement ses activités ce 7 juin, la date limite à laquelle les cartes prépayées non identifiées sont désactivées.