Après deux années passées dans le sud-est de la France, le Salon des blogueurs de voyage We are travel a mis le cap au nord, répondant à l'invitation des offices du tourisme de Wallonie-Bruxelles et de Flandre. Les 3, 4 et 5 avril prochains, le petit monde des blogueurs globe-trotteurs sera donc réuni à Bruxelles, sur le site Tour & Taxis. En plus des conférences et des sessions de speed dating organisées dans le cadre du salon, les offices de tourisme ont concocté plusieurs voyages de presse dans les trois régions belges.
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Après deux années passées dans le sud-est de la France, le Salon des blogueurs de voyage We are travel a mis le cap au nord, répondant à l'invitation des offices du tourisme de Wallonie-Bruxelles et de Flandre. Les 3, 4 et 5 avril prochains, le petit monde des blogueurs globe-trotteurs sera donc réuni à Bruxelles, sur le site Tour & Taxis. En plus des conférences et des sessions de speed dating organisées dans le cadre du salon, les offices de tourisme ont concocté plusieurs voyages de presse dans les trois régions belges. Deux cents blogueurs et 70 exposants sont attendus cette année : des chiffres en forte progression pour ce salon créé en 2014 par Xavier Berthier, patron de sa propre agence de communication et lui-même blogueur. " Il y avait un besoin de professionnaliser le métier, explique-t-il. La plupart des blogueurs sont juste des voyageurs et n'ont pas l'expérience du marketing. Nonante-neuf pour cent d'entre eux ont un travail à coté de leur blog. En face, il y avait une attente des partenaires qui, eux, doivent apprendre à traiter les blogueurs différemment de la presse : comme un média digital nouveau, avec lequel il faut travailler autrement. Ils ont aussi des besoins face à l'évolution très rapide des technologies digitales dans ce domaine. " Une évolution rapide et une multitude de profils. A l'origine du blog, il y a une passion, une façon personnelle de raconter et de partager qui touche les lecteurs. Avec le temps et le changement des habitudes de voyage des touristes, le blogueur est devenu une personne ressource. Son lecteur est le voyageur d'aujourd'hui qui ne franchira jamais la porte d'une agence de voyages et prépare lui-même un séjour à la carte. Le blog de voyage est désormais un acteur incontournable de l'e-tourisme : les communautés réunies autour de leurs auteurs deviennent une cible marketing pour les professionnels du secteur. Chaque blogueur doit alors choisir sa propre voie, selon son profil et ses attentes. Amandine Legrand, 30 ans, et son compagnon François Thierenz Sanchez, 31 ans (unsacsurledos.com), cumulent 45.000 visiteurs uniques (VU) par mois. Ce sont un peu les stars belges en la matière. Travaillant dans le marketing et l'informatique, ils voient leur blog, lancé en 2013, comme une vitrine pour leurs compétences respectives. Avec le succès, très vite, sont venues les propositions de rémunération, notamment d'insertion de liens. " Cela ne correspondait pas à l'idée que nous nous faisions de notre blog et qui répondait à mon plaisir d'écrire ", explique Amandine. " On n'avait pas envie de 'pourrir' notre site, complète François. On nous a déjà proposé de nous payer pour mettre sur le blog des articles tout faits et pleins de liens mais, si on fait ça, c'en est fini de notre image. " Comme beaucoup, les deux blogueurs bruxellois ont choisi de privilégier les partenariats basés sur des blogtrips ou voyages de presse. Ils voyagent alors gratuitement en échange d'une couverture sur les réseaux sociaux et le blog. Ces voyages de presse représentent moins de la moitié des voyages que le couple réalise chaque année. " On économise chaque mois un salaire et on vit en se serrant un peu la ceinture pour pouvoir partir en autofinancement, même si plus on gagne en influence et plus les propositions de voyages de presse augmentent. " Amandine et François tiennent à préserver cet équilibre entre voyages de presse et voyages autofinancés, un choix de fonctionnement partagé en partie par d'autres blogueurs belges comme Melissa Monaco, 42 ans, web content manager, mieux connue sous le nom de Mellovestravels. " Je n'ai jamais fait de business plan, explique-t-elle. Mon but est de donner des astuces, faire partager mes impressions, etc. Mon blog est un moyen de m'exprimer et de faire découvrir des destinations qui me plaisent. " Pour Frédérique Henrottin, 30 ans, copywriter web et Karl Delandsheere, 33 ans, infographiste et photographe, un blog est un " petit laboratoire personnel ". Sur yummy-planet.com, le couple de Liégeois a choisi l'angle culinaire. " On l'a fait pour voir mais quand même avec l'envie de le faire de manière professionnelle : bien construit, ergonomique et bien rédigé ", expliquent-ils. En plus des voyages de presse, il leur est arrivé d'accepter une rémunération par liens, mais en étant sélectifs. " On ne va pas accepter n'importe quoi juste parce que ça paye : cela serait aller à l'encontre de la relation de confiance que nous avons établie avec les lecteurs, se défend Karl. Si on ne gère pas cette autorégulation, on scie un peu la branche sur laquelle on est assis. " Car ce qui fait la force des blogueurs voyage c'est bien la qualité de leur contenu et la relation établie avec le lecteur qui est, de fait, plus engagé. Une notion de qualité, opposée à la course aux chiffres et aux followers. Pour Adeline Gressin, blogueuse française à plein temps (voyagesetc.com, 25.000 VU par mois), " les chiffres rassurent les professionnels du tourisme. Ils ne comprennent pas que ce n'est pas une stratégie de faire de la masse : ils ne vendent pas des déodorants mais des destinations ciblées. Il faut aller vers quelque chose de plus réfléchi. Cela commence à bouger : de plus en plus d'indicateurs tendent à signaler que maintenant c'est la qualité qui doit primer ". Aujourd'hui, cette repentie de la publicité arrive à gagner sa vie grâce à son blog. " Je gagne moins de la moitié de ce que je gagnais dans la pub car j'avais un bon poste, raconte-t-elle. Je suis plus précaire mais aussi plus libre. " Une liberté qui demande des heures de travail non comptées. " Partir en voyage de presse, c'est être toute la journée debout, dîner le soir en faisant des RP, être de retour dans sa chambre à 23 heures et ensuite bosser jusqu'à 2 heures du matin sur ses photos, ses vidéos, énumère Adeline. Ça a l'air facile mais, pour moi, une photo postée sur Instagram avec un bon texte c'est 30 minutes de travail, minimum. On vend du rêve mais, derrière, il y a un réel boulot. " Exceptionnellement, le blog de voyage mène aussi à la création d'une véritable entreprise. Comme c'est le cas pour Alexandre Vendé, ancien prof de sport aujourd'hui à la tête d'un blog qui comptabilise 5.000 VU par jour et un chiffre d'affaires de 370.000 euros par an. Avec Bons plans New York, le Bordelais de 39 ans fait aujourd'hui travailler sept personnes (salariés et prestataires), vend des livres, développe une application et s'apprête à vendre en B to B son expertise et ses visites via un nouveau site. Il gagne 3.000 euros par mois et confesse lui-même être passé du statut de blogueur à celui de chef d'entreprise. " Je me professionnalise tout en restant Alex le blogueur. J'essaye de jouer avec mon personnage, tout en restant moi-même. " Dans ce secteur en pleine expansion où chacun créé son activité à la carte, le salon est l'occasion de se rencontrer, d'échanger sur les pratiques et de prendre du recul. C'est aussi, pour les professionnels du tourisme, un moyen d'appréhender ce nouveau média qu'est le blog. " Certains sont encore réticents, même s'il y a eu une évolution ces dernières années, explique Pierre Coenegrachts, directeur général adjoint de Wallonie-Bruxelles Tourisme. Dans les campagnes, le mot blogueur faisait un peu peur mais, maintenant, on a compris l'importance de la crédibilité et que cela ne s'improvise pas. " Le blogueur commence peu à peu à remplacer les journalistes spécialisés dans le domaine du voyage. " Les journalistes sont multitâches et on ne voit plus régulièrement les mêmes personnes, regrette Pierre Coenegrachts. C'est donc plus compliqué de faire passer des messages. " C'est dans ce contexte que le blogueur entre en jeu : " ce sont des gens passionnés qui font part de leur expérience et qui sont donc des intermédiaires intéressants. On a beau faire des grandes campagnes de pub, le grand public sait que c'est de la pub alors qu'un article ou l'avis d'un tiers indépendant sur un blog a plus de crédibilité. C'est encore plus fort lorsque c'est un ami, une connaissance, qui vous recommande une destination et le blogueur entre un peu dans cette catégorie. " Les entreprises privées sont aussi très intéressées par le travail avec les blogueurs et les partenariats qui peuvent naître via un événement comme le salon. " Les manières de voyager, de préparer son voyage évoluent, et les blogueurs ont leur rôle à jouer, explique Nadia Grimoult, responsable communication & RP pour liligo.com, comparateur de vols. Les informations qu'ils partagent ont une vraie valeur ajoutée pour les voyageurs. Ce sont à la fois des personnes auxquelles le public peut s'identifier, tout en étant des voyageurs expérimentés qui ont l'habitude de voyager et de produire du contenu en même temps. " Pour cette société, les profils de ces nouveaux travailleurs du Web sont multiples mais " la professionnalisation semble déjà bien en marche, pour que leur influence perdure, à présent, ils doivent continuer à se renouveler d'année en année, rester à l'affût des nouveaux modes de communication, et développer encore leur expertise ". Des questionnements sur l'évolution des blogs de voyage qui seront fatalement au coeur des discussions lors du salon. Pour certains, il faut déjà veiller à ce que le principe ne se dénature pas. " Depuis quelques mois, des blogs se lancent comme la dernière start-up à la mode avec un timing millimétré et je trouve ça un peu perturbant, regrette par exemple Mélissa. J'ai l'impression qu'ils sont là, pas vraiment pour partager leur envie de voyager, mais pour essayer de profiter de la vague des blogueurs de voyage. Ce sont des gens bien branchés marketing et tout semble trop réfléchi. " Un avis partagé par Adeline Gressin : " Certains pensent que, parce qu'ils ont un blog, ils peuvent demander de partir gratuitement mais ce n'est pas comme ça que cela marche. Le salon doit être là pour former les jeunes et leur dire, que ce n'est pas un jeu. Les clients attendent quelque chose. " Pour Frédérique et Karl, le concept même du blog pourrait à un moment ou un autre s'essouffler : " Cela devra évoluer, car on arrive à une espèce de saturation de contenu, c'est de plus en plus difficile de trouver des niches : des gens vont alors trouver des nouveaux moyens de toucher le public. " LÉA AUBRIT