Issu d'une famille habitant la banlieue bruxelloise, Didier Ongena a effectué toute sa scolarité en néerlandais, même si le français était la langue privilégiée dans le foyer. Après avoir hésité avec Polytech, il est finalement diplômé de Solvay, mais à la VUB. A l'époque, il rêve de la Banque mondiale ou du FMI. " J'adorais l'économétrie, les data, les statistiques, confie Didier Ongena. Le côté stimulation intellectuelle de ces domaines. Comme les maths d'ailleurs. Après mon diplôme en 1994, je suis entré dans l'audit chez Arthur Andersen. Une espèce de non-choix que j'ai appréhendé comme un MBA. C'était super intéressant dans la mesure où ce genre de fonction permet de découvrir de nombreux univers différents tant dans les industries que dans les entreprises. Après la création d'Accenture, je suis passé dans la partie consultance d'Arthur Andersen. "
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Issu d'une famille habitant la banlieue bruxelloise, Didier Ongena a effectué toute sa scolarité en néerlandais, même si le français était la langue privilégiée dans le foyer. Après avoir hésité avec Polytech, il est finalement diplômé de Solvay, mais à la VUB. A l'époque, il rêve de la Banque mondiale ou du FMI. " J'adorais l'économétrie, les data, les statistiques, confie Didier Ongena. Le côté stimulation intellectuelle de ces domaines. Comme les maths d'ailleurs. Après mon diplôme en 1994, je suis entré dans l'audit chez Arthur Andersen. Une espèce de non-choix que j'ai appréhendé comme un MBA. C'était super intéressant dans la mesure où ce genre de fonction permet de découvrir de nombreux univers différents tant dans les industries que dans les entreprises. Après la création d'Accenture, je suis passé dans la partie consultance d'Arthur Andersen. " Au cours de son métier de consultant, Didier Ongena a beaucoup travaillé avec des entreprises des secteurs des télécoms et des médias. Il fut ainsi l'architecte du plan Magellan de la RTBF, le premier grand projet sous l'ère Philippot. Il a aussi conseillé la VRT pour un projet similaire, projet qui finalement ne verra pas le jour. Fort de cette expérience, il est contacté par la Commission européenne pour réaliser un rapport sur la télé du futur. Nous sommes alors au début des années 2000. " La DG Médias nous demandait de pondre un pavé sur la télévision en 2010, raconte Didier Ongena. En fait, la Commission voulait savoir si la régulation en place était adaptée, notamment le rapport entre les télécoms et les câblo-opérateurs. Quel était le marché pertinent ? Un débat, qui soit dit en passant, est toujours vivace aujourd'hui. J'ai alors rencontré plein d'acteurs du secteur. Mais aussi des entreprises technologiques comme Microsoft. Nous avions prédit deux éléments principaux. D'une part, l'émergence de la télé à la demande et de sociétés comme Netflix. La fin de la linéarité. D'autre part, le développement de l'interactivité avec le spectateur qui participe ou influence le contenu. " Il faut croire qu'il avait dû taper dans l'oeil de Bruno Segers, le general manager de l'époque, puisqu'il est sollicité peu après la remise du rapport par Microsoft Belgique & Luxembourg pour devenir sales manager. Nous sommes alors en 2003. Didier Ongena a 33 ans et se pose des questions. Rester consultant ou agir lui-même et mettre les mains dans le cambouis ? " J'aimais bien l'industrie, le projet me plaisait, alors j'ai accepté, sourit Didier Ongena. Et je ne quittais pas tout à fait ma zone de confort puisque je connaissais les secteurs à couvrir. S'il fallait retenir un fil rouge dans ma carrière, c'est celui-là : il ne faut jamais modifier toutes les dimensions en une fois quand on change de job. En fait, je n'ai jamais eu de plan de carrière. Je ne sais d'ailleurs pas où je serai dans cinq ans. Je n'ai jamais suivi une trajectoire précise. C'est pour cela que Microsoft me va comme un gant. L'industrie change tout le temps et je n'ai jamais l'impression de stagner. A part au tout début, je n'ai d'ailleurs jamais postulé à l'intérieur de la boîte. On est toujours venu me solliciter me poussant à évoluer dans mes fonctions. Parfois même un peu trop vite. J'aime bien rester cinq ou six ans dans une fonction. Parce qu'au bout de trois années, vous êtes obligés de vous réinventer et parfois même de revenir sur vos propres décisions. C'est assez puissant et formateur comme démarche. Cette remise en question et cette nécessité de se perfectionner sont fondamentales dans le monde de l'entreprise. Je suis certain qu'on éviterait bien des drames sociaux si les sociétés aidaient les employés à se transformer. La même réflexion vaut pour les écoles. Un de mes fils va entrer en secondaire en septembre. J'aimerais lui trouver une école qui fasse de lui quelqu'un de réactif, de critique et de créatif. Qu'il soit porté sur la réflexion. Le savoir, en tant que tel, a relativement peu d'importance. Il ne fait pas l'épanouissement en tout cas. Prenons l'exemple des docteurs en médecine. L'intelligence artificielle leur permettra dans cinq ou dix ans de ne plus devoir absorber autant d'informations, et d'avoir donc plus de temps à dédier au patient. " En 14 ans, Didier Ongena est passé du poste de sales manager à celui de general manager pour la Belgique et le Luxembourg. Entre-temps, il a épousé de nombreuses fonctions tant en Belgique que pour le compte de la filiale européenne : director public sector, healthcare and education, director advertising Belux, director business strategy, planning and operations en Europe de l'Ouest, general manager de Microsoft Advertising & Online pour l'Europe de l'Ouest et directeur commercial PME et partenaires pour l'Europe de l'Ouest. Un parcours aussi impressionnant que fulgurant. " Franchement, je ne vois pas cela de cette manière ( rires). J'ai eu beaucoup de chance, dont celle d'être au bon endroit au bon moment. Je suis un manager transformationnel, qui n'a peur ni de l'inconnu ni de poser les bonnes questions. Microsoft est en pleine mutation. Comme toute notre industrie. Nos clients et partenaires ont des besoins complètement différents aujourd'hui. Microsoft a beaucoup changé depuis l'arrivée de Satya Nadella ( au poste de CEO, Ndlr) et cela ne va pas s'arrêter. Souvent, les gens ont pris des risques avec moi, me préférant à quelqu'un avec plus d'expérience. La ligne droite est sécurisante mais elle n'est pas toujours la meilleure trajectoire. Dans ce contexte de mutation, des profils comme le mien plaisent. Microsoft accorde beaucoup d'importance à ses filiales. Nous sommes très libres dans nos choix et nos décisions. Et la plupart du temps, ils choisissent un GM du cru. C'est plus facile, surtout chez nous, dans notre pays culturellement compliqué. " Aujourd'hui, 400 personnes travaillent à Zaventem dans le quartier Da Vinci : 200 pour la Belgique & Luxembourg, 200 pour la filiale européenne. Nonante cinq pour cent d'entre eux sont belges. En octobre, ils rejoindront le bâtiment Passport sur le site de Brussels Airport à côté de chez Deloitte. Microsoft y emménagera avec KMPG, Tribes, Etex et Redveco. Depuis près de 10 ans, Microsoft pratique ce qu'on appelle le new way of working. " La disparition des bureaux fixes et la politique du clean desk sont entrés dans nos moeurs il y a longtemps, explique Didier Ongena. La question ne se pose même plus. Pas plus que celle du télétravail, assez logique chez nous puisqu'il est né, entre autres, grâce à nos produits. Nous avons adopté un système où les collaborateurs travaillent de la façon qui leur convient le mieux. Cela demande un certain apprentissage car nous sortons des sentiers battus. Microsoft prône, depuis longtemps, une culture d'entreprise ouverte et transparente. " En dehors de son travail, Didier Ongena est plutôt quelqu'un de casanier. Ces trois dernières années, il a fait le pari de lire un livre chaque semaine. De la fiction, pas de bouquins professionnels. En français et en anglais. Il aime aussi la bonne cuisine et les bons vins. " Je m'étais fixé comme objectif d'avoir 1.000 bouteilles dans ma cave, conclut-il. Ce qui en soi n'est pas énorme quand on aime les vieux vins et qu'il faut donc les attendre un certain temps. D'autant que le vin est synonyme de partage et de temps passé avec les amis. J'aime aller chercher des bouteilles en Bourgogne. J'aime cette région et ses vignerons. Et quand j'y suis avec des amis, nous visitons jusqu'à quatre domaines par jour. A chaque fois, nous essayons de faire de nouvelles découvertes. " Par Xavier Beghin.