C'est ce qui s'appelle donner le ton avant les négociations commerciales annuelles avec les fournisseurs, qui se tiennent traditionnellement après l'été. Nouvellement mariés, Ahold et Delhaize disposent aujourd'hui d'une force de frappe bien plus importante, et ils comptent bien le faire savoir. Des " fuites " nous ont en effet appris que le groupe avait convié ses 100 plus gros fournisseurs dans le Benelux afin de leur exposer la nouvelle donne. Les conditions d'achat d'Albert Heijn (Ahold) aux Pays-Bas ont toujours été plus ...

C'est ce qui s'appelle donner le ton avant les négociations commerciales annuelles avec les fournisseurs, qui se tiennent traditionnellement après l'été. Nouvellement mariés, Ahold et Delhaize disposent aujourd'hui d'une force de frappe bien plus importante, et ils comptent bien le faire savoir. Des " fuites " nous ont en effet appris que le groupe avait convié ses 100 plus gros fournisseurs dans le Benelux afin de leur exposer la nouvelle donne. Les conditions d'achat d'Albert Heijn (Ahold) aux Pays-Bas ont toujours été plus avantageuses que celles de Delhaize chez nous, avec des différences de prix pouvant grimper jusqu'à 15 %. Alors le nouveau groupe fusionné entend bien demander des comptes aux fabricants concernés. Cet " alignement des prix " était évidemment prévisible. Ce qui l'était moins en revanche, c'est la rétroactivité au 1er janvier 2016 que le distributeur souhaiterait appliquer à ses nouvelles conditions d'achat. Une exigence qui fait bondir les représentants des fabricants. Interrogé par le magazine professionnel Gondola, le CEO de l'association des producteurs de marques nationales (BABM) explique que cela reviendrait à " renier les accords préalablement conclus au niveau de la concertation entre distributeurs, fabricants et agriculteurs, via la Supply Chain Initiative ". Pour Pierre-Alexandre Billet, expert en distribution et directeur général de Gondola, il s'agit avant tout d'un coup de com' de la part d'Ahold-Delhaize. Il n'y a encore aucun accord, donc cette rétroactivité est sans objet, explique-t-il. Je pense que l'intention est bien là, mais que le groupe va plutôt implémenter le principe l'année prochaine. S'il demandait de payer cette année encore, ce serait inacceptable. Ici, je pense plutôt qu'Ahold-Delhaize donne simplement le ton pour bien planifier 2017. C'est un message aux fournisseurs, mais aussi aux investisseurs auxquels le groupe a promis 500 millions d'euros de synergies, dont 60 % grâce à une plus grande efficacité de la structure d'achat. " Du côté de Delhaize, on assure que les accords pris au niveau de la concertation de la chaîne seront respectés. L'enseigne rappelle par ailleurs que ce sont des entretiens individuels qui sont menés avec chaque fabricant, et que la nouvelle configuration " ouvre des opportunités pour tout le monde ". Les fournisseurs qui ne livraient que Delhaize vont par exemple pouvoir écouler de plus gros volumes. Quant à ceux qui étaient déjà référencés dans les deux enseignes, Ahold Delhaize devra leur démontrer les autres avantages concrets de la fusion. On pense par exemple à une plus grande efficacité au niveau de la logistique. JÉRÉMIE LEMPEREUR