Si tout va bien, l'ancien garage Citroën transformé en nouveau musée d'art contemporain ouvrira ses portes à Bruxelles dans le courant de l'année 2020. Fruit d'un accord signé la semaine dernière entre la Région de Bruxelles-Capitale et le Centre Pompidou de Paris, ce bâtiment Art déco érigé en 1934 se muera en " un pôle culturel d'envergure mondiale " (sic) sur quelque 30.000 m2. Outre la pertinence de ce partenariat franco-belge, le choix du Centre Pompidou est aussi un joli coup de com' pour la Région bruxelloise qui peut ainsi mettre en avant un label de qualité indiscutable.

Rudi Vervoort, le ministre-président bruxellois et le président du Centre Pompidou, Serge Lasvignes. © BELGAIMAGE

Fort d'une collection de 120.000 oeuvres dont un dixième seulement est présenté aux visiteurs des lieux, Beaubourg s'est en effet engagé à partager son expertise en matière de programmation et d'acquisitions, mais aussi à prêter des oeuvres au futur " Musée Citroën " comme on le surnomme déjà. Un sacré pied de nez de Rudi Vervoort, ministre-président de la Région bruxelloise, à Elke Sleurs, la secrétaire d'Etat en charge des musées fédéraux, opposée à ce projet et qui refuse dès lors tout prêt de collections au futur musée d'art contemporain de Bruxelles. Surréalisme, quand tu nous tiens...

Un projet rentable ?

Au-delà de la guéguerre communautaire, c'est la question de la pertinence économique de ce nouveau musée qui est toutefois posée en ces temps d'austérité. Acheté 20 millions d'euros par la Région bruxelloise l'année dernière, l'ancien garage Citroën nécessitera 140 autres millions pour les études de faisabilité, les plans et les travaux d'aménagement du musée. Un investissement conséquent qui pourrait cependant être amorti en quelques années. Pour appuyer la pertinence de son choix culturel, la Région de Bruxelles-Capitale a en effet commandé un étude au cabinet EY sur les retombées économiques de son projet muséal. Selon un premier scénario présenté comme minimaliste (à savoir 500.000 visiteurs annuels), l'impact direct serait de 2,4 millions par an (dépenses en billetterie, visites guidées, achats dans la boutique du musée, etc.), tandis que l'impact indirect (répercussions sur les secteurs horeca, transports et loisirs) serait de l'ordre de 31,2 millions par an. Beaucoup plus optimiste, le scénario dit maximaliste (1 million de visiteurs annuels) fait gonfler l'impact direct des retombées à 4,8 millions par an et l'impact indirect à 62,3 millions. A cette fourchette évaluée entre 33,6 millions et 67,1 millions en termes d'impacts cumulés selon les différents scénarios, l'étude du cabinet EY ajoute encore les " effets induits " de ces injonctions monétaires qui pourraient se chiffrer entre 20 millions et 40 millions pour toute la Région de Bruxelles-Capitale selon la fréquentation du musée.

Pour Rudi Vervoort, le retour sur investissement pourrait donc être payant pour la Région bruxelloise en quelques années seulement, d'autant plus que l'ouverture du " Musée Citroën " devrait également générer 72 emplois directs selon les auteurs de l'étude, ainsi que de nombreux autres emplois indirects et induits : de 337 à 673 postes selon les deux scénarios évoqués par EY.