Au Casino de Namur, les lumières ne s'éteignent jamais. Sept jours sur sept, 24 heures sur 24, les 230 machines à sous de l'établissement clignotent frénétiquement et hypnotisent les parieurs en manque d'adrénaline. De l'aube au crépuscule, le même spectacle se répète en bord de Meuse, rehaussé dans l'après-midi par d'autres chorégraphies qui se dansent autour des tables de jeux classiques - roulette, black jack, poker, etc. - et qui tiendront les joueurs en haleine jusqu'au bout de la nuit.
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Au Casino de Namur, les lumières ne s'éteignent jamais. Sept jours sur sept, 24 heures sur 24, les 230 machines à sous de l'établissement clignotent frénétiquement et hypnotisent les parieurs en manque d'adrénaline. De l'aube au crépuscule, le même spectacle se répète en bord de Meuse, rehaussé dans l'après-midi par d'autres chorégraphies qui se dansent autour des tables de jeux classiques - roulette, black jack, poker, etc. - et qui tiendront les joueurs en haleine jusqu'au bout de la nuit. Clin d'oeil à la chanson d'Alain Bashung, le Casino de Namur est une petite entreprise qui ne connaît pas la crise, foulée par 200.000 curieux qui s'y rendent chaque année. En 2015, sa société d'exploitation Gambling Management affichait ainsi un chiffre d'affaires de plus de 30 millions d'euros (contre 27 millions en 2014), avec un bénéfice net qui flirtait avec les 3 millions (contre 600.000 euros un an plutôt), réparti entre trois activités principales : les jeux du casino proprement dit (15,3 millions de chiffre d'affaires en 2015), les activités horeca (1,5 million) et les jeux de hasard en ligne développés par la société (12,9 millions). Si le résultat de l'année 2016 n'a pas encore été officiellement communiqué, le directeur général du Casino de Namur affirme qu'il avoisine les 17 millions d'euros pour son établissement et l'hôtel qui s'y trouve (sans les activités online, donc), porté par un bénéfice tout aussi enviable de l'ordre de 1,5 million : " Nous sommes un acteur majeur du développement économique namurois et nous en sommes fiers, clame Karim Tekaya. Aujourd'hui, notre casino compte 130 équivalents temps plein et génère 40 autres emplois indirects. A Namur, nous sommes le premier employeur privé intra-muros et nous payons chaque année un loyer de 1,7 million d'euros à la Ville (propriétaire du bâtiment, Ndlr), sans parler des 4 millions de taxes annuelles versées à la Région wallonne. Mais nous souffrons malheureusement en permanence d'une image négative auprès d'une partie de la population, ce qui est regrettable. " Les jeux d'argent au casino ont toujours eu, il est vrai, une dimension quelque peu taboue dans notre pays même si, paradoxalement, le Belge assume pleinement son addiction au Lotto et autres produits de la Loterie nationale qu'il gratte joyeusement sur la voie publique. Mais ce qui affecte particulièrement le directeur général Karim Tekaya et le groupe belge Ardent (ex-Circus) qui possède Gambling Management, ce sont surtout les soupçons d'irrégularités qui planent régulièrement sur le Casino de Namur. Il y a un mois et demi à peine, l'établissement de jeux a en effet été éclaboussé par une nouvelle affaire visant Philippe Buelen, le chef de cabinet de Maxime Prévot, vice- président du gouvernement wallon et bourgmestre en titre de Namur. Mandataire dans plusieurs sociétés qu'il a quittées depuis, Philippe Buelen était à la fois administrateur à la Sowalfin (l'outil financier de la Région wallonne) et au sein du groupe Ardent (propriétaire du Casino de Namur), tout en étant le chef de cabinet du bourgmestre empêché de la cité mosane. Or, un vaste projet de rénovation et d'extension de l'établissement de jeux est à l'agenda communal depuis plusieurs années déjà, laissant ainsi supposer qu'un conflit d'intérêts aurait pu émerger dans le chef de Philippe Buelen, d'autant plus qu'un prêt du fonds Namur Invest est également à l'ordre du jour pour le casino. Des perquisitions ont d'ailleurs été menées par la justice au domicile du mandataire concerné ainsi qu'à la Ville de Namur pour vérifier l'hypothèse selon laquelle le chef de cabinet de Maxime Prévot aurait pu jouer un rôle déterminant (ou non) dans l'obtention du permis d'urbanisme. Bien que Philippe Buelen bénéficie toujours de la présomption d'innocence, on ne cache pas, au Casino de Namur, son exaspération face à la vague de suspicion qui submerge l'établissement. " Je suis fatigué par tous ces amalgames, soupire Emmanuel Méwissen, CEO du groupe Ardent, pourtant épargné de toute perquisition. Cela fait 10 ans que je mène le projet de transformation du Casino de Namur et je n'ai rien à me reprocher, étant donné que j'ai le soutien de l'ensemble du monde politique sur ce dossier. Nous allons investir plus de 18 millions d'euros dans un bâtiment qui ne nous appartient pas, simplement parce que je crois en mon métier et dans ma région. Si Philippe Buelen est devenu administrateur du groupe Ardent en 2014, c'était non pas pour qu'il fasse du lobbying politique, mais tout simplement pour que l'on puisse bénéficier de son expertise et de ses conseils pour finaliser le projet de resort qui me tient à coeur. " Au-delà de la polémique qui secoue toujours la ville, le Casino de Namur est en effet aujourd'hui à un tournant de son histoire. Certes, la petite entreprise ne connaît pas la crise, mais il n'en a pas toujours été ainsi en bord de Meuse et le groupe Ardent veut dès lors rester vigilant. Menacé comme d'autres industries par la digitalisation, le secteur des jeux doit faire face, lui aussi, à la montée en puissance des nouveaux acteurs sur le Web. Les paris et le poker en ligne ont fini par s'imposer sur les ordinateurs des particuliers et pour contrer ce danger inédit, les casinos ont dû - et doivent toujours - continuer à s'adapter. Non seulement en développant leurs propres activités online, mais aussi en réinventant l'expérience " terrestre ", du nom donné par les professionnels du secteur aux jeux déployés " dans le monde réel ", bien loin des plateformes numériques. " Le projet du resort développé par le Casino de Namur s'inscrit dans cette logique de dynamisation, explique le directeur des lieux, Karim Tekaya. Aujourd'hui, le chiffre d'affaires de l'activité online a dépassé celle du 'terrestre' et le défi consiste non seulement à faire cohabiter les deux activités ensemble, mais à proposer surtout au client de nouvelles expériences pour qu'il vienne encore au casino. " Voilà pourquoi le groupe Ardent a décidé d'investir 18 millions d'euros pour rénover et agrandir le bâtiment existant, mais surtout pour y développer des activités inédites au sein du futur complexe. De 47 chambres labellisées deux étoiles, l'hôtel actuel passera à 97 chambres dans un standing quatre étoiles avec, dans l'offre de services, un centre de fitness, deux espaces de balnéothérapie, six salles de séminaires et une salle de spectacle modulable pouvant accueillir jusqu'à 500 personnes. L'objectif ? Proposer aux clients de véritables formules " clé sur porte " en termes de loisirs et de séjours professionnels avec le casino au centre de toutes les attentions. " En toute modestie, nous aimerions arriver à un modèle comme à Las Vegas où, désormais, le jeu ne représente plus que 40 % du chiffre d'affaires des grands groupes qui s'y trouvent, poursuit Karim Tekaya. Là-bas, l'essentiel des recettes provient en effet de tout ce qui est 'hors jeu', à savoir l'horeca, les séminaires et les spectacles. Notre objectif est donc d'avoir à terme un pôle de divertissement non seulement incontournable en Wallonie, mais incontournable dans le Benelux et le nord de la France puisque nous accueillons déjà de nombreux Français chaque semaine. " Pour atteindre cet objectif, le Casino de Namur doit toutefois obtenir son permis d'urbanisme qu'il espère décrocher d'ici la fin de l'année. Les travaux démarreraient alors en 2018 pour une durée probable de deux ans et donc une inauguration espérée en 2020. Mais pourquoi ce plan de rénovation, évoqué il y a une dizaine d'années déjà, a-t-il mis autant de temps à se concrétiser ? " Lorsque j'ai repris l'établissement en 2004, j'ai très vite abordé la nécessité de renouveler le modèle du casino car il devenait tout simplement obsolète, se souvient Emmanuel Méwissen, CEO du groupe Ardent. Dès 2006, nous avons choisi un bureau d'architectes via un concours mené en collaboration avec la Ville de Namur et les nombreux allers-retours avec l'administration ont alors commencé pour l'acceptation du projet. Et puis, la crise économique de 2008 est arrivée. Les années qui ont suivi ont été très difficiles pour le casino et nous avons été contraints de mettre le dossier au frigo. " Arrivé à la tête du Casino de Namur il y a tout juste quatre ans, Karim Tekaya se souvient de cette phase de transition. A l'époque, l'établissement était dans le rouge depuis trois exercices consécutifs et prévoyait plus de 700.000 euros de pertes en 2013. Chargé de restructurer l'entreprise et de procéder à une réduction de coûts, le directeur général a alors réduit la masse salariale de 160 à 130 équivalents temps plein et misé sur le développement des machines à sous (une politique qu'il poursuit toujours puisque l'objectif est de passer de 230 appareils actuels à 300 machines à l'horizon 2020). A nouveau bénéficiaire depuis 2014, le Casino de Namur s'inscrit dans la spirale positive qui anime à nouveau le groupe belge Ardent, également propriétaire du Casino de Spa, de trois casinos en France rachetés l'année dernière au groupe Barrière (Port Leucate, Briançon et Carnac), d'une vingtaine de salles de jeux garnies uniquement de machines à sous et de plusieurs sociétés actives dans les jeux en ligne comme les plateformes Betclic, Circus.be, 777.be ou encore PokerStars.be. " Pour l'ensemble de ces activités, nous employons aujourd'hui 650 personnes et nous réalisons un chiffre d'affaires de quelque 150 millions d'euros, précise Emmanuel Méwissen. C'est une belle histoire 100 % wallonne et nous avons réussi notre transition digitale en étant les précurseurs du jeu en ligne en Belgique, tout en maintenant notre activité 'terrestre'. Nous avons réussi à redresser notre situation financière et c'est pourquoi nous avons relancé, l'année dernière, notre projet de rénovation et d'extension du Casino de Namur. Aujourd'hui, certains jettent à nouveau l'opprobre sur notre établissement et je le regrette car, à nouveau, nous n'avons strictement rien à nous reprocher. Mais cela ne nous détournera pas de l'objectif que l'on s'est fixé et le resort se fera bel et bien pour la pérennité des activités économiques de la ville puisque nous créerons une cinquantaine d'emplois avec ce nouveau projet. " Au Casino de Namur, les lumières, visiblement, ne sont pas près de s'éteindre...