...

A elles seules, les très petites entreprises (occupant moins de 10 personnes - TPE) représentaient près d'un quart de l'activité et plus d'un tiers de l'emploi. On retrouve ces mêmes tendances dans la plupart des économies européennes, avec évidemment une part un peu (mais pas beaucoup) plus importante des grandes entreprises dans le tissu économique des grands pays. L'Italie fait exception en la matière, puisque les PME représentent une part plus grande dans l'économie qu'en Belgique, que ce soit en termes de valeur ajoutée ou d'emploi. Mais il faut avoir une lecture complète des chiffres : au même moment, 882 grandes entreprises rassemblaient à elles seules 30 % de l'emploi en Belgique et près de 40 % de l'activité. Elles jouent donc un rôle crucial dans l'économie. Par le passé, le développement de grandes entreprises multinationales a d'ailleurs fait la prospérité de l'économie belge. Elles étaient le moteur de la croissance et, autour d'elles, gravitaient de nombreuses PME. Mais est-ce toujours le cas ? Les chiffres des dernières années relatifs à l'activité des PME au regard de celle des grandes entreprises sont intéressants à plus d'un titre. Différents critères peuvent être utilisés pour mesurer l'activité et la performance des entreprises. Utilisons ici la productivité par travailleur, calculée grossièrement comme la valeur ajoutée par travailleur. On pourrait croire qu'elle est identique, quelle que soit la taille de l'entreprise. C'est en fait tout le contraire : la productivité par travailleur est croissante avec la taille de l'entreprise, au point qu'il existe un écart de près de 40 % entre les TPE et les grandes entreprises. Ceci peut être lié à des facteurs très différents : par exemple, les PME peuvent être simplement sur-représentées dans des secteurs moins productifs. Mais surtout, on sait que les grandes entreprises exportent davantage (en proportion de leur production), ce qui les soumet à la rude concurrence internationale et peut les pousser, dans un même secteur, à une plus forte intensité capitalistique (infrastructures, outils, robotisation) et à une recherche de plus de performance. En résumé, non seulement les grandes entreprises sont des moteurs de croissance, mais elles sont également des modèles d'efficacité. L'examen de l'évolution récente de la productivité par travailleur semble néanmoins indiquer un changement important : au cours de la période 2010-2014, la croissance de la productivité par travailleur culmine à 3 % par an pour les entreprises occupant de 10 à 19 travailleurs, et dépasse à peine la moitié de ce chiffre dans le cas des grandes entreprises. Il semble donc que les PME accumulent les efforts pour gagner en efficacité. C'est un gage essentiel de croissance et de capacité à s'ouvrir de nouveaux marchés. On pourrait croire que cette recherche de productivité se fait au détriment de l'emploi. Mais c'est tout le contraire qui se passe : sur la même période, 2.000 emplois ont été perdus dans les grandes entreprises, mais l'emploi a progressé de 10 % dans les TPE (+85.000 emplois ! ) et de 4,1 % dans les entreprises occupant de 10 à 19 travailleurs (+10.000 emplois). Ceci signifie que les efforts d'efficacité ont été compatibles avec une croissance nette de l'activité et de l'emploi. Au cours de cette période récente, les PME ont été le réel moteur de la croissance du secteur privé en Belgique. Il est probablement trop tôt pour en conclure que les PME resteront le principal soutien à la croissance. J'ose espérer que les grandes entreprises n'ont pas dit leur dernier mot. Mais surtout, à force de grandir, certaines PME deviendront grandes. Dès lors, ce que tendent à montrer ces chiffres, c'est au moins qu'un certain renouvellement du tissu économique est en train de s'opérer. Et çà, c'est essentiel pour l'avenir de notre économie.