Premier trimestre en demi-teinte. Il faut voir la réalité en face : les indicateurs économiques reflétant la santé économique de la zone euro ont été décevants au premier trimestre de cette année. Pour être plus précis, la diminution de la plupart des indicateurs contraste avec leur excellente santé au cours des mois précédents. Mais l'évolution des indicateurs a surtout été décevante. Ainsi, près de 90 % des indicateurs publiés au cours des dernières semaines ont été inférieurs aux anticipations. On a pu par exemple observer un repli de la quasi-totalité des indicateurs de confiance. Même si ce ne sont que des enquêtes d'opinion auprès des consommateurs et des chefs d'entreprise, on sait que ce genre de repli se traduit toujours dans l'activité réelle. D'ailleurs, les chiffres de production industrielle, tant en Allemagne que dans l'ensemble de la zone euro, ne sont pas au beau fixe : en février, on a là aussi enregistré des replis.

Une moins bonne conjoncture, même passagère, nous rappelle que la zone euro est encore loin d'avoir retrouvé un fonctionnement économique normal.

Pas le feu au lac... Il ne faut certainement pas paniquer au moindre retournement des indicateurs. D'autres éléments plaident pour le maintien d'une croissance positive. D'une part, la plupart des indicateurs économiques demeurent, malgré leur récent repli, à des niveaux élevés et largement compatibles avec une poursuite de la croissance économique. Les fondamentaux économiques sont donc toujours bons. D'autre part, la situation du marché du travail continue de s'améliorer dans la zone euro. Les emplois créés augmentent le revenu des ménages, donc leur capacité à consommer et à générer de l'activité économique. De même, de nombreuses entreprises soulignent toujours une forte utilisation de leurs capacités de production. Cela devrait les inciter à poursuivre leurs investissements. A ce sujet, la zone euro profite encore de conditions de financement particulièrement intéressantes grâce à la politique ultra-accommodante de la Banque centrale européenne (BCE). Celle-ci devrait d'ailleurs se poursuivre au moins tout au long de l'année 2018. Enfin, et ce n'est pas anodin, la période d'austérité des finances publiques prend lentement fin dans la plupart des Etats européens. Cela ne veut pas dire que les gouvernements se remettent à dépenser sans compter, mais au moins de nouvelles mesures d'austérité ne sont plus décidées. Cela relâche aussi un peu la pression sur les entreprises et les ménages.

...Mais de quoi attirer l'attention. L'ensemble de ces éléments laissent entendre que la croissance économique dans la zone euro devrait non pas disparaître, mais plutôt se stabiliser à un niveau plus modeste que l'année dernière. Le scénario d'une récession imminente n'a donc toujours qu'une faible probabilité. D'autant plus que le contexte économique mondial reste globalement porteur.

Il n'en demeure pas moins que ces premiers signes de faiblesse après une accélération économique qui a duré plus de deux ans doivent inciter à la prudence. Une moins bonne conjoncture, même passagère, nous rappelle que la zone euro est encore loin d'avoir retrouvé un fonctionnement économique normal : l'inflation reste très faible, le taux de chômage est encore élevé (même s'il a beaucoup baissé) et les marges budgétaires pour lancer de nouveaux projets ou faire face à des vents contraires sont toujours très limitées. Cette moins bonne conjoncture doit aussi inciter à la vigilance car de nombreux chocs potentiels pourraient rapidement transformer la stabilisation de la croissance en retournement conjoncturel : guerre commerciale, tensions politiques (dans les pays de la zone euro) ou géopolitiques (internationales), fragilités financières des économies américaines et chinoise... Or, les signes précurseurs de matérialisation de ces risques sont particulièrement difficiles à détecter.

En bref, malgré une situation économique qui reste bonne, prudence et vigilance sont devenus les maîtres mots.