Lundi, la banque hollandaise ING a rendu publique sa restructuration attendue depuis longtemps. Le CEO Ralph Hamers désire faire d'ING un groupe bancaire dirigé sur une base beaucoup plus centralisée et opérationnellement plus efficace. Pour le Benelux, cela signifie qu'ING Belgique et ING Pays-Bas travailleront sur la même plateforme IT intégrée. Mais il n'y a pas que les systèmes IT qui seront uniformisés, les produits et services seront également harmonisés du point de vue commercial.

Si tant le back-office que le front-office en Belgique et aux Pays-Bas seront uniformisés, on ne peut pas faire autrement que conclure qu'ING travaille à l'élaboration d'une banque à l'échelle du Benelux. Dans un communiqué de presse, l'accent n'est pas mis par hasard sur les avantages de la grandeur d'échelle: "ING désire réunir le meilleur d'ING Pays-Bas et le meilleur d'ING Belgique et devenir une banque innovante pour 11 millions de clients dans le Benelux."

En bref: ING Belgique restera une entité juridique à part à l'avenir, avec un propre bilan, mais la gouvernance stratégique et commerciale sera centralisée. Cela implique moins d'autonomie locale. Toutes les décisions importantes, aussi celles liées à la digitalisation, seront prises au niveau du groupe.

Base suffisamment grande

Pour rendre cette opération possible, ING doit d'abord intégrer et restructurer ses activités bancaires en Belgique. Jusqu'ici, il y avait deux canaux bancaires distincts: ING Belgique, née de l'acquisition de la Banque Bruxelles Lambert (BBL), et Record Bank, qui offre des produits bancaires simples via un réseau d'agents indépendants avec une forte présence locale.

ING Belgique absorbe Record Bank. Cette marque disparaît du paysage. Ensemble, ING Belgique et Record Bank comptaient plus de 1.200 agences dans notre pays. ING désire en conserver 650. Rik Vandenberghe, le CEO d'ING Belgique: "Les clients d'ING disposaient de 700 agences et ceux de Record Bank de 500. Le client va donc à peine remarquer l'amaigrissement. Il pourra toujours se rendre dans autant d'agences qu'auparavant."

Avec cette différence que, des agences restantes, à peine un quart seront encore des agences statutaires d'ING. La banque désire conserver environ 150 agences propres - et plus grandes. Le solde, 400 à 500 agences, serait exploité par des indépendants. ING compte sur le fait que l'intégration de Record Bank mènera à une base suffisamment grande pour l'indépendance d'agences et d'éventuelles fusions et acquisitions d'agences. Grâce au glissement d'agences propres vers des agences indépendantes, ING Belgique pourra comprimer ses charges salariales.

Avec l'absorption de Record Bank, plus de 700 emplois passeront à la trappe. Ensuite, la réduction du réseau d'agences et des fonctions au siège central coûtera encore 2.400 emplois. Au total, quelque 3.150 emplois disparaîtront donc entre maintenant et fin 2021 chez ING Belgique. Une partie de ceux-ci se retrouveront probablement chez les indépendants. Ajoutez à cela les 350 départs naturels depuis le 1er janvier 2016, et vous arrivez à 3.500 emplois temps-plein qui seront supprimés sur un total de presque 9.000 collaborateurs.

Intervention plus lourde

En moyenne, 700 jobs disparaîtront donc par an chez ING en Belgique au cours de prochaines années. C'est beaucoup, mais néanmoins pas tellement en comparaison avec les autres banques. Chez BNP Paribas Fortis, une restructuration est en cours impliquant la disparition de 2.400 emplois entre 2016 et 2018. Dans une banque qui ne restructure pas comme KBC, 500 personnes quittent le groupe chaque année, dont seule la moitié est compensée par des engagements.

La grande différence avec les autres grandes banques, c'est que chez ING Belgique, il y aura jusqu'à 1.700 licenciements. Le CEO Rik Vandenberghe souligne qu'il s'agit d'un chiffre maximum. Par le biais des négociations avec les syndicats, cela peut encore s'avérer inférieur. Mais quoi qu'il en soit, cela reste une pilule amère pour le personnel et ses représentants.

Les économies de coûts sont chiffrées à 550 millions d'euros par an. Dans ce contexte, la Belgique prend la plus grande partie des économies à sa charge. Au niveau du groupe, la réorganisation devrait générer 900 millions par an. À l'échelle mondiale, ING éliminera 7.000 emplois sur les 52.000 actuels. Aux Pays-Bas, où ING avait déjà sabré dans le personnel antérieurement, 2.300 jobs disparaîtront encore.

"Aux Pays-Bas, l'adaptation à la digitalisation a démarré plus tôt qu'en Belgique", explique Vandenberghe. "C'est pourquoi l'intervention est maintenant plus lourde chez nous. Mais sur une période de dix ans, l'assainissement est relativement équivalent." ING fait valoir que le client gère de plus en plus ses affaires en ligne et numériquement, et que la banque est de ce fait contrainte de réduire son réseau d'agences. Aux Pays-Bas, la banque gère 8 millions de clients via 250 agences.

Grandes différences

Différents observateurs mettent des points d'interrogation sur les options stratégiques d'ING. Un ancien banquier d'ING attire l'attention sur les grandes différences qui existent entre les produits et services bancaires en Belgique et aux Pays-Bas: "ING part du point de vue que les préférences des consommateurs convergent, mais cela n'est étayé par aucun élément de preuve. Les crédits, les produits d'investissement et la manière d'épargner diffèrent largement d'un pays à l'autre, même entre la Belgique et les Pays-Bas. De là à faire fonctionner le tout sur la même infrastructure IT... aucune banque n'y est encore parvenue par le passé."

Un autre banquier s'interroge à propos de l'intégration de Record Bank dans ING Belgique: "Vous parlez tout de même ici de banques ayant un profil et une clientèle différents. Si vous fusionnez celles-ci, quelle proposition commerciale allez-vous offrir ? Celle de la grande banque ING, distante et professionnelle, ou celle de Record Bank, cordiale, où les petits épargnants peuvent s'adresser ? D'une façon ou d'une autre, vous risquez de perdre des clients."