Il considère que le syndicalisme patronal, " ce n'est pas un métier ". Philippe Godfroid a donc choisi de quitter la présidence de l'Union des classes moyennes au bout de cinq ans, alors que son mandat courrait encore pour trois ans. Et que fera-t-il après ? " Je vais rebâtir une entreprise avant la fin de l'année ", répond-il du tac au tac. On sent que le projet est déjà bien construit dans sa tête. Mais, prudent, il n'en dira pas plus. Nous parlerons donc plutôt du sort des PME, des améliorations obtenues et de celles que son successeur, l'avocat Pierre-Frédéric Nyst, pourrait défendre demain.
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Il considère que le syndicalisme patronal, " ce n'est pas un métier ". Philippe Godfroid a donc choisi de quitter la présidence de l'Union des classes moyennes au bout de cinq ans, alors que son mandat courrait encore pour trois ans. Et que fera-t-il après ? " Je vais rebâtir une entreprise avant la fin de l'année ", répond-il du tac au tac. On sent que le projet est déjà bien construit dans sa tête. Mais, prudent, il n'en dira pas plus. Nous parlerons donc plutôt du sort des PME, des améliorations obtenues et de celles que son successeur, l'avocat Pierre-Frédéric Nyst, pourrait défendre demain. PHILIPPE GODFROID. Non, il faut rester modeste et, surtout, veiller à ne pas faire de politique. A Bruxelles, nous avons beaucoup travaillé avec Didier Gosuin (ministre de l'Emploi), qui a repris une partie de nos propositions. En Wallonie, nous avons obtenu la réforme des aides à l'emploi que nous réclamions depuis des années : simplification, numérisation et, cerise sur le gâteau, un délai de rigueur qui fait que, si l'administration ne répond pas dans les sept jours, la demande de l'entreprise est automatiquement acceptée. Je n'ai vraiment pas envie de voir ces avancées remises en cause par un soudain changement de majorité. Et je n'ai pas envie non plus que le renvoi du PS dans l'opposition ne provoque des grèves politiques comme nous les avons connues au début du gouvernement Michel. Nous l'avons fait passer aussi aux politiques pour que chacun soit bien conscient de la situation. Les affaires reprennent à peine après des années de crise, les chiffres de l'emploi sont très encourageants, il ne faudrait pas que des grèves politiques viennent casser la reprise. Les entreprises ont déjà payé en début de législature, il ne faut pas remettre le couvert. N'exagérez pas la proximité avec un ministre en particulier. Il y a une prise de conscience générale en Belgique de l'importance des PME, des TPME et des indépendants pour le tissu économique. Nous avons ressenti cette rupture positive depuis quelques années, dans tous les gouvernements. Maintenant, c'est vrai que Willy Borsus a un regard très enthousiaste sur le monde des entreprises et qu'il y a beaucoup moins de formalisme dans nos échanges. Nous réclamions une baisse des cotisations patronales sur les premiers emplois créés, nous avons carrément le " zéro cotisation " sur le premier emploi. Cela porte ses fruits, nous créons à nouveau de l'emploi en Belgique. Nous ne pouvons donc qu'applaudir. Mais cela ne nous empêche pas de rester critiques. Nous avons énormément insisté pour le retour de la période d'essai. C'est crucial pour les PME. La grande entreprise dispose d'équipes spécialisées pour sélectionner les candidats, quand la PME fonctionne surtout au bouche-à-oreille. C'est bien car cela solidifie les équipes mais cela augmente aussi le risque de se tromper de profil lors d'un recrutement. Or, la PME ne peut pas se tromper, alors qu'une grande entreprise peut sans doute réaffecter la personne dans un autre département. Voilà pourquoi nous réclamons qu'on en revienne à une période d'essai. Les syndicats ont rejeté cette piste, la balle est dans le camp du gouvernement et j'espère qu'ils nous suivront sur ce point. La période d'essai génère effectivement un petit risque pour le travailleur. Mais, c'est la contrepartie d'un contrat à durée indéterminée. Le jeu n'en vaut-il pas la chandelle ? Que se passe-t-il aujourd'hui ? Sans cette faculté de se séparer facilement d'un nouveau collaborateur qui ne convient pas, beaucoup d'entreprises utilisent une série d'astuces - intérim, sous-traitance, CDD, etc. - pour ne pas passer par un engagement fixe. Qu'y gagne le travailleur ? Malgré la réforme des cotisations et la baisse de leur taux de 22 à 20,5 %, l'Inasti conserve une marge de 200 à 250 millions d'euros par an. Cela pourrait permettre d'ajouter un pécule de vacances à la pension des indépendants, comme c'est le cas pour les salariés. Il y a aussi le dossier du mois de carence. Les indépendants s'absentent rarement pour maladie. Et quand ils le font, c'est généralement parce que c'est grave. Ils ne reçoivent aucune indemnité durant le premier mois, alors que, pour maintenir l'activité, ils doivent se faire remplacer, ce qui engendre des dépenses en plus des frais médicaux. Nous proposons que le deuxième mois de maladie soit payé double, afin de rattraper ce mois de carence en cas de maladie de longue durée. C'est la moindre des choses que l'on doit aux travailleurs indépendants, surtout si l'Inasti a de la marge. Parce que je pense que nous avons tous, en tant que citoyens, une obligation de solidarité. De la solidarité envers celui qui est malade, celui qui est pensionné, celui dont l'entreprise traverse une période difficile ou celui qui lance son activité. Le gouvernement a créé " le droit passerelle ", grâce auquel celui qui doit cesser son activité pour des raisons économiques peut désormais bénéficier d'une indemnité pendant un an. C'est une forme de reconnaissance du droit à l'échec. Quand un entrepreneur connaît des difficultés, la première chose qu'il fait, c'est de reporter le paiement de ses cotisations pendant un trimestre, voire deux. Et puis, il dépose le bilan. Nous avons là une personne qui a eu le courage d'entreprendre et qui a appris les erreurs à ne pas commettre. Ne pourrait-on pas, moyennant un accord entre l'Inasti et les caisses d'assurances sociales, prévoir une amnistie sociale ? Continuer à le charger avec des intérêts et des amendes revient à marginaliser l'indépendant qui a échoué. Nous souhaitons que celui qui prend le risque de créer son entreprise bénéficie d'une réduction de cotisations sociales pendant 12, voire 24 mois. Pas plus car il ne faut pas s'habituer à vivre dans un système dérogatoire. On commencerait très bas et on augmenterait graduellement pour arriver aux cotisations normales. Un tel outil encouragerait l'entrepreneuriat, tout en restant gérable au niveau de la sécurité sociale des indépendants. Si vous ajoutez cela à la mesure " zéro cotisation " sur le premier emploi, nous serions vraiment sur le bon chemin. C'est un phénomène marquant de ces dernières années : les jeunes envisagent de plus en plus la carrière d'indépendant comme un choix et non une contrainte. Des jeunes décident de quitter leur boulot pour voyager une année en famille et sans garantie d'emploi au retour. On ne voyait pas cela, ou vraiment très rarement, il y a 10 ans. Le tissu social est clairement devenu plus dynamique. Oui, car les PME n'ont pas les outils d'une multinationale pour bien gérer leur fiscalité. Pour nous, le taux de l'impôt des sociétés devrait rapidement être descendu à 20 % pour les PME. Mais attention à ce que l'Etat ne récupère pas cela ailleurs, comme nous l'avons déjà vu. Je reproche parfois au gouvernement de soigner plus les salariés que les indépendants. Les revenus de l'indépendant qui n'a pas investi et ne dispose pas de personnel ont diminué sous cette législature. Certes, il y a eu les baisses de cotisations mais leur effet a été en partie annulé par d'autres mesures comme la modification de la déductibilité des cartes-essence ou la hausse du précompte mobilier et des accises. Il ne faudrait pas que cela se reproduise avec la baisse du taux de l'impôt des sociétés.