Faire bouger un mastodonte comme Ikea est tout sauf simple. Ses responsables sont pourtant bien décidés à faire entrer le groupe suédois dans une nouvelle ère. Pour la première fois de son histoire, le leader mondial du meuble a en effet décidé de dévier de son modèle afin de répondre aux nouvelles habitudes de consommation qui, à l'ère digitale, sont en train de se transformer profondément. " Le grand magasin de périphérie est un modèle du passé, assure Pierre-Alexandre Billiet, CEO du magazine professionnel Gondola et expert de la distribution. Tout comme l'hypermarché, il représente en quelque sorte l'e-commerce du 20e siècle. "

Pour s'adapter, Ikea étudie toute une série de pistes comme l'ouverture de magasins et de points de retrait au coeur des villes, la livraison à domicile et même l'assemblage des meubles. Le groupe, qui a l'intention d'investir massivement dans le digital, a parallèlement décidé de mettre en place une nouvelle structure organisationnelle avec pour objectif de rendre l'entreprise plus agile et moins bureaucratique. Voilà qui devrait se traduire par la perte de 7.500 emplois (sur 160.000) au niveau mondial, principalement au sein des sièges centraux de 30 marchés, dont la Belgique. Les magasins, eux, ne seraient pas touchés.

Chez nous, on parle de 100 à 120 collaborateurs qui pourraient être licenciés au siège central et au sein des différents départements RH. " La direction évoque des doublons, explique Nectaria Saroglou, secrétaire permanente du SETca. Chaque magasin dispose par exemple d'un service chargé de la décoration. Cette activité pourrait être centralisée, tout comme le recrutement et les formations. Mais au-delà de ces soi-disant doublons, je pense plutôt qu'il s'agit pour le groupe de faire des économies pour ouvrir un autre système commercial. " D'après Ikea, l'ouverture de 30 magasins dans les trois prochaines années et le coup d'accélérateur donné à l'e-commerce devraient se traduire par la création de 11.500 nouveaux emplois.

Vendre des services

Selon notre expert, la restructuration annoncée aujourd'hui par le spécialiste du meuble en kit peut être comparée à celle mise en oeuvre par Carrefour en début d'année. " Dans les deux cas, les profils plus basiques sont remerciés pour recruter de nouveaux profils digitaux, dit-il. Les deux groupes se concentrent par ailleurs sur la proximité en ouvrant des magasins de centre-ville pour toucher les personnes qui, soit ne disposent pas d'une voiture, soit n'entendent tout simplement plus se déplacer si loin. "

En matière de concurrence, Ikea est coincé entre des magasins comme Action qui garantissent les prix les plus bas et des pure players tels qu'Amazon, Bol.com ou Coolblue, qui offrent de plus en plus de services. " C'est au milieu de la route que les lapins se font écraser, avertit Pierre-Alexandre Billiet. Ikea va devoir passer de la vente de produits à la vente de services, ce qui est compliqué pour une entreprise qui a toujours tiré sa marge du fait que les clients montent eux-mêmes leurs meubles. "