Face à la ville voisine de Shenzhen, véritable plaque tournante mondiale du hardware ( lire notre article dans le Trends-Tendances de la semaine dernière), Hong Kong se positionne. Centre financier de l'Asie, le " port aux parfums " entend faire de l'industrie créative son nouveau cheval de bataille, offrant l'inventivité nécessaire à la mise au point de produits innovants qui seront ensuite fabriqués à Shenzhen. Depuis 2009, les autorités ont injecté pas moins de 600 millions de dollars HK (soit 66 millions d'euros) dans CreateSmart Initiative, un projet qui soutient financièrement le développement de ce type de sociétés.
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Face à la ville voisine de Shenzhen, véritable plaque tournante mondiale du hardware ( lire notre article dans le Trends-Tendances de la semaine dernière), Hong Kong se positionne. Centre financier de l'Asie, le " port aux parfums " entend faire de l'industrie créative son nouveau cheval de bataille, offrant l'inventivité nécessaire à la mise au point de produits innovants qui seront ensuite fabriqués à Shenzhen. Depuis 2009, les autorités ont injecté pas moins de 600 millions de dollars HK (soit 66 millions d'euros) dans CreateSmart Initiative, un projet qui soutient financièrement le développement de ce type de sociétés. C'est l'investissement massif de sa rivale Singapour dans un écosystème favorisant l'innovation et les start-up qui a suscité une telle prise de conscience. Depuis, l'ancienne colonie britannique a rattrapé son retard. Ses autorités encouragent les accélérateurs de croissance et les espaces de coworking qui poussent comme des champignons. Devançant la Belgique où ce genre d'écosystème a commencé à se développer plus ou moins au même moment, Hong Kong se profile désormais comme un haut lieu pour les start-up locales et étrangères. Les accélérateurs gouvernementaux tel que Cyberport jouent un rôle essentiel de moteur et d'intermédiaire entre universités, accélérateurs et grandes entreprises. Et cela semble fonctionner. Alors qu'en 2018, la Belgique ne compte toujours pas de " licorne ", ces start-up qui ont dépassé la barre symbolique du milliard de dollars de valorisation, la petite région administrative spéciale de la grande République populaire en dénombre déjà quatre. Et en tant que plate-forme de démarrage pour start-up, elle attire les fonds d'investissement les plus importants. Elle accueille par ailleurs Rise, le salon des technologies le plus fréquenté d'Asie. Frédéric Gooris, fondateur et designer industriel de Studio Gooris, s'est installé à Milan au terme de ses études à Anvers. Après une brillante carrière en Italie où il possédait son propre studio, il a suivi son épouse, originaire de Hong Kong. Et en tire aujourd'hui nombreux avantages. " Le fait de travailler ici me permet de concevoir beaucoup plus vite, car je suis en contact avec les fabricants de Shenzhen deux à trois fois par semaine ", explique-t-il. Car si le concepteur travaille pour des tiers, dont le célèbre fabricant italien pour arts de la table Alessi, il développe aussi ses propres produits, sous la marque Bombol. Exemple parmi d'autres de ses réalisations : un siège pour bébé, entièrement pliable façon origami. " Ce siège intéresse les établissements horeca et les parents qui emmènent leurs enfants partout avec eux, dit Frédéric Gooris. Nous collaborons déjà avec des sociétés comme Club Med, JW Marriott et Sheraton, et livrons dans plus de 30 pays. Vous savez, l'Asie et la Chine en particulier ont une nette longueur d'avance en termes d'e-commerce. Grâce à des réseaux logistiques très sophistiqués, ils ont partiellement outrepassé le modèle de distribution classique. Raison pour laquelle les start-up comme Bombol ont plus de facilité à écouler leur production ". " Les marchés de l'Asie du Sud-Est sont gigantesques, les économies affichent une croissance à deux chiffres et les produits appropriés percent plus vite qu'en Europe et aux Etats-Unis, confirme Frederik Tibau, directeur de l'organisation de réseautage Startups.be qui a organisé avec GoGlobal une mission commerciale pour start-up à Hong Kong et Shenzhen au mois de juillet. Les start-up belges n'en sont pas assez conscientes. Exemple : le marché de la santé numérique est en plein boom dans toute l'Asie, de Singapour à Pékin. Mais selon une récente étude menée par nos soins, aucune start-up spécialisée dans de tels soins de santé n'y est active. " Pieter Lesage, fondateur et CEO de Studio Dott, une agence de design anversoise qui emploie 30 collaborateurs, a su saisir cette opportunité. Alors ministre-président flamand, " Kris Peeters a inauguré notre antenne à Hong Kong lors de la Business of Design Week 2013. D'ailleurs, pour l'anecdote, afin d'éviter d'expliquer la structure très complexe de l'Etat belge, nous l'avons présenté comme le 'president of Belgium'... Nous travaillons pour des entreprises chinoises qui sont passées de la production pour des tiers à leurs propres produits sous leurs propres marques, pour les exporter en Europe. Nous réalisons aujourd'hui 10 % de notre chiffre d'affaires à Hong Kong. Le but est d'atteindre les 20 %. L'agence de Hong Kong ajoute aussi de la crédibilité à notre renommée en Belgique. Et attire davantage de clients. " Hong Kong est un territoire qui doit se réinventer sans cesse. Le Royaume-Uni a rétrocédé cette ville-Etat à la république populaire de Chine en 1997. Conformément au pacte 'Un Etat, deux systèmes', Hong Kong pouvait maintenir pendant 50 ans ses lois différentes de celles en vigueur sur l'ensemble du pays. Mais nombre de ses habitants, qui aspirent à plus de démocratie, craignent de perdre leurs droits à la fin de la période de transition. Reste que puisque la langue officielle est l'anglais et la législation de type occidental, il est plus facile pour un Européen d'y faire affaire qu'ailleurs en Chine. De nombreuses start-up étrangères actives sur le reste du pays y sont ainsi représentées pour des raisons évidentes de facilité financière. L'impôt sur les sociétés est une taxe forfaitaire de 16,5 %. Et celui sur les personnes physiques ne dépasse pas 17 %. Il faut toutefois savoir que la vie à Hong Kong est tout sauf bon marché. Même chose pour l'immobilier : dans cette ville-Etat de 7,4 millions d'âmes ramassées sur un territoire minuscule, bureaux et logements atteignent des prix exorbitants. Aujourd'hui, la position économique de la ville est délicate, puisque menacée par le développement fulgurant de Shenzhen mais aussi de Shanghai et de Singapour depuis quelques décennies. Hong Kong se fait donc peu à peu à l'idée de renforcer son ancrage dans l'économie continentale pour assurer son avenir. Elle tisse par exemple de nouveaux liens avec la Chine et Macao - anciennement colonie portugaise et également région administrative spéciale. Les hommes d'affaires hongkongais n'ont d'ailleurs qu'un seul mot à la bouche : " Greater Bay Area ", " La région de la Grande Baie ", en référence à un accord de coopération passé entre les trois entités, baignées par le delta du Zhu Jiang, la Rivière des perles. " La région de la Grande Baie, qui réunit 11 villes, est comparable au triangle formé par San Francisco, New York et Las Vegas, explique Karena Belin, cofondatrice de l'organisation de réseautage Whub, qui a largement contribué à faire du grand port une métropole de start-up. Hong Kong en est le centre financier, l'équivalent de New York. Shenzhen fait, elle, office de Silicon Valley. Et Macao est Las Vegas. Cette région regroupe pas moins de 66 millions d'habitants qui bénéficient aujourd'hui de meilleures connexions. Le projet Greater Bay Area prévoit entre autres la construction d'une ligne de TGV reliant Shenzhen à Hong Kong en 20 minutes. Avec une population de cultures aussi différentes, au goût immodéré pour les nouvelles technologies, la zone est le laboratoire idéal pour tester la rentabilité de son produit à grande échelle. " La région de la Grande Baie est aussi un des points de départ de la Nouvelle route de la soie, un gigantesque projet d'infrastructures de transport censé améliorer les liaisons par terre et mer de la Chine avec le Moyen-Orient, l'Europe et l'Afrique. Intéressant pour une start-up comme l'anversoise T-Mining, qui a pour but de faciliter et sécuriser la gestion des documents de transport de conteneurs grâce à la technologie blockchain. " Nous visons essentiellement les grandes villes portuaires, et il se trouve que la Chine possède sept des 10 plus grands ports du monde. Grâce à notre participation à cette mission commerciale à Hong Kong, nous avons trouvé deux partenaires potentiels, se réjouit Nico Wauters, cofondateur et CEO de T-Mining. Le développement de tels partenariats est essentiel parce que nous convertissons les applications blockchain locales dans les ports en applications permettant de gérer le flux de documents propres au secteur du transport au-delà des frontières. Un des partenaires rencontrés à Hong Kong voulait directement nous présenter au chief information officer du plus grand groupe de terminaux du monde. C'est ce qui rend les missions de ce genre passionnantes : on ne sait jamais ce que nous réserve la semaine. Les changements d'agenda de dernière minute pour saisir de nouvelles opportunités sont généralement bon signe. "