"Certains sont furieux de ce qu'on est en train de faire ", déclare anonymement un employé de Google à l'AFP alors que le site américain The Intercept vient de révéler que le géant du Web serait en train de préparer le lancement d'une version censurée de son moteur de recherche à destination du territoire de l'Empire du Milieu. À en croire l'organe d'investigation qui a eu accès à des mémos confidentiels, le célèbre moteur de recherche filtrerait les sites censurés par les autorités chinoises et ne délivrerait aucun résultat si un utilisateur y entre des requêtes " sensibles ". Si The Inter...

"Certains sont furieux de ce qu'on est en train de faire ", déclare anonymement un employé de Google à l'AFP alors que le site américain The Intercept vient de révéler que le géant du Web serait en train de préparer le lancement d'une version censurée de son moteur de recherche à destination du territoire de l'Empire du Milieu. À en croire l'organe d'investigation qui a eu accès à des mémos confidentiels, le célèbre moteur de recherche filtrerait les sites censurés par les autorités chinoises et ne délivrerait aucun résultat si un utilisateur y entre des requêtes " sensibles ". Si The Intercept dit vrai, Google réaliserait un sérieux volte-face sur la question de la censure chinoise. En 2010, en effet, il s'était lancé dans un véritable bras de fer avec le gouvernement local, après une attaque contre les comptes gmail de nombreux militants chinois des droits de l'Homme... avant de fermer son service de recherche lancé, en Chine, en 2006. En huit années, l'eau aurait-elle à ce point coulé sous les ponts que Google se montre prêt à abandonner certains principes du Web libre ? En tout cas, le mastodonte multiplie les projets sur le territoire chinois. Fin 2017, l'entreprise dirigée par Sundar Pichai ouvrait en Chine un centre de recherches en matière d'intelligence artificielle. Voici quelques semaines, il déboursait 550 millions de dollars pour entrer au capital de JD.com, l'Amazon chinois. Et Google serait aussi en pourparlers avec l'acteur chinois Tencent pour fournir ses services de " cloud ". Que Google convoite la Chine avec son service de search, même s'il refuse " de commenter les spéculations sur des projets futurs ", n'a vraiment rien d'étonnant. Ce marché affiche plus de 770 millions d'internautes (500 millions sur téléphone mobile). Et même si son concurrent local Baidu est ultradominant dans le pays, capter 10 % du marché de la recherche chinoise permettrait à la firme de générer jusqu'à 1 milliard de dollars, selon le cabinet Blue Lotus relayé par CNBC.Une somme pas énorme pour le mastodonte, qui affichait 32 milliards de dollars au deuxième trimestre, mais cette activité lui offrirait également un accès à de nouvelles données, matière première de l'intelligence artificielle que d'aucuns entrevoient comme le plus gros marché du 21e siècle. D'ailleurs, à coups de milliards, la Chine et la Silicon Valley se livrent à une course de vitesse pour s'emparer du marché de l'IA. Sur ce créneau, Google a vu se développer des concurrents chinois ultra-puissants comme Alibaba, Baidu, Tencent, etc. Pour capter ce marché chinois, l'ensemble des acteurs du Web semblent prêts à quelques entorses à leurs sacro-saints principes. Y compris ceux du Pays de la Liberté. Google n'est pas le seul : en février 2018, Apple a accepté que les données de ses utilisateurs iCloud ne soient pas stockées aux Etats-Unis mais en Chine, sur les serveurs d'une entreprise " partenaire "... directement financée par le gouvernement chinois... Christophe Charlot