Soit le premier volet d'une saga super-héroïque où une petite souris vorace va non seulement devenir la première major à Hollywood mais aussi s'apprêter à démanteler " l'Empire " numérique du streaming du menaçant Netflix.
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Soit le premier volet d'une saga super-héroïque où une petite souris vorace va non seulement devenir la première major à Hollywood mais aussi s'apprêter à démanteler " l'Empire " numérique du streaming du menaçant Netflix. Certains ont pu y voir - par une lecture un brin manichéenne - le début d'une saga édifiante : la victoire de la gentille souris progressiste contre le méchant renard réactionnaire. La lutte du Bien - Bob Iger, le patron de la Disney Company depuis 2005, aux idées libérales bien connues - contre le Mal, le méchant républicain aux idées réactionnaires, Rupert Murdoch. Reste que l'on peut également lire cette prise de contrôle comme un terrifiant film-catastrophe. Car pour la première fois, Hollywood est en passe de se faire disrupter. Jusqu'à présent, l'usine à rêve centenaire avait plutôt bien résisté aux menaces de la montée de la télévision et aux invasions numériques - celle du streaming notamment. Ironie du sort, cette fois-ci l'attaque se produit de l'intérieur et, qui plus est, avec une stratégie dont Hollywood a été elle-même l'initiatrice : celle du blockbuster. En effet, la formule du blockbuster a été mise au point à Hollywood en 1974 - avec Les dents de la mer de Spielberg. A l'origine, il a été conçu comme une arme de défense permettant aux studios de se prémunir contre les aléas des goûts du public. Comme le démontre Anita Elberse dans son essai Blockbusters - Hit making, Risk Taking, and the Big Business of Entertainment (éditions Henry Holt), produire des blockbusters, c'est-à-dire faire d'énormes investissements defaçon disproportionnée sur un petit nombre de films, est paradoxalement plus sûr qu'une répartition raisonnable entre différents films. La stratégie du blockbuster est une assurance contre le risque, une manière de prise de risque anti-risque. Evidemment, tous les studios ont recours à cette stratégie. Mais Disney possède, et de façon encore plus patente depuis que Bob Iger en a pris la tête, - deux particularités. La première, c'est qu'il mise exclusivement sur cette stratégie. Alors que la Fox, par exemple, a développé, via sa filiale Fox Searchlight Pictures, des films de prestige, des films d'auteurs, voire des oeuvres quasi alternatives comme les films de Wes Anderson. Disney s'est, quant à lui, rapidement débarrassé de Miramax (le studio de films indépendants créé par les frères Weinstein), préférant ne développer que des franchises. Il est à craindre du reste qu'il en fasse de même avec Fox Searchlight Pictures. Hors de la franchise, point de salut. La seconde particularité, c'est qu'en se concentrant uniquement sur des franchises autour de ses " marques ", le studio de Mickey a réussi à pousser l'art du blockbuster à un niveau d'efficacté industrielle jamais atteint. Que ce soit avec Marvel et sa galaxie de super-héros ou avec la reprise en main de la saga Star Wars, avec Pixar ou avec la marque historique Walt Disney, le studio possède un véritable arsenal nucléaire pour lancer des franchises à l'infini. Créer le big bang au coeur d'Hollywood. Et qui mieux que Disney possède cet art du déjà-vu, l'ingrédient de la quasi totalité des succès désormais à Hollywood qui fonctionne désormais à coups de remakes, reboots, sequels, prequels, cross-over ? Ne pas oublier que c'est déjà ce que faisait Disney à ses débuts avec Blanche Neige, Pinocchio, etc. Alors, un siècle plus tard, ce qui se joue avec cette prise de contrôle n'est pas simplement un enjeu de taille mais un changement de nature. Avec sa nouvelle force de frappe, Disney disrupte Hollywood de l'intérieur et contre-attaque l'Empire numérique de Netflix. Ce deal ne rend pas Disney plus puissant. Il le rend intouchable. Désormais, Disney quitte le monde des majors pour devenir membre du club le plus fermé de la planète : le GAFA's Club. Il partage déjà avec les autres membres ce progressisme de façade, l'humanisme affiché et le goût prononcé pour le monopole. Peut-être faudrait-il dorénavant songer à changer la plaque en cuivre du club et ne plus parler seulement de GAFA, mais de GAFAD, le nouvel ensemble des maîtres du monde Google, Amazon, Facebook, Apple et Disney.