Elle ne descend que trop rarement à la " cave ", affirme Free Vroome. Par " cave ", entendez l'espace de production réfrigéré abritant sept lignes de production presque totalement automatisées et destinées à râper du fromage. Si elle ne descend pas assez à la " cave ", l'administratrice déléguée de 47 ans, copropriétaire de Vache Bleue, n'hésite cependant pas à faire un brin de causette avec les travailleurs. C'est ainsi qu'on la retrouve, fringante, à arpenter les entrepôts, au milieu des 5.000 palettes de roues et de blocs de fromage.
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Elle ne descend que trop rarement à la " cave ", affirme Free Vroome. Par " cave ", entendez l'espace de production réfrigéré abritant sept lignes de production presque totalement automatisées et destinées à râper du fromage. Si elle ne descend pas assez à la " cave ", l'administratrice déléguée de 47 ans, copropriétaire de Vache Bleue, n'hésite cependant pas à faire un brin de causette avec les travailleurs. C'est ainsi qu'on la retrouve, fringante, à arpenter les entrepôts, au milieu des 5.000 palettes de roues et de blocs de fromage. Cela fait déjà 20 ans que cette Gantoise travaille dans l'entreprise de Lillois- Witterzée, à proximité de Nivelles, dans le Brabant wallon. Ingénieur agricole de formation, elle commence en 1997 au service des emballages, avant de gravir rapidement les échelons. En 2006, elle devient CEO, avec David Parent comme bras droit. A l'époque, Vache Bleue était encore aux mains de Valio, la principale coopérative laitière de Finlande, qui envisageait alors de se débarrasser de sa filiale déficitaire. " David et moi avons racheté l'entreprise en 2012 par le biais d'un management buy-out, explique Free Vroome. Ce n'était pas vraiment le but initial, même si les Finlandais nous avaient donné mandat de vendre l'entreprise. Il faut dire aussi que j'avais provisoirement quitté l'entreprise à l'époque. J'étais CEO de Marmo Group, une entreprise de transformation de viande. Je suis revenue chez Vache Bleue en 2015. " Vache Bleue est aujourd'hui une entreprise rentable et s'inscrit comme le leader de marché dans le domaine des mélanges d'emmental râpé. Elle fabrique les marques de distributeur de chaînes comme Aldi, Carrefour et Leclerc. " Ces produits représentent 38 % de notre chiffre d'affaires, poursuit la CEO. Et nous nous sommes fixé comme limite de ne pas dépasser 40 %. " La marque propre de fromage râpé Vache Bleue représente, quant à elle, un septième du chiffre. Et c'est également sous cette marque qu'elle produit son en-cas au gouda aux couleurs des Schtroumpfs. L'emballage et la découpe de fromage à destination des chaînes de magasins représentent un autre volet important des activités. Une grande partie des fromages de Carrefour provient ainsi de la " cave " de Lillois-Witterzée. Vache Bleue râpe en outre du fromage pour des tiers, comme Milcobel, la principale coopérative laitière belge. Elle produit ainsi chaque année quelque 50 millions de sachets de fromage râpé et découpé. Enfin, Vache Bleue livre aussi de grands blocs d'emmental (jusqu'à 80 kg la pièce) à l'industrie alimentaire. Elle propose même une gamme de produits laitiers sans lactose (fromage à raclette, crème glacée, yaourt, beurre, desserts, etc.) sous la marque Dilea, qui représente 20 % du chiffre d'affaires. Grâce à cet éventail d'activités, l'entreprise a bien prospéré, mais l'ambition des deux partenaires ne s'est pas arrêtée là. En effet, grâce à deux acquisitions opérées l'année dernière, Vache Bleue a franchi une étape. La première, le rachat du groupe laitier allemand Arla Foods, a d'ailleurs permis à Free Vroome et David Parent de réaliser un rêve. Avec cette opération, ils ont mis la main sur une usine en Bavière, qui fabrique de l'emmental. " Nous voulions que Vache Bleue devienne une entreprise plus grande, plus forte et plus internationale, assure la CEO. L'emmental représente 80 % de nos coûts en matières premières. Depuis la suppression des quotas laitiers, le marché est devenu très volatil. Les prix peuvent fluctuer de moitié, voire plus. Ils conditionnent donc fortement la réussite financière de l'entreprise. Nous travaillons avec divers fournisseurs et producteurs de fromage, mais nous n'avions jamais fabriqué de fromage nous-mêmes, et donc jamais travaillé directement avec les producteurs laitiers. Grâce à ce rachat en Allemagne, nous pourrons mieux contrôler le coût des matières premières. " Dorénavant, Free Vroome se rendra donc toutes les deux semaines à Bad Wörishofen, à une heure de route à l'ouest de Munich. " Il s'agit de la région de l'Allgäu, réputée pour la fabuleuse qualité de son emmental. Nous voulions travailler des fromages artisanaux, pas des produits industriels. C'est par là que nous entendons nous différencier. Mais ces produits sont rares. Je suis notamment très satisfaite de notre maître fromager à Bad Wörishofen. Nous y collaborons avec 700 producteurs laitiers, qui, l'année dernière, nous ont livré 200 millions de litres de lait. Comme nous leur garantissons l'achat de la totalité de leur production, les agriculteurs nous ont très bien accueillis. Ils sont également très heureux que nous transformions leur lait en un fromage doté d'une marque. Cela confère une valeur ajoutée au produit et fait augmenter les prix. L'usine de Bad Wörishofen produit chaque année plus de 18.000 tonnes de fromage. Cette production sera dorénavant acheminée quotidiennement vers le site de Lillois-Witterzée et notre nouvelle usine en France. " Une usine française qui constitue la deuxième acquisition de la société. Située à Muhlbach-sur-Munster en Alsace, non loin de Colmar, elle produit aussi du fromage râpé. On y réalise donc les mêmes opérations que sur le site belge, mais à plus grande échelle. " Chaque jour, trois camions chargés de blocs d'emmental quittent notre usine de l'Allgäu, explique Free Vroome. Un camion prend la direction de la Belgique, et les deux autres celle de l'Alsace. Cette acquisition française revêt une importance stratégique, car elle nous offre un point d'ancrage dans l'Hexagone, ce qui est très important. En France, pour nouer des contacts professionnels, il faut être Français ou posséder une usine sur place. C'est dans leur mentalité. Notre usine alsacienne cible essentiellement les services de restauration et l'industrie alimentaire. Le fromage râpé pour les producteurs de pizzas constitue sa grande spécialité. Désormais, nous avons un contrôle total sur la chaîne, de l'agriculteur au sachet de fromage que nous livrons nous-mêmes aux clients. " Pour Vache Bleue, ces acquisitions constituent un véritable bond en avant. Le chiffre d'affaires consolidé (65 millions d'euros en 2017) devrait grimper à 160 millions en 2019. Le nombre de travailleurs va lui aussi augmenter, pour passer de 120 actuellement à près de 250, dont 77 en Allemagne et 50 en France. " L'objectif est de finaliser le rachat pour le 1er avril, mais on investit déjà, assure la CEO. L'usine française enregistre plus de commandes qu'elle ne peut en produire. Nous avons prévu d'y renforcer la capacité de production de 20 %. " S'agissant du prix du rachat, Free Vroome ne dévoile rien. " Nous finançons cette opération par des fonds propres et des emprunts bancaires. L'actionnariat reste inchangé ( Free Vroome et David Parent sont actionnaires à 50 % de Vache Bleue SA, Ndlr). L'intérêt pour ce type de projets ne manque pas sur le marché belge. Cela nous a d'ailleurs agréablement surpris. Les banques ont volontiers accepté de nous suivre. " Malgré un marché où le chiffre d'affaires peut fortement fluctuer en raison de la volatilité des prix du lait ( voir le tableau), Vache Bleue a prouvé sa rentabilité ces dernières années. " Le chiffre d'affaires n'est pas l'indicateur le plus important. Ce qui compte réellement, ce sont les volumes traités. " A noter que l'usine de Lillois-Witterzée devient à présent la plus petite des trois. A elle seule, la bavaroise devrait générer un chiffre d'affaires de 80 millions d'euros, et l'alsacienne, 70 millions. Ce qui n'empêche pas les nouveaux propriétaires de privilégier la continuité. " Nous maintenons la direction en l'état, assure Free Vroome. Elle est composée de personnes très compétentes. Les travailleurs, aussi, resteront en poste. " Et qui sait, peut-être verrons-nous prochainement l'entreprise brabançonne réaliser son entrée sur le marché germanique sous marque propre ? L'acquisition de l'usine bavaroise comprend aussi le rachat de l'ancienne marque allemande de produits laitiers Allgäuland...