Certains utilisateurs de Facebook, d'Instagram et consorts se sont déjà posé la question de savoir si ces réseaux sociaux étaient à l'affût de leurs conversations privées afin de cibler au mieux leurs publicités, et cela sans qu'ils n'aient effectué aucune recherche en ligne ou appuyé sur aucune notification.
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Certains utilisateurs de Facebook, d'Instagram et consorts se sont déjà posé la question de savoir si ces réseaux sociaux étaient à l'affût de leurs conversations privées afin de cibler au mieux leurs publicités, et cela sans qu'ils n'aient effectué aucune recherche en ligne ou appuyé sur aucune notification. USA Today prend l'exemple d'une utilisatrice, Michelle. Une mère présente à l'anniversaire de son fils lui a parlé d'une marque de vêtements qu'elle appréciait. Quelques minutes plus tard, qu'elle ne fut pas son étonnement quand une publicité pour cette marque est apparue dans son fil d'actualité Facebook. L'Américaine s'est alors demandé si la légende urbaine était vraie : Facebook écoute-t-il vraiment nos conversations pour nous envoyer de la publicité bien ciblée ? "Je vous jure que je pense que vous m'écoutez", a déclaré Gayle King animatrice de CBS This Morning à Adam Mosseri, l'actuel directeur d'Instagram (propriété de Facebook). "Pouvez-vous m'aider à comprendre comment je peux avoir une conversation privée avec quelqu'un au sujet de quelque chose qui m'intéresse et qu'une publicité à ce sujet apparaît de suite dans mon flux Instagram ", lui demande King, précisant: "Je ne l'ai pas cherché, je n'en ai parlé à personne."Mais Mosseri, de son côté, nie en bloc : "Nous ne consultons pas vos messages, nous n'écoutons pas via votre microphone, ce serait super problématique pour de multiples raisons", insiste-t-il lors de cet interview sur CBS. "Mais je vois que vous n'allez pas vraiment me croire."Alors pourquoi ce genre de publicités extrêmement bien ciblées continuent-elles d'apparaître régulièrement, et pourquoi tant de gens sont-ils convaincus que Facebook ne dit pas la vérité ?C'est en tout cas l'opinion de Jamie Court, président de Consumer Watchdog, une organisation à but non lucratif basée à Los Angeles. "Facebook vous espionne", déclare, "Juste d'une façon différente."La vérité, c'est que Facebook suit toutes nos activités et de nombreux internautes ne le soupçonnent même pas. Facebook est devenu tellement doué dans ce domaine que nous en venons à penser qu'il va jusqu'à enregistrer nos conversations privées. Au lieu de cela, l'algorithme du réseau social utilise des données démographiques et géographiques sophistiquées pour diffuser des publicités ciblées. "C'est comme s'il vous suivait à la trace", explique Court. "Il collecte toutes sortes de preuves très précises et on croit qu'il écoute nos conversations."Dans le cas de cette mère de famille, USA Today a demandé à Facebook de l'aider à comprendre la situation. Le réseau social lui a alors envoyé la procédure formelle pour la question: "Pourquoi vous voyez cette publicité ?". Cette fonction figure dans le menu de toutes les annonces Facebook, elle est accessible en cliquant sur les trois petits points en haut à droite de la page.La réponse de Facebook est la suivante, formulée en termes marketing : Michelle a vu l'annonce parce que la marque dont elle parlait veut atteindre les "personnes qui peuvent être similaires à leurs clients" et "les personnes de plus de 18 ans qui vivent à Los Angeles ou y étaient récemment", ajoutant "cette information est basée sur votre profil Facebook et les lieux où vous vous connectez à Internet". Ce qui n'explique toutefois pas clairement pourquoi la pub pour ce label de mode précis est apparue juste après la conversation que Michelle a eue avec son amie. USA Today émet une autre suggestion, avec l'aide de Consumer Watchdog. L'algorithme de Facebook a supposé, puisqu'elle était avec une personne du même âge et qu'elles avaient toutes les deux des enfants, que Michelle serait également intéressée par une marque que cette mère avait aimée après avoir déduit que les deux femmes étaient dans le même lieu géographique, où les interactions de sa connaissance avec ce label étaient fréquentes. Si elle avait posté des photos de la fête sur Instagram, davantage d'indices auraient pu être recueillis pour appuyer le lien d'intérêt. "L'intelligence artificielle de Facebook peut déterminer ce que vous désirez à partir du matériel textuel et visuel que vous lui fournissez ", note Phil Lieberman, un vétéran de l'industrie technologique. "Avec cette volonté, ils peuvent trouver des produits et des services qui pourraient vous intéresser. Il s'agit de 'systèmes de recommandation' similaires à ce qu'offre Amazon, mais FB a plus d'informations sur une base continue pour déterminer ce que vous pourriez être intéressé à acheter."Lily Leiva, une utilisatrice de Facebook basée à Atlanta, a donné une explication similaire pour la "box" de maternité brièvement mentionnée lors d'un dîner avec une amie. L'annonce pour cette boîte au prix de 500 dollars est apparue dans son fil d'actualités le lendemain. "J'ai trouvé ça tellement troublant," dit-elle. "Facebook essayait de prédire mon comportement." Sa théorie est que Facebook lui a présenté la publicité parce qu'elle était en compagnie de son amie, qui avait aimé le produit. "Les responsables de Facebook disent qu'ils n'écoutent pas nos conversations ", dit-elle. "Mais ils ne disent pas qu'ils ne nous traquent pas."En fait, le réseau social est très ouvert au sujet du suivi de ses utilisateurs. La plupart d'entre nous sait qu'à chaque fois que nous aimons un message, laissons un commentaire ou taguons un ami, cela donne encore plus de munitions à Facebook pour nous envoyer des annonces personnalisées. Chaque enregistrement, chaque hashtag, chaque commentaire apportent encore plus d'eau au moulin. Le réseau social admet qu'il recueille le "contenu, les communications et autres informations", y compris les images et vidéos, les comptes, les hashtags et les groupes auxquels nous sommes connectés. Il note quels messages, vidéos et autres contenus nous consultons et recueille même nos informations de paiement, y compris le numéro de carte de crédit, ou encore, les informations de facturation et d'expédition, détaille le site USA Today. "Il y a beaucoup d'autres façons pour Facebook de vous cibler avec des publicités basées sur des données qu'ils ont collectées et mises à jour", affirme au média américain Paul Bischoff du site Comparitech.com, défenseur de la confidentialité. "N'oubliez pas que Facebook peut suivre ce que vous faites sur d'autres sites Web et applications qui utilisent les plugins, login et widgets Facebook", ajoute cet expert en nouvelles technologies. L'ouverture de session unique de Facebook présente aussi une brèche béante pour la récolte par le réseau social de multiples données. Si vous avez utilisé votre compte Facebook pour vous connecter à un site Web ou à une application, vous abonner à une newsletter, effectuer un achat ou obtenir un bon d'achat, Facebook peut recueillir de multiples données, comme la consultation d'une page Web ou l'ajout d'un produit spécifique à un panier en ligne. Le réseau social nous suit également sur nos smartphones si nous lui en donnons la permission, ce qui signifie qu'il sait où vous êtes, même avec l'application fermée. Il laisse des données de "cookies" sur nos appareils pour le suivi, "pour créer des produits personnalisés qui sont uniques et pertinents pour vous". En ce qui concerne les autorisations, Facebook ne vous incite pas à permettre le suivi ininterrompu, même lorsque l'application est fermée. Au lieu de cela, comme il l'a fait récemment pour cette mère de famille mentionnée ci-dessus, un message sur Instagram, propriété de Facebook, était sur le point d'être mis en ligne, lorsqu'une fenêtre pop-up l'a invitée à "Activer les services de localisation", pour sélectionner automatiquement le hashtag de sa ville d'origine.Que faire alors, si on ne veut pas dire adieu définitivement à ces réseaux sociaux, pour limiter cette intrusion dans notre vie privée ? Comment éviter que Facebook et consorts ne suivent plus tous nos faits et gestes virtuels à la trace ? Usa Today déclare d'emblée qu'il faut rester réaliste, car si des mesures peuvent être prises pour limiter le "tracking" de Facebook à notre égard, ce dernier continuera quand même en grande partie à suivre nos interactions et pourra obtenir la plupart des informations dont il a besoin."Il se peut que nous localisions encore votre emplacement à l'aide d'éléments tels que les enregistrements, les événements et les informations de votre connexion Internet ", explique Facebook dans sa rubrique des "Questions les plus posées" sur le fonctionnement de ses paramètres de localisation. Aleksandra Korolova, professeure adjointe à l'Université de Californie du Sud, a fait une étude sur le suivi de la localisation de Facebook, relaie USA Today. Sa conclusion est que même si vous choisissez la fonction "opt-out" (fonction de retrait), Facebook aura toujours la possibilité de vous surveiller. "Même lorsque nous utilisons explicitement tous les contrôles de localisation", dit-elle, "Facebook connaître toujours les lieux que nous visitons et les exploitera pour ses publicités".Dans un post publié en décembre 2018 et largement diffusé, Korolova note les inconvénients de ce stalking continu. "Les endroits qu'une personne visite et où elle vit en révèlent beaucoup sur elle", écrit-elle. "Leur collecte subreptice et leur utilisation dans le ciblage publicitaire peuvent ouvrir la voie à des publicités nuisibles, cibler les gens lorsqu'ils sont vulnérables ou permettre le harcèlement et la discrimination."Le problème de la vie privée peut devenir particulièrement sérieux lorsqu'il y a un désir de confidentialité, par exemple, lors d'une visite chez un thérapeute ou la participation à une réunion des Alcooliques Anonymes. Quels sont les moyens pour échapper à cet univers virtuel à la Big Brother ? Des outils voient petit à petit le jour pour jouir d'un minimum de confidentialité lors de l'utilisation de ces réseaux sociaux omniprésents dans notre vie quotidienne. L'expert en sécurité Will Strafach a ainsi lancé une nouvelle application pour smartphone, disponible dans le courant du mois de juillet pour 9,99 dollars. Baptisée "Guardian Firewall", avec comme slogan "reprendre le contrôle de sa vie numérique et de sa vie privée", elle ambitionne d'empêcher Facebook d'effectuer un suivi trop poussé de ses internautes et d'accéder à la plupart de leurs données privées.Car selon lui, "les appareils électroniques que vous avez achetés et que vous possédez ne devraient pas vous dénoncer.Ces entreprises volent des données de votre poche, des téléphones que vous avez payés.Ils gaspillent l'autonomie de votre batterie, et la plupart des utilisateurs ne s'en rendent même pas compte."Lire aussi: Amazon: Des milliers d'employés écoutent les conversations enregistrées par l'assistante virtuelle Alexa