Cinq flèches représentent l'emblème de la famille Rothschild. Les cinq fils de Mayer Amschel Rothschild à l'origine d'une dynastie d'entrepreneurs démarrée au 18e siècle. Deux de ces fils nous intéressent aujourd'hui: Nathan et James. De la branche de Nathan naîtra en 1853 le Château Mouton Rothschild, quand son fils Nathaniel rachète et rebaptise le Château Brane-Mouton. Ce premier grand cru classé de Pauillac fait aujourd'hui partie des vignobles Philippe de Rothschild. James de Rothschild a acquis, lui, le Château Lafite en 1868. Plus de 150 ans plus tard, la descendance issue de ses trois fils continue à être propriétaire de ce premier grand cru classé de Pauillac: entre autres, Eric de Rothschild qui gère le domaine et vient de passer le flambeau à sa fille Saskia, David de Rothschild, le fondateur du groupe financier Rothschild & Co, et Ariane de Rothschild, veuve du seul héritier d'Edmond de Rothschild.
...

Cinq flèches représentent l'emblème de la famille Rothschild. Les cinq fils de Mayer Amschel Rothschild à l'origine d'une dynastie d'entrepreneurs démarrée au 18e siècle. Deux de ces fils nous intéressent aujourd'hui: Nathan et James. De la branche de Nathan naîtra en 1853 le Château Mouton Rothschild, quand son fils Nathaniel rachète et rebaptise le Château Brane-Mouton. Ce premier grand cru classé de Pauillac fait aujourd'hui partie des vignobles Philippe de Rothschild. James de Rothschild a acquis, lui, le Château Lafite en 1868. Plus de 150 ans plus tard, la descendance issue de ses trois fils continue à être propriétaire de ce premier grand cru classé de Pauillac: entre autres, Eric de Rothschild qui gère le domaine et vient de passer le flambeau à sa fille Saskia, David de Rothschild, le fondateur du groupe financier Rothschild & Co, et Ariane de Rothschild, veuve du seul héritier d'Edmond de Rothschild. Même s'il disposait d'un tiers des parts dans Lafite, Edmond de Rothschild, très attaché à l'art de vivre à la française et à la tradition viticole et agricole, a entrepris son propre projet en 1973. Cette année-là, il fonde la Compagnie vinicole en rachetant, entre autres, le Château Clarke. "Le domaine était dans un état lamentable. Le château lui-même n'existait plus depuis des lustres puisqu'il avait été détruit par les anciens propriétaires, confie Boris Bréau, l'actuel directeur général de la Compagnie vinicole. Le travail accompli après le rachat fut titanesque: le vignoble, dont on retrouve la trace au 12e siècle, a été entièrement redessiné, reconstitué et porté à 55 ha. Nous sommes dans l'appellation Listrac-Médoc mais notre encépagement est un peu atypique car depuis les années 2000, nous sommes à plus ou moins 70% de merlot. Il mûrit très bien ici et le terroir très argileux est une bénédiction à l'heure du réchauffement climatique." Le premier millésime de Clarke est sorti en 1978. Depuis, sous l'effet des oenologues successifs (Emile Peynaud, Jacques Boissenot, Michel Rolland et aujourd'hui Eric Boissenot, le fils de Jacques), ce cru bordelais a évolué avec son temps. Une balade verticale dans 20 millésimes de Clarke de 1982 à 2018 permet d'analyser cette évolution des goûts et l'influence des conditions climatiques. Après la période Parker qui a favorisé l'émergence de vins bordelais bodybuildés, Eric Boissenot et Fabrice Darmaillacq, le directeur technique arrivé en 2016, font aujourd'hui un travail remarquable d'expression naturelle de ce terroir atypique. Clarke vise de nos jours une plus grande buvabilité "immédiate" sans se départir de son grand potentiel de garde. On le voit, Edmond de Rothschild, ce n'est pas que de la finance. C'est même aussi du sport d'hiver... et des activités fermières. Peu de gens le savent mais c'est en effet à la famille Rothschild que l'on doit la naissance de Megève en tant que station de ski reconnue et courue. Et plus particulièrement à Noémie de Rothschild, la maman d'Edmond. Après la Première Guerre mondiale, choquée de croiser les ennemis d'hier sur les pistes de ski, elle décide de créer un St-Moritz à la française. Avec son mari, le baron Maurice, elle jette son dévolu au début des années 1920 sur une petite pension de famille et des centaines d'hectares au mont d'Arbois, en aplomb d'un petit village de Haute-Savoie inconnu: Megève. En 1924, la petite pension est devenue le premier palace des neiges. L'hôtel du Mont d'Arbois a rapidement attiré les grands de ce monde, dont notre roi Albert 1er. Edmond de Rothschild a poursuivi l'oeuvre de sa maman en dotant Megève d'un golf dans les années 1960 et en étendant l'offre hôtelière. Aujourd'hui, si l'hôtel initial est devenu une résidence Maeva, la famille est toujours très présente avec trois et sept restaurants dont Le 1920 (année d'arrivée de Noémie), rebaptisé La Dame de Pic-Le 1920 lors de l'arrivée d'Anne-Sophie Pic, la cheffe multi-étoilée, dans les cuisines en 2021. Que diriez-vous, en outre, si vous appreniez que votre banquier fabriquait du fromage? C'est pourtant bien ce que fit Edmond au début des années 1990. Lassé de ne pas retrouver le goût du brie de son enfance, il décida de fabriquer le sien sur les terres familiales en Seine-et-Marne. La Ferme des 30 arpents était née et, avec elle, le seul producteur de brie de Meaux fermier au lait cru affublé d'une AOP. La ferme produit aussi du veau, du cochon de lait, des saucissons et des terrines de gibier ainsi que du beurre de baratte. A la mort du baron Edmond en 1997, c'est son fils Benjamin et l'épouse de ce dernier, Ariane, qui ont repris les rênes du groupe. Et désormais, la baronne seule puisque Benjamin est décédé inopinément en janvier 2021. Ces activités Art de vivre sont aujourd'hui regroupées sous le nom Edmond de Rothschild Heritage. "Quand j'ai rencontré Edmond, on nous qualifiait de banquiers, sourit Ariane de Rothschild. Nous le sommes toujours mais si je ne faisais que des chiffres, ma vie ne serait pas très rigolote. Chez Edmond, j'ai aimé son mélange de tout. Vous savez, le vin et les autres activités Art de vivre, on appelait cela les danseuses du baron. J'étais en désaccord profond: j'ai passé beaucoup de temps à faire comprendre aux banques que la viticulture et l'agriculture ne sont pas des danseuses mais des métiers où les gens travaillent dur. Vous savez comme moi qu'en un coup de gel, tout le travail viticole peut être anéanti. En termes de culture d'entreprise, j'ai toujours insisté sur le fait que tous les métiers sont dignes de respect. Ceux de l'agriculture sont lents, longs et ardus et on y gagne beaucoup moins d'argent mais ils méritent le même respect." L'héritage et la transmission sont des marques de fabrique de la famille. Même si cela ne doit pas rimer avec immobilisme ou conservatisme. Pour preuve, la grande diversification du portefeuille de la Compagnie vinicole depuis l'arrivée à sa tête de Benjamin et d'Ariane: Los Flechas en Argentine, Rimapere (cinq flèches en Maori...) et Akarua (acquis il y a quelques jours) en Nouvelle-Zélande, Fredericksburg en Afrique du Sud, Macan en Espagne, Laurets et Malengin dans le Bordelais, le champagne Barons de Rothschild (une association des barons Benjamin, Philippe et Eric créée en 2005) à Reims et Epernay. "Je poursuis l'oeuvre d'Edmond, assure la baronne. L'héritage que l'on reçoit, comment le transforme-t-on avant de le passer à la génération suivante? Mes enjeux ne sont certainement pas les mêmes que ceux d'Edmond. Nous avons opté pour la diversification viticole ailleurs qu'à Bordeaux. On aurait pu rester ici mais ce n'était pas, vu les aléas climatiques, la meilleure option. S'aventurer dans les vins du monde est une diversification stratégique solide en termes de partage des risques. Vous voyez, la banquière n'est jamais loin (rires)... La viticulture nous challenge sur l'innovation. Comme s'inscrire dans le changement climatique? Comme gérer le bio, qui nous convainc tous, dans un grand domaine bordelais? Ces combats environnementaux prégnants qui font partie des investissements de la banque, entre autres via un fonds technologique agricole, je les applique évidemment à moi-même. C'est un défi quotidien quand on possède des vignes, des hôtels, des restaurants, une ferme et même une pépinière." En matière de vins, ce qui frappe le plus, c'est en tout cas le désir de tirer la quintessence des terroirs. Clarke ne sera jamais l'équivalent de Mouton ou de Lafite mais son rapport qualité/prix (une quarantaine d'euros suivant les millésimes) est imbattable. Sa version en blanc, le Merle Blanc, une rareté dans les propriétés du Médoc, n'a rien à envier aux grands blancs bordelais. Rimapere produit un sauvignon blanc remarquable. Au Château des Laurets, Benjamin de Rothschild a chargé Fabrice Bandiera, le directeur technique, de faire du domaine en appellation puisseguin-saint- émilion l'un des meilleurs de Bordeaux. Mission accomplie au bout de 20 ans et on ne saurait trop vous conseiller de déguster sa version Baron, une sélection parcellaire des meilleurs merlots. C'est au même Fabrice Bandiera que l'on doit l'évolution audacieuse du Château de Malengin, à proximité. Ce montagne-saint-émilion, sous l'impulsion d'Eve de Rothschild, l'une des quatre filles d'Ariane, a effectué un retour aux sources avec un élevage très majoritairement en amphores. Eve - c'est le nom du vin - est un bordeaux atypique: croquant, juteux, aérien, avec des fruits rouges qui explosent en bouche. Un pari audacieux mais réussi. "C'était un vrai défi parce que l'élevage en amphore est peu pratiqué dans le Bordelais, confie Eve de Rothschild, mais nous étions convaincus que cette méthode permettrait de retrouver tout le croquant et la fraîcheur du fruit. A force de travail, d'essais d'assemblage, la Cuvée Eve a vu le jour en 2021, l'année de mes 20 ans. Bien que le vin soit une passion historique dans ma famille, la création d'une cuvée est un exercice inédit pour moi." Eve qui s'implique déjà dans la viticulture, est-ce à dire que la succession de la baronne Ariane, dans le pôle Art de vivre, est toute tracée? "Nous n'avons plus une vision monolithique de la transmission de l'héritage dont on parlait tout à l'heure, conclut Ariane de Rothschild. Le monde est tellement éclaté que je ne pense pas que ce soit encore possible. Donc j'aurais tendance à vous répondre non. Je laisse à mes filles la liberté de tracer leur chemin. Le nom Rothschild, c'est une lourde machine, vous savez. C'est très compliqué de contribuer à quelque chose qui est très pesant en termes historique et financier si vous n'avez pas fait votre chemin de vie avec vos passions et votre personnalité. Je suis encline à penser que ce n'est pas une qui reprendra le flambeau mais les quatre en même temps, sur des thématiques différentes."