Yolanda Passement, secrétaire pour la section locale du puissant syndicat des salariés du secteur de l'automobile, l'UAW, se constitue depuis le début de l'année un petit bas de laine.

Son père, qui comme elle a travaillé chez GM avant de prendre sa retraite, "nous a prévenus qu'il fallait être préparés car on ne sait jamais quel sort l'entreprise peut nous réserver les années où les contrats doivent être négociés", remarque-t-elle.

Près de 50.000 salariés du constructeur, qui regroupe les marques Chevrolet, GMC, Buick et Cadillac, sont en grève depuis lundi dernier. C'est le premier mouvement social de cette ampleur chez GM depuis 2007.

Moriha Ross manifeste avec, à ses côtés, sa fille de neuf ans, atteinte de surdité et de paralysie cérébrale. "On s'est assuré d'avoir toutes nos ordonnances à jour", explique-t-elle.

Même si le syndicat s'est engagé à couvrir les coûts de l'assurance maladie pendant la grève, "cela affecte notre capacité à aller chez le médecin", souligne-t-elle. "Heureusement, nous n'avions pas de rendez-vous cette semaine".

Après avoir débuté chez GM en tant qu'intérimaire, Moriha Ross est devenue employée à temps plein en 2015.

En plus de hausses de salaires et de meilleurs avantages sociaux, l'UAW réclame justement l'amélioration de la situation des salariés embauchés après le sauvetage historique de GM de la faillite en 2009 par l'administration Obama.

L'organisation voudrait aussi que le géant de Detroit réactive quatre usines mises à l'arrêt en novembre 2018. GM affirme pour sa part avoir offert plus de 7 milliards de dollars de nouveaux investissements dans des usines américaines, proposé de créer 5.400 emplois supplémentaires et d'augmenter les salaires.

- Incompréhension -

"Je ne comprends pas pourquoi GM fait ca", remarque de son côté Coianne Avant. "L'argent qu'ils perdent chaque jour à cause de la fermeture des usines aurait permis de couvrir tout ce que nous leur demandons", déplore-t-elle en défilant devant le site.

D'après des experts, la grève risque de coûter jusqu'à 100 millions de dollars par jour au groupe.

Coianne Avant ne travaille plus dans cette usine de Détroit-Hamtramck, où l'activité a été réduite en début d'année avant une fermeture prévue en janvier 2020. Elle a alors été transférée à l'usine de Flint. Elle doit désormais effectuer chaque jour un aller-retour de plus de 160 kilomètres.

"Je suis chez General Motors depuis 20 ans et il s'agit de ma neuvième usine", raconte-t-elle. "Heureusement, j'étais dans une usine qui proposait beaucoup d'heures supplémentaires, donc j'ai pu économiser. Mais ca reste difficile, je vis d'un salaire à l'autre."

- "Combat pour l'âme de l'Amérique" -

Ce mouvement social est un moment "historique", assure pour sa part Jason Fatella, un salarié de Fiat Chrysler Automobiles venu apporter son soutien à ses homologues de GM. Son employeur doit lui aussi négocier un accord avec le syndicat UAW. "On demande seulement des mesures équitables", affirme-t-il.

En signe de solidarité, Elizabeth Warren est venue à la rencontre des grévistes.

Si ses partisans ont apporté des beignets aux quelque 250 personnes présentes, elle n'a pas pris publiquement la parole. Mais a remarqué auprès de la presse que GM avait, après son sauvetage par l'Etat, "gagné des milliards de dollars".

"Nous avons besoin d'un président à la Maison Blanche qui se batte pour les revendications des syndicats", a-t-elle déclaré.

Représentant d'un district du Michigan à la Chambre des Représentants, le démocrate Andy Levin est aussi venu soutenir les manifestants. En défendant les emplois et salaires de la classe moyenne, a-t-il assuré, le syndicat UAW mène "un combat pour l'âme de l'Amérique".