Difficile de ne pas être frappé par la multitude de pancartes "à louer" sur les façades de commerces inoccupés dans cette ville des Midlands, ancien coeur industriel du pays.

Comme un symbole, le premier magasin à la sortie de la gare appartient à la chaîne à bas prix Poundland, l'une des rares à résister à l'hécatombe de faillites. "Les principaux magasins sont partis, remplacés par des trucs pas terribles. J'achète beaucoup plus en ligne maintenant", lance Susan Humphreys, 70 ans, qui presse le pas en cette journée glaciale de fin novembre.

La crise du commerce qui frappe Walsall, agglomération de 270.000 personnes, s'étend à tout le Royaume-Uni et n'épargne aucun segment, des commerces indépendants aux grands magasins, de l'habillement à la restauration. En pleine législatives, cette crise du petit commerce, qui s'est traduite par 85.000 emplois supprimés sur l'année passée, est devenu un thème de campagne pour les législatives de décembre.

Hausse des charges, incertitudes liées au Brexit qui rendent les consommateurs frileux... Les explications de la "crise des centres-villes" sont légion, mais il est surtout devenu difficile de résister au tsunami des achats en ligne et d'Amazon.

Aux 2,9 millions de personnes qui travaillent dans le secteur de la distribution au Royaume-Uni, les principaux partis promettent de concert d'alléger les impôts fonciers pour les entreprises afin d'aider les petits détaillants.

- Déclin industriel -

"Des régions comme celle de Walsall ont souffert de décennies de déclin industriel et donc les fermetures de magasins ont un impact encore plus fort qu'ailleurs", souligne Simon Tranter, responsable municipal du programme de régénération de la ville. Beaucoup d'habitants ont du mal à joindre les deux bouts, avec un taux de pauvreté des enfants et de mortalité infantile au-dessus de la moyenne nationale. Conséquence politique: cet ancien bastion travailliste a voté à 68% pour le Brexit et le Labour a perdu un de ses deux sièges de députés, remporté d'une courte tête par les conservateurs.

Le directeur général de la Chambre de commerce locale, Corin Crane, se veut réaliste: "le commerce de centre-ville ne redeviendra plus jamais comme avant", assure-t-il à l'AFP. Si le magasin d'habillement bon marché Primark ne désemplit pas, la ville a été particulièrement ébranlée par la fermeture du Marks and Spencer à l'été 2018. Depuis, le vaste bâtiment de briques ajoute à l'atmosphère fantomatique de rues que s'efforce d'égayer un Père Noël automate.

"Je suis sûr qu'il va rester vide encore quelques années", lance un vendeur du journal local, à quelque pas d'un Burger King qui a baissé le rideau et d'un magasin de l'enseigne de vêtements Bonmarché, en faillite.

Célèbre au tournant du XXe siècle pour son travail du cuir, théâtre d'un boom du commerce dans les années 1980, la ville a perdu depuis sa superbe. L'austérité de la dernière décennie a aggravé les choses et une association de santé publique l'a même classée deuxième ville la moins saine du pays. "Depuis le crash bancaire de 2008, le gouvernement a investi très peu d'argent dans les localités", rappelle M. Crane.

Walsall souffre en outre de sa proximité avec Birmingham, l'une des plus grandes villes d'Angleterre, dont la récente modernisation attire emplois et commerces.

- 365.000 chewing-gums -

Sous l'impulsion d'Andy Street, un conservateur à la tête de la région des West Midlands et ancien responsable des magasins haut de gamme John Lewis, Walsall a décidé de prendre le taureau par les cornes. La municipalité a entrepris un grand ménage, chassé les pigeons et enlevé pas moins de 365.000 chewing-gums collés par terre.

Un plan de modernisation à 100 millions de livres (117 millions d'euros) sur 20 ans a été lancé, avec une contribution de 25 millions du gouvernement, pour notamment construire des appartements, espaces de loisirs et de verdure, pour attirer une population plus aisée.

"Nous avons besoin de davantage de gens qui vivent dans le centre, parce que l'espace commercial va se réduire", explique à l'AFP Adrian Andrew, un conseiller municipal. "C'est notre dernière chance d'entrer dans le XXIe siècle et de léguer à la prochaine génération une ville meilleure", conclut-il.