Citizenfund est porté par sept entrepreneurs. Leur leitmotiv est de mobiliser l'épargne bancaire dormante de chaque citoyen pour soutenir les entreprises investies dans ce qu'on appelle "la transition".

C'est dans l'air depuis quelques années. Le financement participatif est devenu une solution créative et citoyenne au lancement de jeunes entreprises. Ces plateformes sont en train de fleurir aux quatre coins du monde. Il devient difficile d'être exhaustif dans le domaine, notamment pour un pays comme la Belgique, tant les initiatives sont aujourd'hui devenues nombreuses. " En ce qui nous concerne, indique d'emblée Thibaut Martens, cofondateur de la société Boostreia, qui accompagne les entreprises dans leur développement, et l'un des sept cofondateurs de Citizenfund, nous ne nous positionnons pas comme une plateforme de crowdfunding classique. D'abord par rapport aux valeurs solidaires que nous défendons. Ensuite, nous ne proposons pas aux citoyens de soutenir un projet en particulier. Ce qui évite à l'entreprise de devoir communiquer autour de son projet et d'engager des frais de marketing pour le dire simplement. Notre objectif est de réunir un maximum de coopérateurs qui vont, de manière transversale, soutenir en quelque sorte tous les projets. Les citoyens n'investissent donc pas dans un projet mais dans une vision. Nos trois valeurs fondatrices qui doivent aider à la sélection des projets en amont sont le coopératif, le collaboratif et le circulaire. S'il fallait citer une plateforme similaire à la nôtre, ce serait Lita (acronyme de Live. Impact. Trust. Act.). " Le site Lita.co indique aujourd'hui avoir financé, en trois ans, un peu moins de 30 entreprises, créé près de 900 emplois pour une somme totale investie avoisinant les 7 millions d'euros. Active d'abord en France, Lita a créé il y a un mois son bras opérationnel en Belgique. Avec Lita, Citizenfund entend donc devenir le deuxième acteur belge de soutien financier citoyen, autrement appelé impact investing.

Nous voulons que les coopérateurs soient des citoyens impliqués dans la sélection des projets à soutenir et pour certains, dans l'évolution de ces projets pour garantir une éthique et une transparence totales " Thibaut Martens, cofondateur de Citizenfund

1,5 million d'euros par an

Citizenfund s'est fixé comme objectif de récolter annuellement 1,5 million d'euros dans les premières années de fonctionnement pour le soutien de 10 à 15 projets. " L'idée a germé au printemps de cette année, poursuit Thibaut Martens. Notamment autour de Bastien Van Wylick et son ASBL Sharify (lire l'encadré " Impact Challenge 2017 ") et du duo Axel Kuborn et Alexandre Ponchon, cofondateurs de l'espace de coworking bruxellois Silversquare. Nous nous sommes tous dits : le jour où nous serons interrogés par nos enfants sur ce que nous avons fait de porteur sur cette Terre, qu'allons-nous leur répondre ? Nous avons tous une activité à temps plein à côté. Ce projet nous apporte un surplus de sens à ce que nous faisons déjà. Nous avons pris le temps de confronter notre idée à des experts comme Sybille Mertens par exemple, du côté d'HEC Liège, des opérateurs comme Coopcity et Village Partenaire à Bruxelles, ou encore l'Union des classes moyennes, qui dispose aujourd'hui d'une cellule sur l'économie circulaire. Et nous avons finalement lancé notre coopérative agréée en mai dernier, dont l'objectif est donc de faire de l'appel public à l'épargne. "

Un coopérateur impliqué

Contrairement aux plateformes de crowdfunding traditionnelles, Citizenfund entend se démarquer en impliquant davantage les citoyens qui s'engagent. Le coopérateur pourra acheter entre une part à 250 euros et 20 parts maximum. " Ces coopérateurs seront élus par leurs pairs pour faire partie pendant un an du comité de sélection des projets. Leur rôle sera notamment de veiller à l'éthique et à la transparence dans le choix de ces projets à financer. La décision sera ensuite présentée à l'ensemble des coopérateurs qui voteront en faveur ou non de ce financement. Enfin, nous voulons également que certains coopérateurs deviennent des observateurs, qui suivront dans la durée l'évolution du projet qui a été financé. Quant à l'investissement, nous rappelons qu'il s'agit bien d'un investissement à risque. Au maximum, le coopérateur pourra obtenir un dividende de 6 % par an. Notre modèle prévoit également une gestion des liquidités, telle que le coopérateur puisse récupérer la somme investie s'il le souhaite, dans un laps de temps qui dépend du montant investi. "

En haut, de gauche à droite : Alexandre Ponchon, Alain Boribon, Bastien Van Wylick, Alexandre Philippe. En bas, de gauche à droite : Thibaut Martens, Axel Kuborn, Anthony Naralingom.

La pluralité sectorielle

Actuellement, les entreprises qui se lancent dans le créneau de la transition sociétale représentent surtout le secteur alimentaire, énergétique ou encore celui de la mobilité. " Nous pensons que tous les secteurs peuvent être concernés. Le textile, par exemple, ou la location de services ou d'objets. Notre but est justement de faciliter l'émergence de la pluralité sectorielle dans ce créneau de la transition. Nous voulons aussi renforcer la coopération entre Citizenfund et tous les acteurs de la transition : les citoyens, les organismes d'accompagnement des entrepreneurs, les banques, les investisseurs privés. Nous recherchons donc l'effet de levier pour accélérer cette transition sociétale. Et nous ne sommes pas, a priori, attachés exclusivement au seul territoire bruxellois. Nous pourrons soutenir aussi des projets qui veulent se développer en dehors de Bruxelles. L'idéal serait à terme de consolider la présence de Citizenfund dans les autres régions du pays. L'efficacité dans le soutien financier des projets nécessite une bonne connaissance du tissu local ", conclut Thibaut Martens. Quant au timing de lancement ? " Le site est aujourd'hui en ligne et nous prévoyons une première grande assemblée générale courant janvier ou février prochain. "

Fabrice Lambert.

Impact Challenge 2017

Co-organisé cette année par Sharify, UStart et Erasmushogeschool Brussel, ce challenge a pour but de soutenir le temps d'un week-end l'émergence de start-up dans le créneau de la transition sociétale. La troisième édition se tenait ce week-end des 24, 25 et 26 novembre. Les projets qui émergent de ces rendez-vous pourraient à terme recevoir du financement de Citizenfund. Bastien Van Wylick est le cofondateur de Sharify.

TRENDS-TENDANCES. Quel a été l'un des faits marquants de cet Impact Challenge 2017 ?

BASTIEN VAN WYLICK. Sans aucun doute, le nombre de projets présentés. Il y a eu 25 pitchs le vendredi soir. Ce qui est un record par rapport aux deux premières éditions et qui montre l'engouement autour de cette envie de changement. Dix pitchs ont été retenus pour être mis en challenge tout le week-end. Depuis la création de cet Impact Challenge, une dizaine de start-up sont sur les rails, dont quatre présentent actuellement une structure légale.

Quel est le profil des participants ?

Nous sommes clairement dans la tranche 25-35 ans. L'énergie collaborative est le dénominateur commun à tous ces participants. C'est très intense comme rendez-vous.

Sharify a pour vocation d'accompagner ces jeunes projets. Quels sont les grands enjeux pour ces nouveaux entrepreneurs ?

La révolution numérique est en marche et il faut assurer des formations au codage et à l'émergence des nouveaux métiers liés au digital. Former aux nouveaux business models avec l'évolution des différents marchés est aussi un enjeu important, tout comme le nouveau management basé sur l'intelligence collective.

http://citizenfund.coop

http://sharify.be