C'est l'un des plus grands chorégraphes de sa génération. A 43 ans, le Belge Sidi Larbi Cherkaoui sera sur la scène du Cirque Royal à Bruxelles, du 19 au 21 septembre, pour un spectacle en deux volets intitulés Faun et Memento Mori. La première de ces dates sera particulière puisqu'elle s'inscrira dans le cadre d'une grande soirée de soutien à la recherche scientifique. Sous la bannière Guérir du sida, avançons ensemble, l'événement du 19 septembre inclura en effet un dîner de gala exceptionnel qui prendra place dans les anciennes écuries du Cirque Royal, juste après la performance des danseurs.

Plusieurs patrons ont mis leurs contacts à disposition et se sont personnellement investis pour faire connaître l'événement.

Orchestré par le Belge Charles Kaisin - le designer-scénographe est connu dans le monde entier pour ses dîners surréalistes - un repas exclusif sera servi à 200 convives qui auront déboursé la somme de 350 euros chacun pour assister au spectacle suivi de cette réception " wine, cheese & chocolate ". Certes, le montant peut sembler élevé, mais il sert néanmoins la bonne cause puisque l'intégralité du prix du billet ira à l'Association pour la lutte contre le sida, l'ASBL du service des maladies infectieuses du CHU Saint-Pierre à Bruxelles.

Succès inespéré

A ces 70.000 euros de recettes prévues pour le dîner de gala s'ajouteront sans doute 50.000 autres euros puisque l'événement du 19 septembre prévoit aussi la vente de places individuelles en première catégorie (150 euros) et en catégorie inférieure (65 euros), cette fois sans le dîner mis en scène par Charles Kaisin. Au total, ce sont donc près de 125.000 euros qui atterriront très probablement dans les caisses de l'Association pour la lutte contre le sida puisque 80% des réservations ont déjà été effectuées.

" Pour moi, c'est inespéré, commente le professeur Stéphane De Wit, chef du service des maladies infectieuses du CHU Saint-Pierre. Jusqu'à présent, nous n'avons pas reçu un seul euro de la part des fonds publics belges pour mener nos recherches cliniques auprès des patients. Le sida n'est visiblement plus une priorité alors que trois nouveaux cas de maladie sont décelés chaque jour en Belgique. Nous avons donc eu l'idée de lancer un vaste mouvement financier pour remettre le VIH à l'ordre du jour et surtout pour permettre aux scientifiques belges d'occuper une place importante dans la recherche de la guérison et le processus de rémission. Avec la Ville de Bruxelles, nous avons eu l'idée d'organiser une vaste levée de fonds à travers un spectacle où différents partenaires se sont investis personnellement pour mener à bien ce projet. Et je me réjouis que cela porte ses fruits car ce n'était pas gagné d'avance. "

" Memento Mori ", de Sidi Larbi Cherkaoui Les participants à cette soirée caritative destinée à financer la lutte contre le sida assisteront à un spectacle du chorégraphe belge, avant un dîner de gala orchestré par Charles Kaisin. © Filip Van Roe

Activer les réseaux

Si les préventes déjà encaissées rassurent aujourd'hui le professeur De Wit, le défi de réunir entreprises et spectateurs pour cet événement singulier était en effet un sacré pari. Il a fallu construire la stratégie petit à petit en persuadant les principaux acteurs et partenaires de se joindre à l'aventure caritative. Grâce au soutien de la Ville de Bruxelles, l'Association pour la lutte contre le sida a pu obtenir gratuitement la salle du Cirque Royal et ses anciennes écuries pour la date du 19 septembre. Le producteur de Sidi Larbi Cherkaoui a, quant à lui, accordé une remise de 50% sur le coût du spectacle, le prix raboté étant ensuite pris en charge par la Ville de Bruxelles. Il restait alors à créer un événement de prestige autour de la représentation scénique pour convaincre les généreux donateurs de venir passer une soirée pour la bonne cause.

Grâce au carnet d'adresses des forces en présence, des portes se sont ouvertes et les réseaux ont été activés. " C'est un formidable élan de solidarité qui s'est mis en place, témoigne Marie-France Botte, responsable des relations publiques, du mécénat et du sponsoring à la Ville de Bruxelles. Plusieurs patrons ont mis leurs contacts à disposition et se sont personnellement investis pour faire connaître l'événement. Cela nous a permis de trouver des fournisseurs pour le dîner de gala qui ont accepté de faire un geste comme, par exemple, la pâtisserie Zack et le chocolatier Laurent Gerbaud qui offrent l'ensemble des desserts, ou encore le fromager Saint Octave qui pratique un prix plancher pour cette réception. "

" Memento Mori ", de Sidi Larbi Cherkaoui Les participants à cette soirée caritative destinée à financer la lutte contre le sida assisteront à un spectacle du chorégraphe belge, avant un dîner de gala orchestré par Charles Kaisin. © Filip Van Roe

De généreux partenaires

Touché par l'objectif de la soirée, le designer-scénographe Charles Kaisin a lui aussi accepté d'apporter sa contribution artistique de manière bénévole, tout comme la société belge Vinopres qui organise entre autres, chaque année, le Concours mondial de Bruxelles, une compétition vinicole d'envergure internationale. " La Ville de Bruxelles est un partenaire de longue date, témoigne Quentin Havaux, co-CEO de Vinopres. L'hôtel de ville est d'ailleurs repris sur le logo de notre concours et lorsque nous avons été informés de l'organisation de cet événement, nous avons rapidement décidé d'apporter notre contribution. Soutenir la recherche contre le sida est un thème qui nous tient à coeur et c'est pourquoi nous offrons avec plaisir plus de 300 bouteilles de vin pour le dîner de gala. "

Une fois la logistique mise en place, le plus dur restait toutefois de vendre les places pour le spectacle de danse et surtout celles pour le dîner de gala. Sensibles à la cause du sida, plusieurs patrons n'ont pas hésité à mettre la main au portefeuille en achetant tantôt des billets pour le spectacle, tantôt des tables pour la soirée Wine, cheese & chocolate mise en scène par Charles Kaisin. " Nous avons une approche citoyenne et il nous semble dès lors important de soutenir financièrement toute une série d'enjeux qu'ils soient sociétaux, environnementaux ou culturels ", témoigne ainsi Roland Cracco, CEO du groupe Interparking, qui a acheté 30 places VIP pour le spectacle.

Offrir aux convives l'opportunité de s'amuser pour la bonne cause, telle semble être désormais la recette magique des nouvelles soirées caritatives.

D'autres chefs d'entreprise ont directement sensibilisé leurs troupes avec une action " promotionnelle " autour de l'événement. " Nous avons non seulement acheté deux tables pour inviter nos partenaires au dîner de gala, mais aussi 100 places pour le spectacle de danse, raconte Alexandre Cleven, CEO de Partena Professional. Pour que cette action soit profondément identitaire, nous avons décidé de prendre en charge la moitié du prix des places et d'inciter les membres du personnel intéressés à payer l'autre moitié pour la bonne cause. Nous accordons énormément d'importance à la responsabilité sociétale de l'entreprise et nous essayons autant que possible de soutenir des actions qui cadrent avec nos valeurs : l'inclusion sociale, le respect de la diversité, la solidarité, la santé publique, la non-stigmatisation des personnes atteintes de la maladie, etc. Partena Professional est incrustée dans le tissu économique local - c'est l'une des plus grandes entreprises de la capitale - et lorsque la Ville de Bruxelles est venue nous voir, il nous a semblé important de prendre nos responsabilités. "

Le CHU Saint-Pierre à Bruxelles " Nous avons eu l'idée de lancer un vaste mouvement financier pour remettre le VIH à l'ordre du jour", confie le professeur Stéphane De Wit, chef du service des maladies infectieuses. © Belgaimage

Des entreprises responsables

Quelques patrons, enfin, ont personnellement pris la plume et donc du temps pour convaincre leurs connaissances de participer à la soirée du 19 septembre, à l'instar de Christian de La Villehuchet, chief integration officer du groupe de communication Havas. " J'ai joué le rôle de relais médiatique et d'amplificateur, confie cette grande figure de la pub. J'ai aidé à la rédaction des invitations et j'ai facilité les contacts entre la Ville de Bruxelles et différents partenaires. " Pour quelles raisons ? " Elles sont multiples, répond Christian de La Villehuchet. D'abord, nous sommes un acteur économique de Bruxelles-Ville et nous connaissons bien l'équipe municipale en place. Ensuite, j'ai eu l'occasion de rencontrer les professeurs du CHU Saint-Pierre et j'ai eu le sentiment de pouvoir les aider à ma modeste échelle. Enfin, j'estime surtout qu'il est du devoir des entreprises de donner une partie de ce qu'elles reçoivent à la société. Nous vivons dans un monde qui est extrêmement marchand, mais il y a aujourd'hui un mouvement général vers plus de solidarité. Comme l'a d'ailleurs dit le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire, le capitalisme ne peut plus se donner comme seul objectif de générer du profit. La dimension sociétale des entreprises est clairement en train de monter et, chaque année, des études montrent que les consommateurs attendent beaucoup de leur part. Nous devons donc jouer un rôle dans la société, nous devons poser des actes concrets et c'est la raison pour laquelle je me suis personnellement investi dans cette soirée dédiée à la recherche contre le sida. "

Redonner du plaisir

Parallèlement au souhait des entreprises de vouloir s'impliquer davantage dans les grands enjeux de société, c'est aussi l'originalité de la soirée Guérir du sida, avançons ensemble qui est mise en avant par certains observateurs pour expliquer le succès des réservations. Très sollicités pour soutenir différentes causes, les chefs d'entreprise ne savent en effet pas toujours laquelle choisir et il ne fait aucun doute que la forme peut parfois l'emporter sur le fond dans le processus de sélection.

" Il y a de plus en plus de levées de fonds qui sont organisées pour venir en aide à différentes associations, observe cette habituée des grandes soirées caritatives. Mais tout le monde finit par faire la même chose, le système est usé et les dîners de mécénat classique où il ne se passe strictement rien n'attirent plus vraiment les foules. Il est donc important d'apporter une dimension plaisir à ces levées de fonds car si les invités donnent de l'argent de bon coeur, ils s'attendent aussi à recevoir quelque chose en retour. Avec un spectacle de danse d'une grande qualité et un dîner de gala mis en scène par Charles Kaisin, les participants à cet événement prévu pour soutenir la recherche contre le sida paient un certain prix, certes, mais ils savent aussi qu'ils vont passer une très bonne soirée. Cela explique en partie le succès de cette levée de fonds. "

Offrir aux convives l'opportunité de s'amuser pour la bonne cause, telle semble être désormais la recette magique des nouvelles soirées caritatives.