"Savez-vous si la table 3 porte chance ? ", lance en plaisantant à une organisatrice un homme qui attend visiblement avec impatience son prochain rendez-vous. S'il se prépare bien à un speed dating, l'homme en question n'est pas venu rencontrer l'amour. Nous sommes à Culturallia, le salon B to B dédié aux industries culturelles et créatives ".
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"Savez-vous si la table 3 porte chance ? ", lance en plaisantant à une organisatrice un homme qui attend visiblement avec impatience son prochain rendez-vous. S'il se prépare bien à un speed dating, l'homme en question n'est pas venu rencontrer l'amour. Nous sommes à Culturallia, le salon B to B dédié aux industries culturelles et créatives ". Installé dans le superbe bâtiment du MICX, à deux pas de la gare de Mons, l'événement a pour mission de " décloisonner l'économie et la culture ", nous résume Alexandra Dupont, la coordinatrice, dont le tee-shirt rose 'staff' se distingue dans la foule qui se rassemble. L'événement réunit des acteurs de la culture tels que des théâtres, musées et autres ASBL, et des entreprises susceptibles de leur apporter des services. Pour rendre la journée la plus efficace possible, les organisateurs ont donc prévu l'événement sous forme de speed dating, version business. L'endroit est spécialement aménagé. Une septantaine de petites tables flanquées de leur numéro rose s'alignent soigneusement dans une grande salle, tandis qu'un second espace est prévu pour les rencontres plus informelles entre deux rendez-vous. " Tout est préparé à l'avance. En s'inscrivant à l'événement, les participants avaient accès à une liste reprenant tous les autres inscrits. Ils pouvaient ainsi faire des demandes des rencontres - et en recevoir - pour, au final, faire leur propre programme de la journée ", explique Alexandra Dupont avant d'être coupée dans ses explications. " Ça va si on arrête les premières rencontres à 10h28 pour laisser le temps aux suivants de s'installer ? ", lui demande une de ses collègues. L'organisation est rondement menée. Les rencontres durent 30 minutes (28 en réalité, donc) afin de laisser la possibilité de multiplier, autant que possible, les échanges. Certains pourront ainsi discuter avec 10 personnes différentes sur la journée. " L'objectif est de favoriser un maximum le réseautage, explique encore la coordinatrice. Nous avons un peu plus de 150 participants et environ un millier de rendez-vous sont prévus. C'est l'un des principaux avantages de notre événement : pouvoir rencontrer énormément de monde, de tous les milieux, en une seule fois. " 10h30, le premier 'changement' s'effectue tandis que certains rendez-vous débordent de quelques minutes, là où le contact semble visiblement fructueux. Dans la salle à côté, Mehdi Semoulin attend son prochain date. Il a lancé Magicowl, sa propre boîte de production visuelle et réalise essentiellement des publicités et des clips de musiques. Sur sa tablette défilent ses dernières réalisations pour des grandes marques, allant de Sony à Ben & Jerry's. Mais si son carnet de commandes est bien rempli avec des clients prestigieux, les attentes du chef d'entreprise sont ailleurs. " En réalité, dit-il, ce qui me passionne, c'est le cinéma. La publicité m'a permis de m'équiper et acquérir de l'expérience mais mon objectif est de réaliser un film. On a d'ailleurs commencé un projet. " Et il compte bien sur l'événement pour faire avancer les choses : " J'ai un rendez-vous avec Wallimage juste après, explique-t-il. Je suis impatient d'en savoir plus. Je n'ai pas fait d'école de cinéma. Donc, j'ai plein de questions, notamment sur tous les moyens de financement qui existent. " En attendant ce fameux rendez-vous, l'entrepreneur a déjà rencontré d'autres acteurs du monde culturel. " Notamment les responsables du site du Grand-Hornu. Nous avons réalisé plusieurs vidéos de présentation pour des événements et des sites dans la région. Nous pourrions un jour ou l'autre être amenés à travailler ensemble ", ajoute encore Mehdi qui a également au programme des rencontres plus inattendues pour un spécialiste de l'audiovisuel. " L'ASBL Mon's Livre veut également me rencontrer. J'ai accepté mais je ne sais pas pourquoi ils veulent me voir. Mais ça peut être aussi intéressant pour mes propres projets. Ils ont peut-être dans leurs contacts un auteur qui veut aussi faire du cinéma. " Pouvoir rencontrer des acteurs de tous les domaines, c'est aussi ce qui a poussé Mehdi à venir. " Je participe rarement à des salons et des événements. Rencontrer un caméraman ou un réalisateur de clip qui fait la même chose que nous n'a finalement pas beaucoup d'intérêt. " Un peu plus loin, accoudé à une table haute, Laurent Fack attend également son prochain rendez-vous. Il est le directeur général de l'Orchestre royal de chambre de Wallonie. Bien que son institution ne prête a priori pas spécialement à l'innovation, il est pourtant continuellement à la recherche de nouvelles idées et de collaborations improbables. " C'est notamment pour cela qu'on existe encore et qu'on réalise 80 concerts par an ", affirme-t-il. Des idées, le directeur en a plein la tête. L'orchestre fut, par exemple, le premier à filmer ses représentations en 4K. Et il a récemment réalisé un web-documentaire filmé avec la technologie 360 °. Un autre exemple encore ? " J'ai discuté avec la start-up Hovertone, que j'adore. Je me demandais quand on allait pouvoir espérer intégrer un hologramme sur une scène de manière vraiment réaliste et pour un prix raisonnable. " Le directeur de l'Orchestre de chambre était déjà présent à la première édition de Culturallia en 2015, à l'occasion de Mons Capitale européenne de la culture. " Ça me permet de rencontrer des entreprises auxquelles je n'aurais jamais pensé. Mais on ne s'attend pas nécessairement à conclure une collaboration. Une discussion peut aussi amener à une réflexion qui aboutira plus tard. " Quelques minutes plus tard, Laurent Fack retrouve d'ailleurs Nicolas D'Alessandro, le fondateur de la fameuse start-up Hovertone. Celui-ci est en pleine explication de son projet. L'entreprise " conçoit des expériences interactives à l'aide de la technologie numérique ", explique-t-il rapidement, une fois la fin des rendez-vous annoncée au micro. " On a beaucoup de demandes de musées et d'entreprises qui veulent travailler avec nous. On ne va pas signer ici mais ça permet de mieux se faire connaître. " Nicolas D'Alessandro est pressé : " J'ai maintenant rendez-vous avec un scénographe. Forcément, le travail avec l'espace nous intéresse. On va voir ce qu'on pourrait imaginer. " L'homme en question est déjà là. On les laisse discuter. Il ne leur reste déjà plus que 20 minutes avant la prochaine rencontre... Par Arnaud Martin.