"N ous voulons développer un réseau de maisons partagées, centrées autour d'une communauté, pitche Youri Dauber, CEO et cofondateur. Nous voulons simplifier les démarches de logement pour les expatriés qui pourront donc venir s'installer simplement en apportant leurs valises. Leurs abonnements énergie, télé, etc. sont compris dans les prix de location. "

Si la colocation n'a rien de franchement nouveau, de nombreux entrepreneurs à travers le monde espèrent s'y engouffrer pour en faire un véritable business. Selon le Guardian, le nombre de jeunes entre 18 et 35 ans qui optent pour des habitations partagées aurait doublé depuis les années 1980 aux Etats-Unis. Ere collaborative et période de crise obligent, la coloc' devient tendance... Tout comme le coworking.

Pour l'instant, la start-up dispose déjà de quatre bâtiments à Bruxelles, dans des quartiers branchés comme le Châtelain, Schuman, etc. Trois des immeubles - ou maisons de maître - ont été achetés par les fondateurs de Cohabs tandis que la start-up dispose d'un mandat de gestion pour la quatrième. Au total, Cohabs comptera à l'automne pas moins de 44 chambres meublées, connectées et très design qui sont proposées aux colocataires pour un prix compris entre 500 et 700 euros par mois.

Un produit financier pour les investisseurs

Pour mener à bien ce projet, les associés François Samyn, Youri et Malik Dauber ainsi que Vinciane Nobels ont en réalité créé deux entreprises. La première, Cohabs Invest, est une société d'investissement spécialisée dans l'immobilier colocatif. Le seconde société, Cohabs Services, gère quant à elle la marque Cohabs, la communauté, les services additionnels et la colocation.

Pour séduire les expats branchés, les fondateurs mettent un point d'honneur à proposer des lieux hyper design.

Jusqu'ici les quatre fondateurs ont déjà investi, personnellement, plus de 600.000 euros. De ce montant, 100.000 euros ont été injectés dans capitalisation de Cohabs Services, le reste a servi à compléter les emprunts bancaires pour l'achat de deux des trois premiers immeubles. Mais pour les prochains investissements immobiliers, Cohabs compte faire appel à des investisseurs privés.

Concrètement, la start-up a développé un produit financier, sous forme d'obligations. Des personnes privées peuvent investir un ticket compris entre 100.000 et 200.000 euros en marge d'un emprunt bancaire pour l'acquisition des prochaines maisons partagées. Leur return ? " Nous proposons des obligations à 7 % brut par an sur une durée de sept ans, répond Youri Dauber. En gros, quand une personne investit, c'est dans la société sous forme de prêt (obligation). Il n'est donc propriétaire ni d'action de Cohabs Invest, ni de l'immeuble lui-même. Avec son cash, on achète un ou plusieurs immeubles et on lui offre du 7 % brut sur sept ans. Quand il décide de sortir au terme des sept ans, soit nous vendons un immeuble, soit nous trouvons un autre investisseur. Il s'agit de biens sains situés à Bruxelles, le risque reste donc très limité pour l'investisseur de ne pas revoir son argent. Et les obligations lui offrent l'opportunité d'investir dans l'immobilier locatif avec un rendement intéressant. " Les quatre fondateurs ne manquent pas d'ambition. L'objectif de Cohabs consiste à gérer pas moins de 30 maisons d'ici trois ans.

Communauté Cohabs

Au niveau du business, Cohabs tire bien sûr ses premiers revenus des loyers. Mais ceux-ci doivent amortir à la fois les investissements immobiliers, les travaux, le mobilier et la gestion. D'où l'intérêt de générer du volume pour bénéficier d'économies d'échelle. Par ailleurs, les trois fondateurs espèrent tirer des revenus de services complémentaires aux loyers. Cohabs vient ainsi de créer des " packs " que les colocataires peuvent ajouter au prix du loyer. Exemple : la location de couettes, draps, essuies pour 8 euros par mois. Ou des " packs paniers bios ", en collaboration avec eFarmz, livrés directement dans les maisons. Des gouttes d'eau ? Pas le jour où Cohabs comptera des centaines de locataires !

Car là aussi, l'objectif des fondateurs est clair : ils veulent développer une véritable " communauté Cohabs ". La start-up ne se veut pas qu'un simple logement partagé. Des événements groupés sont d'ailleurs organisés pour les occupants de l'ensemble des maisons, comme des repas, BBQ, cours de yoga, etc. Le tout dans le but de pousser les rencontres entre locataires des différentes maisons et pour créer un esprit de corps.

Et pour parfaire l'expérience au niveau des utilisateurs, la jeune entreprise belge mise sur la technologie. Chaque maison dispose d'un groupe privé sur Facebook pour permettre aux locataires d'ouvrir les discussions entre eux. Et les maisons, comme les chambres, se veulent hyper connectées : thermostat connecté, accès à Netflix et Spotify, et bientôt des smartlocks permettant d'entrer dans les immeubles grâce à son smartphone. " Cela doit faire partie de l'ADN de Cohabs, insistent les cofondateurs. La technologie fait partie intégrante du challenge que l'on se fixe pour proposer une expérience unique. "

D'ailleurs, un premier bot (ces algorithmes intelligents capables de dialoguer automatiquement avec les internautes) a été développé par Cohabs sur Facebook. Ainsi, les locataires peuvent communiquer (pour l'instant de manière très basique) avec lui pour la résolution de problèmes concrets. Une poignée de porte cassée ? Un robinet qui fuit ? Les habitants peuvent reporter l'info au robot qui transmet à l'équipe. L'objectif consiste surtout à simplifier les processus en interne pour la résolution de problèmes. Enfin, la start-up prépare une application mobile destinée aux locataires qui leur permettra de gérer leur logement : accès aux packs de services, infos sur les événements, reporting de problèmes, géolocalisation, etc.

Mais la jeune pousse bruxelloise y va pas à pas. Le quatrième bâtiment Cohabs, au coeur de Saint-Josse et financé par un investisseur sous forme d'obligations, est en cours de rénovation car, pour séduire les expats branchés, les fondateurs mettent, en effet, un point d'honneur à proposer des lieux hyper design. Cette nouvelle implantation accueillera ses premiers locataires à l'automne et devrait être suivie de nouveaux bâtiments très rapidement. La start-up vient, en effet, de remettre une offre pour une nouvelle implantation. Il faut dire que la start-up détient déjà une longue liste d'attente d'expats qui veulent entrer dans l'un de ses espaces partagés.