Certaines choses ne changent pas, ou presque. Fin octobre, le cabinet de conseil KPMG, sis à Vilvorde, a remis à 198 jeunes talents la clé de leur nouvelle voiture de société : une BMW série 1... Mais parallèlement, le consultant encourage l'utilisation d'autres modes de déplacement, comme les transports en commun ou le vélo. " Nos collaborateurs peuvent ainsi, en fonction de leurs besoins et de leurs possibilités, organiser leurs trajets selon un principe multimodal ", se réjouit Koen Maerevoet, le CEO de KPMG. Aux compagnies de leasing, dès lors, d'étoffer leur offre de services pour permettre aux entreprises de résoudre la question de la mobilité de leur personnel. Or, celle-ci n'ont pas encore trouvé le moyen d'assurer une gestion multimodale rentable. La disruption sera le mot d'ordre. Trends-Trendances a identifié cinq grands défis en ce domaine.

1. Accroître la rentabilité

Le business modèle des entreprises de leasing est très simple : la société, qui appartient souvent à un organisme financier ou à un groupe automobile, achète massivement des voitures neuves qu'elle loue pour une durée relativement longue (quatre à cinq ans) à ses clients. En 2018, les entreprises de leasing ont immatriculé 147.000 nouvelles voitures. Leur source de revenus est double : pendant la durée du contrat, le client s'acquitte d'un montant forfaitaire, puis les décomptes sont faits - et les dégâts éventuels facturés au preneur - au terme de la période de leasing. Le véhicule est ensuite revendu sur le marché international de l'occasion.

Ce modèle a, des années durant, permis à ces sociétés d'enregistrer des volumes croissants et de réaliser des bénéfices élevés. " Le secteur s'enrichissait sans rien faire ", murmuraient certains. Et ce notamment grâce au contexte particulier de la Belgique où les coûts salariaux colossaux sont en partie compensés par la mise à disposition de voitures de société - souvent du leasing - à des conditions fiscalement avantageuses. La rentabilité de ce secteur est toutefois désormais sous pression. Pascal Flisch, analyste chez Trends Business Information, s'est plongé dans ses résultats récents. Si le chiffre d'affaires global a continué à enregistrer une croissance à deux chiffres en 2017 et 2018, le résultat net a été amputé de 10 % en 2018. Certes, d'après notre spécialiste, le cash-flow d'exploitation récurrent (Rebitda) se maintient. " Mais la différence se situe au niveau des amortissements, que plusieurs grands acteurs ont modifiés. Ce qui change résolument la donne ", confirme-t-il.

" La préservation de la rentabilité est un sujet de préoccupation pour le secteur, c'est indéniable ", réagit Frank Van Gool. Le directeur général de Renta, la fédération belge des loueurs de véhicules, distingue plusieurs raisons pour lesquelles les bénéfices sont orientés à la baisse. " La valeur résiduelle des voitures au diesel a légèrement diminué ces dernières années. Après le dieselgate, le marché des véhicules diesel d'occasion s'est asséché en Europe occidentale. Ces véhicules doivent désormais être exportés en Europe de l'Est et du Sud. L'offre augmente donc, ce qui fait baisser les prix. " A cette réalité s'ajoute le glissement vers de nouvelles formes de déplacement. " Le secteur se prépare à la mobilité multimodale en investissant dans la numérisation et les nouveaux services, comme les cartes de mobilité et la voiture partagée, poursuit Frank Van Gool. Pour l'instant, ces initiatives ne représentent qu'un coût : il faut embaucher. C'est plus tard seulement que tous ces efforts pourront porter leurs fruits. "

2. Continuer de croître dans un marché mature

Le marché belge des voitures de leasing est relativement stable. Le nombre de nouvelles commandes a augmenté de 4 % au cours des neuf premiers mois de cette année. " J'ignore si nous allons pouvoir maintenir ce rythme jusqu'au terme de l'exercice, s'interroge Frank Van Gool. Nous enregistrons toujours de la croissance, mais elle n'est plus aussi soutenue. Ceci étant, cette croissance est supportée par l'élargissement de la part des voitures de leasing sur le marché des voitures de société. Il s'agit là d'un mouvement initié de longue date - de plus en plus d'entreprises décident en effet de ne plus gérer une flotte elles-mêmes et optent pour le leasing opérationnel. " A quoi ressemblera 2020 ? Frank Van Gool répond avec prudence : " Le marché ne devrait pas imploser : le secteur évolue parallèlement à la conjoncture, du moins en partie. Et comme, l'un dans l'autre, la Belgique n'a pas à se plaindre de sa croissance économique pour l'instant... ".

La loi instaurant le budget mobilité fait beaucoup parler d'elle, mais je connais peu d'entreprises qui l'appliquent effectivement ", Frank Van Gool (Renta)

D'après les conclusions d'une enquête récemment menée au sein du secteur, les gestionnaires de flotte sont d'ailleurs relativement optimistes pour les prochains mois. Mandaté par la Febiac (la Fédération belge de l'automobile et du cycle), Renta et Traxio (ex-Federauto, Fédération du secteur automobile et des secteurs connexes), le bureau d'études Indiville a interrogé divers fleet managers. Et il apparaît que 26 % des gestionnaires interrogés comptent passer davantage de commandes dans un futur proche, que 64 % pensent que les commandes resteront stables et que seulement 10 % craignent un recul.

D'autant que le leasing aux particuliers est un nouveau marché de croissance. " Ce marché représente aujourd'hui 15.000 voitures, sur une flotte totale de 440.000 véhicules, commente Frank Van Gool. Le problème, c'est qu'il fonctionne aux volumes et que ses marges sont dérisoires. Les sociétés de leasing qui envisagent de se développer dans ce domaine doivent donc absolument faire le choix du numérique. " Pour Renta, le private lease est une opportunité non seulement d'agrandir le gâteau, mais aussi de rebondir sur les nouvelles tendances, comme celle de la Mobility as a Service (MaaS), cette panoplie de solutions qui permettent à ceux qui ne veulent plus être propriétaires d'un véhicule de se contenter de payer un abonnement " mobilité ".

3. Verdir le parc de véhicules

Le démantèlement de la flotte de voitures de société roulant au diesel avance à marche forcée. D'après les chiffres de la Febiac (arrêtés fin septembre), les véhicules au diesel immatriculés par les entreprises ne représentent plus que 43 % du marché. Les véhicules à essence, 49 %. Les hybrides, 5 %. Les voitures électriques, 2 %. Ce sont surtout les entreprises qui font le choix de l'électricité : au cours des neuf premiers mois de l'année, 6.731 voitures électriques ont été immatriculées en Belgique, dont 78 % pour le compte de sociétés.

" Le mouvement est enclenché, constate Miel Horsten, le président de Renta. Nous proposons de nouvelles solutions, nous mettons véhicules hybrides et véhicules électriques en circulation. Mais tout cela prend du temps. Les constructeurs n'offrent pas encore de gamme suffisamment vaste et l'infrastructure de recharge pose problème. L'éventail des solutions de motorisation va s'élargir. Néanmoins, le diesel ne disparaîtra jamais de nos flottes ; j'estime qu'il continuera à composer 35 à 45 % du parc. " D'après Renta, un noyau de conducteurs qui roulent beaucoup n'abandonnera jamais le diesel. " Du fait, surtout, de la faible consommation de ces véhicules, renchérit Frank Van Gool. La technologie actuelle n'a en outre plus rien à voir avec ce qu'elle était il y a encore cinq ans. " A l'occasion de l'enquête menée par Indiville, les gestionnaires n'en ont pas moins confirmé que la part des véhicules au diesel au sein des flottes allait diminuer au profit des motorisations essence, hybride et électrique. Reste par ailleurs à savoir quelle sera l'influence de l'introduction des zones à basse et ultra-basse émission. Bruxelles a annoncé il y a peu une interdiction des moteurs diesel à l'horizon 2030 et à essence cinq ans plus tard.

4. Encourager l'utilisation du vélo

La vraie disruption au sein du secteur vient de la percée du vélo de leasing. " Créée il y a quelques années à peine, notre flotte compte aujourd'hui 40.000 deux-roues, c'est énorme ! , s'exclame Frank Van Gool. Mais le plus intéressant, c'est que beaucoup d'entre eux sont loués par des entreprises et des organisations qui, auparavant, n'étaient pas clientes chez nous. Je songe par exemple à des hôpitaux et à des administrations. " Véritable locomotive du secteur, KBC Autolease gère elle-même son activité leasing de vélos ; d'autres sociétés la confient à des spécialistes, comme B2Bike ou Cyclis.

Le succès du vélo électrique, une réalité que le secteur du leasing refuse de sous-estimer. © getty images

Comme celui des voitures, le marché des vélos de société est soutenu par la fiscalité. " Les indemnités accordées sont telles qu'elles remboursent largement l'achat, c'est une excellente chose, approuve Frank Van Gool. Les gens vont réellement travailler à vélo. N'oublions pas qu'en outre, la version électrique et le speed pédélec remportent un vif succès, que nous aurions tort de sous-estimer. Pour un vélo, il faut compter 4.000 euros d'investissement en moyenne. " D'après le patron de Renta, le vélo de leasing n'a rien d'une tendance passagère. " La bicyclette n'offre que des avantages, souligne-t-il. Pour la société, ceux-ci s'expriment en termes de mobilité. Les autorités investissent dans les pistes cyclables, pas encore suffisamment, mais ça progresse. Notre secteur a tout à y gagner. "

5. Profiter du budget mobilité

Une cinquième tâche, enfin, qui incombe aux entreprises de leasing, consiste à convaincre leurs clients d'opter pour le budget mobilité. Sur ce plan, le secteur entre en concurrence avec les prestataires de services de ressources humaines, qui y voient aussi un marché potentiel. " La loi instaurant le budget mobilité a été votée il y a sept mois. Elle fait beaucoup parler d'elle, mais je connais peu d'entreprises qui l'appliquent effectivement, déplore Frank Van Gool. Elles étudient la question, mais le thème ne décolle pas. " D'après l'enquête, en effet, seulement 18 % des gestionnaires de flotte interrogés utilisent le budget mobilité, mais 43 % ont l'intention de franchir le pas dans un à deux ans. Pour les répondants, ce sont surtout le vélo (électrique), le télétravail et l'abonnement aux transports en commun qui complètent avantageusement la voiture de société. " Introduire le budget mobilité n'est pas une mince affaire, témoigne Miel Horsten. C'est un sujet sensible, qui exige une excellente communication. Tout tourne autour de l'interprétation que l'on fait de la loi, dont la mise en oeuvre est compliquée. Il est en tout état de cause trop tôt pour tirer des conclusions définitives. Le marché n'a pas fini d'évoluer, tant s'en faut. "