La fraude au C.V. n'est pas un phénomène nouveau. Elle présente évidemment différents degrés. Mentir sur son diplôme est une chose, embellir sa connaissance des langues ou l'importance des postes occupés en est une autre. Valoriser son expérience ou ses compétences est primordial pour un candidat, mais il doit faire attention à ne pas verser dans le mensonge. Au risque de rompre une valeur essentielle de la relation employeur-employé : la confiance.
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La fraude au C.V. n'est pas un phénomène nouveau. Elle présente évidemment différents degrés. Mentir sur son diplôme est une chose, embellir sa connaissance des langues ou l'importance des postes occupés en est une autre. Valoriser son expérience ou ses compétences est primordial pour un candidat, mais il doit faire attention à ne pas verser dans le mensonge. Au risque de rompre une valeur essentielle de la relation employeur-employé : la confiance. Selon une étude récente du bureau de recrutement spécialisé Robert Half auprès de 2.000 responsables de recrutement d'entreprises européennes, ces embellissements de C.V. ne plaisent pas du tout. En Belgique, par exemple, seuls 53 % des recruteurs pensent que les infos données sont un reflet exact du candidat. Dans la même étude, on découvre les exagérations les plus fréquentes. Chez nous, le candidat triche surtout sur les positions occupées précédemment et leur contenu réel, sur ses compétences linguistiques et sur les motifs de départ de l'emploi précédent. Une autre étude menée par Page Personnel auprès de 4.245 candidats et 619 recruteurs dans toute l'Europe prend le problème dans l'autre sens. On y apprend, en effet, que la Belgique est assez tolérante vis-à-vis de l'embellissement des C.V. Quarante-quatre pour cent des conseillers en recrutement l'acceptent comme une réalité, faisant de la Belgique le pays européen le plus " libéral " en la matière. Dans ce phénomène de C.V. mensongers ou embellis, la fraude au diplôme n'est pas négligeable du tout. Créer un faux diplôme sur PDF est un jeu d'enfant, tout comme modifier un existant. Pour se prémunir, certaines entreprises font appel à des vérificateurs spécialisés. D'autres ne vérifient pas du tout et prennent donc un risque. Une start-up bruxelloise créée en 2010 propose une solution qui prend le problème à sa source. CVTRUST a, en effet, créé une plateforme appelée Smart Certificate. " Le but est de créer un véritable label de confiance pour le marché de l'emploi, explique David Goldenberg, l'un des fondateurs de CVTRUST. Après une première idée, séduisante mais finalement difficile à mettre en oeuvre, nous avons changé d'optique et nous nous sommes tournés vers les émetteurs de documents. Les écoles et leurs diplômes ou attestations de formation, les entreprises et leurs attestations d'emploi. Nous avons démarché les écoles et elles ont été enchantées par le principe des diplômes électroniques. Pour nombre d'entre elles, répondre aux demandes de vérification ou émettre des duplicatas est très fastidieux. Le principe de Smart Certificate était né... " La plateforme donne la possibilité aux établissements scolaires de concevoir, de mettre en page de façon personnalisée, d'émettre et de vérifier en un seul clic toute une série de documents, dont les diplômes. En fait, Smart Certificate, qui dispose d'un brevet aux Etats-Unis, crée un environnement centralisé et labellisé où tous les intervenants se retrouvent. " Le gain de temps est énorme, poursuit David Goldenberg. En un clic, le diplôme est émis, en un clic, l'étudiant active ce diplôme et, toujours en un clic, peut le partager. Soit en mettant l'hyperlien sur un C.V. par exemple, soit sur son compte LinkedIn. Le recruteur, qui reçoit le C.V., peut vérifier sa véracité en un clic aussi. Certaines écoles mettent aussi un lien sur la plateforme qui les garanti comme émettrices. Pour ces établissements, Smart Certificate leur permet, non seulement, de rester en contact avec leurs diplômés, mais il fait, en outre, leur promotion puisque la page où se trouve le diplôme est personnalisée. Au niveau administratif, le gain de temps est colossal. D'autant que via la même plateforme, ces écoles peuvent émettre aussi leurs attestations liées aux études comme celles destinées aux mutuelles par exemple. " Depuis le lancement de Smart Certificate, CVTRUST a séduit plus de 70 clients, dont une vaste majorité en France : l'Insead, Sciences Po Paris, HEC Paris, l'Académie de Versailles, l'Université de Nice, etc. La start-up compte aussi des clients américains très prestigieux : Sloan, l'école de management du célèbre MIT, ou la New York Columbia Business School, qui émet ses attestations de formation continue via Smart Certificate. Curieusement, la société n'est pas prophète en son pays. " Nous avons peu de clients belges, c'est vrai et je le regrette, poursuit David Goldenberg. Le master en gestion fiscale, une formation continue de l'école de commerce Solvay, un centre médical près d'Alost qui forme des chirurgiens urologues du monde entier à la robotique, l'ICC, une école de promotion sociale de la Ville de Bruxelles, les formations continues de Beci, entre autres, font appel à nos services. Nous n'avons pas les grandes universités mais cela est en train de bouger. L'ULB vient d'ailleurs de revenir vers nous. En France, notre succès est venu de l'effet boule de neige. Une fois qu'une grande école commence, les autres suivent. Vous savez, des clients comme l'Ichec, j'en ai plein en France. Mais il faut dire que, quand nous avons démarché les établissements et les cabinets ministériels, c'était sans doute trop tôt pour la Belgique. Aujourd'hui, nous avons quand même un ministre fédéral, Alexandre De Croo, qui exerce des compétences transversales sur le numérique. " Aujourd'hui, Smart Certificate a, environ, 100.000 utilisateurs dans le monde entier et ne concerne que les écoles. A terme, on comprend bien que le même principe d'écosystème de confiance et de documents authentifiés puisse intéresser d'autres secteurs. Comme les administrations publiques avec les actes ou extraits de naissance ou les certificats de bonne vie et moeurs. " Absolument, conclut David Goldenberg. Idéalement, dans l'optique des C.V. vérifiés, les entreprises devraient émettre leurs attestations d'emploi de la même manière. Tout le C.V. pourrait donc être vérifié en un seul clic. Notre plateforme est prête pour ça. En plus, les sociétés pourraient aussi délivrer des attestations de compétence pour que les futurs employeurs sachent ce qu'une personne est capable de faire. Et pourquoi pas aussi un résumé des évaluations de fin d'année ? Dans notre prochaine évolution, nous réfléchissons à permettre aux recruteurs de publier sur notre plateforme des recherches de diplômes spécifiques. Les détenteurs en seraient immédiatement avertis. Enfin, nous étudions aussi la possibilité d'ajouter des documents qui auront été vérifiés par nos soins sans être certifiés d'origine. Mais nous restons prudents, même si la demande est là. " Dans la phase de recrutement, le tri des C.V. est une partie importante, mais une fois effectué, le processus est encore long. Il n'est pas rare qu'avant de recevoir une proposition de contrat, le candidat doive passer trois ou quatre entretiens. Avec, souvent, les mêmes questions posées par deux ou trois personnes différentes. C'est là qu'intervient Visiotalent. Cette start- up créée à Lille en 2014 par Gonzague Lefebvre et Louis Coulon a ouvert, l'an dernier, une filiale dans la banlieue bruxelloise. Elle propose une solution élégante et très pratique de recrutement numérique via des entretiens vidéo. " Notre solution s'intègre entre la réception des C.V. et l'envoi de la short-list des candidats sélectionnés, explique Thomas Cador, directeur régional Benelux chez Visiotalent. Nous remplaçons élégamment toute la phase téléphonique où le recruteur perd beaucoup de temps, et où les agendas des uns et des autres ne correspondent pas forcément, surtout quand le candidat travaille déjà. Nous pouvons aussi tout gérer, y compris la réception des C.V. Tout dépend du nombre de candidats attendus et si la société dispose ou pas d'un système de gestion des candidatures comme ATS. Je précise que sur notre plateforme, le candidat ne doit pas remplir des dizaines de pages et cocher des centaines de cases, ni retaper tout son C.V. Ce genre de procédé fait fuir et est dévastateur en termes d'employer branding. " Le mot est lâché. Depuis quelques temps, les entreprises ont pris conscience que leur image comme employeur commence dès la phase de recrutement. Singulièrement aussi pour les candidats qui sont refusés. Car, franchement, recevoir un e-mail laconique et standard qui n'explique rien en dit long sur la façon dont une société peut traiter ses employés. Pour avoir vu le système de Visiotalent à l'oeuvre, c'est un véritable modèle de personnalisation avec des employeurs qui vous accueillent en vidéo... Mais comment marche Visiotalent ? Le système est très facile à utiliser. De 20 minutes au début, un recruteur sera capable de préparer un projet en cinq minutes. La plateforme permet de choisir une des cinq langues (français, anglais, néerlandais, espagnol et italien) et même de les mélanger si on veut tester les compétences linguistiques. Elle permet de poser des questions au candidat qui devra répondre en vidéo. " L'aspect révolutionnaire du système, explique Thomas Cador, c'est que la réponse est différée. Le candidat a huit jours pour répondre et peut donc choisir le moment qu'il juge le plus opportun pour lui. Il ne connaît pas les questions à l'avance mais le recruteur, suivant le but recherché, peut lui donner un délai de réflexion ainsi qu'une durée maximale pour la réponse. Evidemment, l'idée n'est pas de prendre les candidats en traître. Ils peuvent donc s'entraîner. Autant de fois qu'ils le veulent. Ce ne sont pas les mêmes questions, juste le même principe. Cela permet aussi de tester techniquement le PC. Mais le véritable questionnaire, le candidat ne peut le remplir qu'une seule fois. Jusqu'ici, nous avons 350 questions disponibles. Sous peu, nous lancerons un système de questions vidéo. Le recruteur pourra s'enregistrer sur la plateforme. Mais il pourra aussi le demander au CEO ou aux différents managers. C'est une vraie valeur ajoutée qui augmente encore le caractère humain de la plateforme. En outre, l'entreprise va aussi éviter une autre erreur à effet dévastateur : confier le premier entretien à des employés juniors. " A côté des questions vidéo, le recruteur peut, sur le même dossier, faire passer un test cognitif, un test de langue, demander des documents et poser des questions supplémentaires par écrit, dont certaines à choix multiples. Exemples ? Avez-vous un permis de conduire? Quand êtes-vous disponible ? Quelles sont vos prétentions salariales ?" L'ensemble des questions écrites et en vidéo permet d'avoir une idée bien précise du candidat, poursuit Thomas Cador. En outre, les vidéos permettent de bien cerner la personnalité et de voir si elle va convenir à la culture d'entreprise. Pour les candidats, la plateforme permet de sortir du C.V., et de montrer leur créativité et l'étendue de leurs soft skills. Les recruteurs nous confirment que certains candidats n'auraient jamais été engagés sans ce système. " Les entreprises disposent d'une plateforme de gestion qui leur permet de trier les candidatures selon les réponses, avec envoi d'un mail personnalisé tant aux personnes retenues qu'à celles qui ne le sont pas. Les critères d'évaluation ont été fixés par Visiotalent et permettent à toutes les personnes intéressées de juger d'une manière identique. Enfin, pas besoin de multiplier les interviews puisque l'ensemble du dossier d'un candidat peut être envoyé aux managers, en ce y compris les vidéos. En trois ans d'existence, Visiotalent a décroché quelques beaux contrats avec des entreprises françaises comme Decathlon, Saint-Gobain, Leroy-Merlin, BlaBlaCar, Deloitte, etc. La sauce prend très bien en Belgique depuis un an. ING et BDO utilisent la plateforme pour leur graduate program, Walibi va gérer l'engagement de ses saisonniers de cette manière. Enfin, Fluxys va procéder à l'engagement de profils spécifiques. " En choisissant Visiotalent, nous avons opté pour l'innovation au sein de notre processus de recrutement, confie Sabrina Vercruysse, recruitment & selection manager chez Fluxys. C'est une manière innovante de déceler le potentiel et le talent de chaque candidat. "Par Xavier Beghin.