Selon le décompte de la police, 640 personnes ont participé à la manifestation, dont une poignée de travailleurs du sous-traitant de Caterpillar Yusen Logistics.

Au son des pétards, tous ont marché du rond-point Schuman vers le Conseil européen, avant de descendre la rue Froissart, où se tenait une réunion de la "task force Caterpillar". Les représentants des syndicats ont pu y exposer leur point de vue aux responsables des DG Emploi et Concurrence, notamment, de la Commission européenne. Les chefs de cabinet du ministre-président wallon Paul Magnette et du ministre wallon de l'Economie Jean-Claude Marcourt étaient également présents, de même que des responsables du Forem et de la Sogepa.

"Travailler jusqu'à 67 ans c'est bien... s'il y a du travail"

"On n'en peut rien, on n'en peut rien", criaient les manifestants pendant ce temps, éplorés de perdre leur emploi alors que le groupe Caterpillar fait des bénéfices. "Écrasés par nos propres machines, un comble", pouvait-on lire sur une affiche de la CSC Metea. "Le rôle de l'Etat: protéger les travailleurs, pas les multinationales", mentionnait une banderole des Métallos-FGTB.

En septembre dernier, Caterpillar a annoncé la fermeture de son site à Gosselies, ce qui va entrainer la disparition de 5.000 à 6.000 emplois (2.000 emplois directs et de 4.000 à 5.000 chez les sous-traitants).

"On n'espère plus grand chose", a témoigné à Belga un travailleur licencié après 29 ans de loyaux services. "On vient exprimer ici notre désarroi par rapport à une décision financière, qui a en fait été prise depuis très longtemps."

"Travailler jusqu'à 67 ans c'est bien... s'il y a du travail", a souligné un autre.

Les manifestants sont ensuite retournés devant le Conseil européen, rejoints par la délégation syndicale qui les a remerciés pour leur mobilisation malgré une "organisation dans la précipitation".

"Il va falloir revoir les règles au niveau européen pour empêcher que des licenciements boursiers soient encore possibles. On a aussi demandé de revoir la loi Renault (sur les licenciements collectifs, NDLR)", a déclaré Ivan Del Percio, président de la délégation FGTB de Caterpillar, qui s'est dit "entendu" par les autorités.

L'Union européenne pourrait débloquer 20 millions d'euros du fonds européen d'ajustement à la mondialisation, a également annoncé M. Del Percio. Cet argent aidera à la reconversion des travailleurs, dont les sous-traitants et, le cas échéant, du site de l'entreprise.

Discussions difficiles

Les discussions avec les responsables de Caterpillar Belgium, elles, sont difficiles car "ceux qui sont devant nous ne sont que des pantins. Ce sont les Américains qui dirigent les négociations", a-t-il déploré, sans vouloir expliquer devant la presse quelles avancées ont été obtenues lors de la réunion de vendredi.

Les indemnités de licenciement envisagées restent de toute façon beaucoup trop faibles, a-t-il tout de même ajouté, tandis qu'une nouvelle réunion avec la direction aura lieu mardi.

"Nous ne donnons pas de chiffres aux médias. Priorité aux travailleurs", a appuyé Salvatore Prestifilippo, délégué CSC.

Les travailleurs, qui sont en grève toute la journée, ont reçu pour consigne de se rendre à l'entreprise mardi matin, mais on ne sait pas encore s'ils reprendront le travail. "Pour la suite du mouvement, donnez-nous le temps de nous réunir en front commun, mais on ne va pas relâcher la pression", a seulement rapporté M. Prestifilippo.

"La prochaine réunion clé aura lieu vendredi prochain, à 14h30 à Namur. Ce sera une réunion de coordination avec les autorités wallonnes et fédérales. On parlera de l'âge pour bénéficier du RCC (régime de chômage avec complément d'entreprise, NDLR) et des modalités d'application des indemnités de départ", a par ailleurs signalé Ivan Del Percio.

Les manifestants ont repris la route en direction de Gosselies vers 12h00, dans le calme.

"Contact renoué"

Samedi, Jean-Marie Hoslet, le secrétaire provincial de la CSC Metea, n'a pas souhaité donner davantage de précisions sur le résultat de la séance de négociations qui s'est tenue vendredi jusqu'à 22 heures entre direction et syndicats de l'entreprise Caterpillar Belgium. "Ce qui est sûr, c'est que le contact est renoué. Pour le reste, il a été décidé de réserver la primeur des informations lundi matin au personnel", avait-il affirmé.

Interrogé sur la possibilité qu'un accord soit tombé sur des éléments du futur plan social, qui précisera notamment le nombre de personnes pouvant bénéficier d'un régime de chômage avec complément d'entreprise ainsi que les conditions de départ du personnel, Jean- Marie Hoslet a utilisé une métaphore: "Ce n'est pas encore le mariage mais peut-être les fiançailles".