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Amid Faljaoui, directeur des magazines francophones de Roularta.
Opinion

20/11/18 à 14:56 - Mise à jour à 15:12

Carlos Ghosn, trahi par son bras droit

Le patron de Renault-Nissan a été arrêté hier au Japon pour fraude fiscale et abus de biens sociaux. C'est une bombe, car ce patron jouissait d'une réputation internationale. Sa mise en examen par la justice japonaise met aussi en difficulté le gouvernement français.

Carlos Ghosn, trahi par son bras droit

© REUTERS

L'annonce a fait l'effet d'une bombe et n'a pas dû ravir le président Emmanuel Macron qui était en visite officielle en Belgique. Carlos Ghosn, le patron emblématique de l'alliance Renault-Nissan a été mis en examen au Japon ce lundi 19 novembre.

La justice japonaise lui reproche d'avoir sous-estimé ses revenus imposables pendant plusieurs années et l'a aussi accusé d'abus de biens sociaux. L'accusation est très lourde et si elle se vérifie pourrait avoir aussi des répercussions sur le plan pénal.

Il n'en fallait pas plus pour que le cours de l'action Renault chute de plus de 8% en une seule séance. C'est simple, aujourd'hui à la Bourse de Paris, Renault vaut seulement 17 milliards d'euros, soit moins que Peugeot qui est pourtant un constructeur automobile nettement plus petit.

Comme la Bourse de Tokyo était fermée lundi lors de cette annonce de l'arrestation d'un des plus importants patrons du secteur automobile, il faudra surveiller ce mardi le cours de Bourse de Renault, mais aussi de Nissan et de Mitsubishi qui font partie d'une seule et même alliance.

C'est le directeur général de Nissan qui a annoncé la nouvelle de l'arrestation devant la presse, ce qui confirme qu'on est toujours trahi par ses proches. En effet, Carlos Ghosn qui est parait-il féru d'histoire et notamment de la Rome antique pourra méditer sur le fait que c'est son bras droit qui a soulevé le lièvre alors qu'il disait de lui: "ce qu'il pense, je le pense, et ce qu'il fait, je le fais".

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Les ouvriers licenciés de Renault-Vilvoorde découvrent que la personne qui était à l'origine de la décision de la fermeture de l'usine belge est aussi celui qui a été arrêté au Japon pour avoir fraudé le fisc.

Aujourd'hui, le PDG de Renault a donc trouvé son Brutus. Autrement dit, son adjoint a réussi à le coincer sur ses deux points faibles : l'argent et le goût du pouvoir. L'argent ? Très clairement, Carlos Ghosn aime l'argent. Il était pourtant très bien payé, avec un salaire de 7 millions pour diriger Renault et un autre de 8 millions pour diriger Nissan. Mais visiblement, ce n'était pas assez et il aurait fraudé le fisc japonais en mettant en place des mécanismes pour sous-estimer ses revenus officiels.

Le pouvoir, Carlos Ghosn l'a conquis lorsqu'il a redressé Nissan qui était au bord de la faillite, il a réussi un tel exploit qu'au Japon, il a fait l'objet d'un culte quasi divin devenant même un personnage de Manga. Mais aujourd'hui, le voilà déchu de son poste et humilié en public par son principal adjoint japonais.

Quand je disais qu'Emmanuel Macron n'était pas heureux, c'est parce que l'Etat français détient encore 15% du capital de Renault. Après s'être fâché avec Carlos Ghosn, le président de la République a fini par enterrer la hache de guerre, mais en demandant au patron de Renault d'étudier une structure juridique qui permet d'éviter qu'à terme, les Japonais de Nissan avalent Renault.

Si Renault est dans le capital du japonais Nissan, les Japonais revendiquent une meilleure répartition des rôles, car aujourd'hui Nissan est deux fois plus gros que Renault.

Tant que Carlos Ghosn était aussi à la tête de Nissan, l'Etat français avait un interlocuteur qui défendait sa vision, mais demain ? C'est la question que doit se poser le président de la République. En attendant, le premier constructeur automobile mondial est dans la tourmente. En effet, l'alliance entre Renault-Nissan et Mitsubishi vend un peu plus de 10 millions de voitures par an.

Les ouvriers licenciés de Renault-Vilvoorde découvrent aujourd'hui que la personne qui était à l'origine de la décision de la fermeture de cette usine en Belgique est aussi celui qui a été arrêté hier au Japon pour avoir fraudé le fisc.

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