Beaucoup d'entreprises belges ont été revendues à des groupes étrangers. Mais comme les bières trappistes et le waterzooi, le système de paiement électronique Bancontact est, resté envers et contre tout, une spécialité nationale. Il représente 77 % des paiements par cartes en Belgique. Bancontact s'est modernisé en proposant une application mobile pour payer en magasin ou sur Internet. " Le nom est tellement courant qu'il est passé dans le dictionnaire Van Daele ", relève Kim Van Esbroeck, CEO de Bancontact Company.
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Beaucoup d'entreprises belges ont été revendues à des groupes étrangers. Mais comme les bières trappistes et le waterzooi, le système de paiement électronique Bancontact est, resté envers et contre tout, une spécialité nationale. Il représente 77 % des paiements par cartes en Belgique. Bancontact s'est modernisé en proposant une application mobile pour payer en magasin ou sur Internet. " Le nom est tellement courant qu'il est passé dans le dictionnaire Van Daele ", relève Kim Van Esbroeck, CEO de Bancontact Company. La concurrence ne manque pas, mais Visa et MasterCard, les deux leaders mondiaux du paiement par carte, ne sont pas parvenus à ébranler Bancontact. Et encore moins les nouveaux acteurs qui cherchent à s'imposer à travers les smartphones, comme SEQR, accepté notamment chez Colruyt. En 2016, un total de 1,39 milliard de paiements Bancontact ont été enregistrés, en croissance de 6,34 %, grâce surtout à la multiplication des petits paiements. " Depuis l'an dernier, nous avons fait beaucoup de communication pour montrer qu'il y a moyen d'utiliser Bancontact pour des sommes aussi petites que 3 euros ", continue Kim Van Esbroeck. Les paiements de moins de 25 euros ont progressé de plus de 30 %. Le total inclut aussi les retrait aux distributeurs de billets des agences bancaires des enseignes différentes de celle de la carte (127 millions de transactions par an). Le succès de Bancontact doit tout aux banques et beaucoup aux habitudes de paiement des Belges. Les premières ont développé le paiement électronique par carte à la fin des années 1970, dont Bancontact est l'héritier, pour remplacer les chèques trop chers à traiter. Le système effectue des paiements par débit immédiat du compte, formule toujours préférée des Belges. De loin devant les cartes de crédit et à débit différé (facturation en fin de mois) Visa ou MasterCard, qui représentent 15 % des transactions par cartes. Malgré cette popularité, Bancontact aurait dû disparaître. Face à la volonté de la Commission européenne de standardiser les paiements électroniques à travers l'Europe, les banques belges ont annoncé en 2006 leur volonté d'arrêter Bancontact. Elles ont revendu la société qui gérait le système, Banksys (1), au français Atos Origin (Worldline maintenant), et annoncé que la carte Bancontact sera remplacée dès 2008 par la carte Maestro, conçue par l'Américain MasterCard. De cette manière, le secteur bancaire ne devait pas investir dans la standardisation demandée par la Commission européenne, qui devait permettre à toutes les cartes de fonctionner partout en Europe. Le passage à Maestro ne changeait rien pour les consommateurs, hormis le logo sur la carte. Pour les commerçants, c'était une autre affaire : ils risquaient une sérieuse hausse des frais de transaction. " C'était un véritable putsch sur les paiements par cartes domestiques " se, souvient Peter Haegeman, expert en monétique, qui a travaillé chez Comeos, la fédération de la distribution. " Bancontact pratiquait une commission forfaitaire peu élevée, Maestro recourait à un système de pourcentage habituel dans le monde de la carte de crédit, justifié par le risque sur le paiement. Mais avec un paiement de débit comme Bancontact, il n'y a aucun risque puisque le solde est vérifié et le paiement réalisé immédiatement. Il n'y avait donc aucune raison de pratiquer un tel pourcentage. " Baudouin Velge, alors administrateur délégué de Comeos, avait publié un calcul spectaculaire : " Ainsi, pour un montant de transaction moyen de 50 euros, le coût de transaction par paiement passerait de 0,06 à 0,15 euro, soit une augmentation hallucinante de 250 %, et ce, sans que le service fourni ait subi une quelconque amélioration ." D'autres fédérations comme l'UCM ou Unizo étaient aussi montées aux barricades. Face à la fronde et aux risques de recours multiples, les banques belges ont accepté de continuer à développer à Bancontact. De l'adapter au marché unique des paiements. Ils ont créé une société, appelée aujourd'hui Bancontact, pour gérer le schéma de paiement. " Le travail d'adaptation a été réalisé en 2013, dit Kim Van Esbroeck. Les actionnaires ont confirmé la volonté de croître et de développer Bancontact. " La Belgique fait ainsi partie, notamment avec la France et l'Allemagne, des pays qui ont conservé leur système de paiement national. Les Pays-Bas sont passés à Maestro et V-Pay. La société Bancontact est une structure légère. " Nous sommes passés en quelques années de 3 à 20 personnes ", poursuit Kim Van Esbroeck. Le rôle de l'entreprise est aussi très différent de celui de Banksys, l'ancien gestionnaire de Bancontact qui occupait et occupe toujours, sous le nom de Worldline aujourd'hui, un millier de personnes. Le métier du paiement par carte a fort changé. Hier, il était assuré par une structure nationale unique, gérant à la fois la vente et la location des terminaux, la fourniture du service aux commerçants, la gestion des transactions sur d'énormes ordinateurs sécurisés. Toutes ces fonctions, naguère monopolistiques, sont aujourd'hui réalisée par des structures concurrentes, dont Worldline reste encore un acteur essentiel. L'actuelle société Bancontact, qui appartient à parts égales à BNP Paribas Fortis, ING, Belfius Axa Bank et KBC, se limite à fixer les règles de fonctionnement du schéma de paiement et à coordonner les acteurs des paiements. " Nous exercerons trois fonctions principales : définir les règles d'acceptation pour les flux d'argent et pour la sécurité, gérer l'infrastructure centrale et définir les produits comme l'application Bancontact Mobile. Nous visons aussi à multiplier les acquirers, en plus de Worldline, qui assurent la vente de Bancontact aux commerçants dans l'Europe entière, et les fournisseurs de services de paiements (comme Ingenico, etc.). " La Commission européenne a, par ailleurs, mis des limites aux frais d'interchange qui sont de rigueur pour la carte Bancontact comme pour les autres schémas de paiement. Ces sommes sont perçues par la banque du porteur de carte. Elles sont plafonnées à 5 cents par transaction. Chaque acquirer établit un tarif pour le commerçant qui inclut ses frais de traitement et l'interchange. Worldline facture ainsi 7,21 cents par transaction dans son abonnement Horizon (2 cents pour les paiements sous les 5 euros). Bancontact est une société rentable, mais reste une PME, avec un chiffre d'affaires de 8 millions d'euros en 2015, et un bénéfice net de 428.000 euros. Plusieurs défis attendent Bancontact. Sa forte position peut toujours être réduite par la concurrence des autres schémas de débit tel Maestro, présent sur quasi toutes les cartes, ou bientôt V-Pay. " Certains distributeurs internationaux ont conclu des accords internationaux avec Maestro pour gérer les paiements de débit, note Peter Haegeman. C'est le cas d'Ikea. Lorsque le consommateur demande un paiement Bancontact, il y a de forte chances qu'il soit réalisé comme paiement Maestro. Le client ne le voit qu'incidemment, en lisant le ticket de caisse, mais cela ne change rien pour lui. Colruyt panache aussi les paiements de débit entre Bancontact et Maestro. La concurrence est d'autant plus réelle que Maestro a fini par adopter un tarif similaire à celui de la carte Bancontact, forfaitaire. " Le deuxième défi est l'usage de la carte Bancontact à l'étranger. Après tout, c'était l'un des buts du marché unique des paiements : que les cartes soient utilisables partout dans l'UE. Pour Bancontact, c'est plutôt un échec. Hormis dans certains commerces frontaliers, il est quasi impossible de payer avec la carte. Il faut utiliser des cartes internationales comme Maestro ou Visa. Cela dépend en fait des commerçants, qui doivent choisir d'accepter les paiements Bancontact auprès de leur fournisseur de paiements électroniques. La concurrence dans le secteur n'a pas encore généré cet effet. " Cela marche mieux en commerce électronique, de nombreux acteurs étrangers acceptent Bancontact ", assure Kim Van Esbroeck. La pénétration dans le marché du commerce électronique constitue un autre défi. Bancontact n'y occupe pas la part de marché qu'il détient dans les magasins physiques, mais se débrouille bien. L'association Becommerce lui attribue, pour 2016, une part de 45 % (dont 12 % de paiements à la livraison). Le volume reste toutefois marginal sur le total des paiements par carte : 37,8 millions en 2016, soit environ 3 % du total des paiements Bancontact. Mais de grands acteurs manquent encore : Amazon n'accepte pas les paiements Bancontact, pas plus que Zalando. Le quatrième défi est l'arrivée des paiements par smartphone, un marché du futur qui tarde à décoller. Bancontact a été proactif et a sorti une application, Bancontact Mobile. En 2016, elle a généré 3,46 millions de transactions (+ 267 %), soit moins d'un pour cent de toutes les transactions Bancontact. Environ 17.000 commerces acceptent le paiement par Bancontact Mobile, qui utilise encore un QR code à lire sur le terminal de paiement pour générer le paiement. Ce processus, trop lent, devrait s'améliorer. " Il sera possible, avec certains smartphones, de payer sans contact, à partir du mois de mai ", confie Kim Van Esbroeck. En fait, l'appli Bancontact Mobile sert surtout actuellement à sécuriser les paiements en e-commerce et à remplacer le Digipass, la fameuse calculette. L'arrivée la plus attendue est celle des portefeuilles électroniques des smartphones de type Android (Android Pay) ou iPhone (Apple Pay), pour des paiements sans contact. BNP Paribas Fortis a annoncé que ces paiements pourraient arriver sous peu en Belgique. Ces dispositifs ne sont pas, pour l'heure, une menace pour Bancontact. Au contraire, ils proposent d'incorporer les cartes existantes, dont Bancontact, dans les smartphones via un " wallet ", un portefeuille virtuel. L'utilisateur de la carte choisira s'il utilise le rectangle de plastique ou son téléphone pour payer. Le plus grand défi est sans doute la nouvelle ouverture du marché des paiements qu'impulse la Commission européenne pour 2018 (directive PSD2). Il vise à corriger le marché unique des paiements, trop peu concurrentiel car encore confiné aux initiatives des banques. La directive ouvre la porte à des acteurs non bancaires, comme des Delhaize, Amazon, Google, Facebook ou Amazon, qui pourraient proposer leurs propres services de paiements. La directive obligera les banques à fournir des informations sur les soldes des comptes, nécessaires pour autoriser les paiements, avec l'accord des clients. Les banques refusaient souvent de donner ce genre de données à des acteurs non bancaires, avec l'argument de la confidentialité, mais aussi, sans doute, pour préserver un marché des paiements qui leur apporte des revenus sous forme de commissions d'interchange. (1) Banksys appartenait à KBC, Fortis, ING et Dexia. Elle était le produit de la fusion, en 1989, de deux systèmes, Bancontact et Mister Cash, pour fournir un seul service de paiement appelé " Bancontact Mister Cash ". En 2016, le nom a été simplifié, seul Bancontact a été conservé.