C'était la surprise de mai. Le gouvernement nommait Audrey Hanard, 35 ans, pour présider le conseil d'administration de bpost et ainsi succéder à François Cornelis (ex-Total), qui avait démissionné deux ans avant la fin de son mandat.
...

C'était la surprise de mai. Le gouvernement nommait Audrey Hanard, 35 ans, pour présider le conseil d'administration de bpost et ainsi succéder à François Cornelis (ex-Total), qui avait démissionné deux ans avant la fin de son mandat. Consultante parfaitement trilingue formée à la Solvay Business School, la Bruxelloise arrive à un moment où l'entreprise à majorité publique cherche des eaux plus calmes. Bpost sort en effet d'une période agitée, après le recrutement puis le départ provoqué du CEO Jean-Paul Van Avermaet au terme d'une seule année de fonction et de tensions au sein du conseil d'administration. Plus, en toile de fond, un cours en berne: depuis 2018, l'action bpost n'a plus dépassé son niveau de 2013, lors de son introduction en Bourse. Elle était alors cotée à 14,5 euros. "Je n'ai pas beaucoup hésité", explique pourtant la nouvelle présidente. Bpost réunit ce qui m'intéresse: à la fois les questions d'intérêt général, des aspects commerciaux, et cela dans une entreprise qui a une très longue histoire."Choisie par le PS, la jeune femme a un profil à la fois très business avec un long passage chez McKinsey, où elle a travaillé pour les secteurs de la santé, de la pharmacie et de l'éducation, et un goût affirmé pour les questions sociétales, en particulier l'enseignement. "C'est un sujet qui me tient beaucoup à coeur." Gilbert, son père, a été un remarqué professeur de droit romain aux Facultés Saint-Louis à Bruxelles. Il y a notamment contribué à créer des candidatures de droit à horaire décalé. Quant à sa mère, Béatrice Cugnon, elle a été directrice d'une école de promotion sociale. Audrey Hanard s'est surtout fait remarquer en public par sa participation au Groupe du vendredi/Vrijdag groep, un think tank né en 2013 dont elle a assuré la présidence jusqu'à l'an dernier. "C'est un mouvement citoyen de jeunes, né parce qu'on se rendait compte qu'en Belgique, les communautés ne se parlaient pas ou plus. L'idée était de créer un espace commun de réflexion et de propositions." Pour ce groupe, elle a notamment planché sur le fonctionnement des prisons belges, mais aussi sur l'impact - ce mot revient souvent dans la bouche d'Audrey Hanard - d'une légalisation du cannabis. L'influence du Groupe du vendredi? "Il y a quelques années, nous avons rédigé une charte déontologique pour les cabinets ministériels, reprise à l'époque par plusieurs d'entre eux. Nous avons aussi attiré l'attention des pouvoirs publics sur la structure du calendrier scolaire, en particulier les vacances d'été. Celles-ci ne sont pas conçues dans l'intérêt de l'enfant et augmentent les inégalités. La ministre de l'Education Caroline Désir a entre-temps annoncé que ce calendrier sera enfin revu à partir de la rentrée scolaire 2022, ce qui n'est pas rien quand on sait que ce sujet était déjà sur la table dans les années 1990." Pourquoi Audrey Hanard a-t-elle choisi se lancer dans des études à Solvay, alors que son goût la portait plutôt vers les services publics? "La réponse honnête est qu'à 18 ans, je me disais qu'il fallait comprendre le système pour l'améliorer." Devenue consultante, la jeune femme est ensuite restée assez longtemps chez McKinsey. Traditionnellement, on y gravit les échelons en passant par la case MBA. Audrey Hanard a préféré, elle, entamer un MPA (Master of Public Administration) à l'université Columbia (New York). La présidente de bpost parle peu de son passage chez le grand consultant. "McKinsey tient beaucoup à la confidentialité, par rapport à ses clients", s'excuse-t-elle. Au hasard de son C.V., on note qu'elle a travaillé pour McKinsey à Haïti, pour la mise en place d'une agence en charge de la coordination des efforts de reconstruction après le tremblement de terre de 2010. Plutôt que d'intégrer l'état-major d'une grande entreprise ou une start-up, comme le font tant d'ex-McKinsey, Audrey Hanard a ensuite intégré Dalberg, un consultant international qui planche sur des questions de développement durable et inclusif au Nord comme au Sud. Elle y travaille quatre jours par semaine comme associate partner, y dirigeant le bureau de Londres à distance depuis la pandémie. "On m'a expliqué que la fonction à bpost représenterait environ un jour par semaine, assure la présidente. Cela représente un peu plus actuellement, car c'est le début mais, à terme, mon job chez Dalberg restera bien ma fonction principale." Audrey Hanard est par ailleurs une passionnée de yoga, discipline pour laquelle elle a une formation d'enseignante. "Bien avant de recevoir la proposition pour bpost, je songeais déjà à travailler quatre jours pour Dalberg afin de réserver un jour au yoga..." Après avoir été élue par l'assemblée générale de bpost, elle a présidé quelques réunions du conseil. Tâche la plus urgente: nommer un nouveau CEO. Les administrateurs ont adoubé le CEO ad interim, Dirk Tirez. Le directeur du département juridique avait été nommé après le licenciement de Jean-Paul Van Avermaet, en mars dernier. "Nous avions plusieurs candidats, d'excellentes personnes. Mais Dirk Tirez connaît bien l'entreprise, il ne passera pas plusieurs mois à la comprendre. Et pendant son intérim, il a pu gagner la confiance de tout le monde, démontrer qu'il pouvait fixer des priorités, aligner les équipes. C'était une décision très collégiale, il y a eu un consensus." La confirmation de Dirk Tirez devrait apaiser les relations avec les syndicats, que la transformation de bpost rend nerveux. Avec la chute du courrier qui s'est accélérée ces dernières années et le développement de la logistique propre à l'e-commerce, l'entreprise, qui compte plus de 30.000 salariés, est en perpétuelle transformation. "Je crois que bpost a mis en place une stratégie que beaucoup d'opérateurs postaux en Europe, et même dans le monde, nous envient", poursuit Audrey Hanard. Cette reconversion vers le colis et la logistique de l'e-commerce a entraîné beaucoup d'acquisitions, mais parfois aussi des couacs. Le rachat de Radial, aux Etats-Unis, en 2017, a réservé son lot de mauvaises surprises, ce qui explique le désamour des actionnaires privés, bien que ce fournisseur américain de services pour l'e-commerce ait depuis été remis sur les rails. "Le move vers l'e-commerce et la logistique a été visionnaire, comme la crise du covid l'a prouvé, continue la présidente. Il faut consolider la stratégie, développer le puzzle. On a les cartes en main. Quand on voit d'où l'on vient, d'une entreprise publique traditionnelle, on constate qu'un énorme trajet a été parcouru. C'est le principe de la vie ; le monde est en perpétuel changement." Et lorsqu'on demande si pousser l'e-commerce n'est pas contradictoire avec son intérêt pour le développement durable, Audrey Hanard ne se démonte pas. "Les études sont plus ambivalentes qu'on ne le pense. L'e-commerce supprime aussi pas mal de trajets que chaque citoyen parcourrait pour aller chercher ses achats. En termes d'impact environnemental, il y a également la question de l'approvisionnement à longue distance. La Belgique et l'Europe ont pris des mesures pour mieux internaliser ce coût environnemental, notamment sur la TVA appliquée sur les petits montants."