Au 30 juin 2019, le groupe accuse une perte nette de 1,5 milliard d'euros, mise sur le compte d'activités qu'il est en train de céder: sa banque Oney, qui sera reprise par BCPE en septembre, et surtout sa filiale de distribution en Italie, dont la vente a été conclue au 31 juillet, ainsi que, dans une moindre mesure, son parc de magasins au Vietnam.

Hors ces "éléments exceptionnels", le groupe nordiste affiche sur la même période un bénéfice de ses "activités poursuivies" de 124 millions d'euros, précise-t-il dans un communiqué.

Quant au produit des activités ordinaires - l'équivalent du chiffre d'affaires - d'Auchan Holding, il s'établit à près de 23 milliards d'euros, en baisse de 2,6% sur un an, en raison notamment de variations défavorables des taux de change.

- "assainissement" -

Pour Yves Marin, expert en distribution au sein du cabinet Bartle, la perte de 1,5 milliard d'euros "est paradoxalement plutôt une bonne nouvelle pour Auchan" car elle signifie que le distributeur "a pris la mesure du problème stratégique à résoudre": la solution doit effectivement passer par "des actions fortes", rompant avec les décisions prises par les directions précédentes, a-t-il estimé auprès de l'AFP.

Sans compter qu'Auchan a également été, selon lui, pénalisé par les "moins bonnes fortunes" de pays auparavant porteurs tels la Chine ou la Russie, une situation très concurrentielle en France et une absence de politique d'innovation forte.

Le directeur financier du groupe, Xavier de Mézerac, a d'ailleurs estimé lors d'une conférence de presse que les six derniers mois ont constitué "un semestre d'assainissement du périmètre", durant lequel ont été constatés "les premiers signes d'un redressement qui nous permettent de mieux nous positionner vers le futur".

Le groupe a notamment annoncé qu'il visait des économies de coûts de 1,1 milliard d'euros en année pleine d'ici à 2022.

Les modalités seront détaillées "d'ici la fin de l'année", a indiqué lors d'une conférence de presse Edgard Bonte, directeur exécutif du pôle distribution Auchan Retail. Il a fixé à ses équipes un objectif de doublement de la marge d'exploitation (Ebitda) à 6%.

Certes, a concédé M. Bonte, "les cessions de nos activités, notamment en Italie, pèsent lourd sur nos comptes, mais elles étaient inévitables à mes yeux et se sont faites dans de bonnes conditions pour nos collaborateurs".

- Virage -

Ancien de chez Kiabi, une enseigne de la galaxie Mulliez qu'il a contribué à redresser, M. Bonte avait été nommé au printemps à la tête d'Auchan Retail en tant que "redresseur d'entreprises sans a priori".

Fin avril, le groupe avait ainsi lancé la cession de 21 sites en France, concernant potentiellement entre 700 et 800 salariés.

Pour M. Bonte, désormais, "le virage est pris": il a cité une "hausse des revenus" du pôle distribution lors du premier semestre dans neuf de ses douze pays, à l'exception notable de la France et de la Russie, ainsi qu'une augmentation de sa rentabilité.

Le nouveau patron entend faire d'Auchan, non plus un simple distributeur, mais un "sélectionneur-concepteur" de produits alimentaires locaux et exclusifs, en transformant ses magasins en "places de marché locales".

Conscient que la proximité, le format le plus porteur dans le secteur actuellement, constitue "l'un des talons d'Achille" du groupe, dont le réseau est majoritairement composé de grandes surfaces, M. Bonte a cité le développement du drive piéton comme instrument de "conquête des centre-villes". Deux sont en test à Lille.

Propriété de l'Association familiale Mulliez (AFM), Auchan Holding avait déjà publié une perte nette de 1,145 milliard d'euros pour l'ensemble de l'année 2018, et annoncé que, par conséquent, il ne verserait pas de dividende au titre de l'exercice 2018.