Le parallèle entre le scénario de Jean-Pierre et Luc Dardenne - le combat d'une employée tentant de persuader ses collègues de renoncer à leur prime pour qu'elle puisse conserver son emploi - et celui qui est en train de se jouer dans les hémicycles régionaux, fédéral et européen va néanmoins bien au-delà du temps pendant lequel le spectateur est tenu en haleine. La toile de fond n'est en effet pas qu'une fiction, mais une réalité socioéconomique aussi criante que désolante... Qui oppose fondamentalement les partis quant à la façon de s'en dépêtrer.

"Jamais le fossé n'a été aussi grand", a martelé Bart De Wever le soir de sa grande victoire. Et il a raison. Au Nord, la préférence de l'électeur va à une sortie de crise par un retour à la compétitivité, qui implique allègement des charges sur le travail compensée par une réduction drastique des dépenses publiques, lutte ferme contre le chômage et création d'emplois. Au Sud, bassin industriel plus lourdement marqué par les fermetures et les licenciements massifs, on appelle à davantage de solidarité et on rechigne à adopter des mesures d'austérité. Ce clash entre la Flandre libérale et la Wallonie socialiste mènera-t-il pour autant au blocage ? Pas si on met l'institutionnel et le communautaire de côté, ce qui semble, à première vue du moins, être le souhait du président de la NV-A (et de son électorat).

En réalité, il n'a pas d'autre choix que de se tenir à ce positionnement relativement -- voire extrêmement -- récent. Car cette fois-ci, on l'attend au tournant : les électeurs n'ont pas massivement plébiscité Bart De Wever pour qu'il finisse une fois de plus dans l'opposition. Si au gouvernement flamand, la chose est déjà quasiment acquise, au gouvernement fédéral, il faudra pour cela que l'homme fasse preuve d'intelligence, de finesse et d'ouverture. Et surtout, qu'il utilise ces qualités de façon crédible face à un front francophone particulièrement dubitatif en ce qui concerne ses réelles intentions politiques. Pour Bart, c'est l'heure de vérité : soit il parvient rapidement à mettre en place un gouvernement fédéral (vraisemblablement de centre-droit) dont la priorité absolue est le socioéconomique, et met les cinq années qui viennent à profit pour montrer que sa recette est bien celle qui permet de redresser l'économie belge dans son ensemble, soit il échoue à gagner la confiance, est relégué dans l'opposition par la tripartite au pouvoir actuellement, et s'enlise dans un discours séparatiste qui à court terme a peu de chances d'aboutir.

La NV-A au pouvoir, c'est donc probablement maintenant ou jamais. Et si beaucoup, au Sud du pays, préféreraient s'en tenir au "jamais", il est peut-être temps pour Bart De Wever de montrer ce qu'il est capable de faire. Pas seul à la barre et avec une forte, très forte exigence de résultat. Cinq ans ou 1.825 jours et 1.824 nuits plus tard, on verra alors si les Belges se réveillent avec le coeur en fête ou la gueule de bois.

CAMILLE VAN VYVE

Le parallèle entre le scénario de Jean-Pierre et Luc Dardenne - le combat d'une employée tentant de persuader ses collègues de renoncer à leur prime pour qu'elle puisse conserver son emploi - et celui qui est en train de se jouer dans les hémicycles régionaux, fédéral et européen va néanmoins bien au-delà du temps pendant lequel le spectateur est tenu en haleine. La toile de fond n'est en effet pas qu'une fiction, mais une réalité socioéconomique aussi criante que désolante... Qui oppose fondamentalement les partis quant à la façon de s'en dépêtrer. "Jamais le fossé n'a été aussi grand", a martelé Bart De Wever le soir de sa grande victoire. Et il a raison. Au Nord, la préférence de l'électeur va à une sortie de crise par un retour à la compétitivité, qui implique allègement des charges sur le travail compensée par une réduction drastique des dépenses publiques, lutte ferme contre le chômage et création d'emplois. Au Sud, bassin industriel plus lourdement marqué par les fermetures et les licenciements massifs, on appelle à davantage de solidarité et on rechigne à adopter des mesures d'austérité. Ce clash entre la Flandre libérale et la Wallonie socialiste mènera-t-il pour autant au blocage ? Pas si on met l'institutionnel et le communautaire de côté, ce qui semble, à première vue du moins, être le souhait du président de la NV-A (et de son électorat). En réalité, il n'a pas d'autre choix que de se tenir à ce positionnement relativement -- voire extrêmement -- récent. Car cette fois-ci, on l'attend au tournant : les électeurs n'ont pas massivement plébiscité Bart De Wever pour qu'il finisse une fois de plus dans l'opposition. Si au gouvernement flamand, la chose est déjà quasiment acquise, au gouvernement fédéral, il faudra pour cela que l'homme fasse preuve d'intelligence, de finesse et d'ouverture. Et surtout, qu'il utilise ces qualités de façon crédible face à un front francophone particulièrement dubitatif en ce qui concerne ses réelles intentions politiques. Pour Bart, c'est l'heure de vérité : soit il parvient rapidement à mettre en place un gouvernement fédéral (vraisemblablement de centre-droit) dont la priorité absolue est le socioéconomique, et met les cinq années qui viennent à profit pour montrer que sa recette est bien celle qui permet de redresser l'économie belge dans son ensemble, soit il échoue à gagner la confiance, est relégué dans l'opposition par la tripartite au pouvoir actuellement, et s'enlise dans un discours séparatiste qui à court terme a peu de chances d'aboutir. La NV-A au pouvoir, c'est donc probablement maintenant ou jamais. Et si beaucoup, au Sud du pays, préféreraient s'en tenir au "jamais", il est peut-être temps pour Bart De Wever de montrer ce qu'il est capable de faire. Pas seul à la barre et avec une forte, très forte exigence de résultat. Cinq ans ou 1.825 jours et 1.824 nuits plus tard, on verra alors si les Belges se réveillent avec le coeur en fête ou la gueule de bois. CAMILLE VAN VYVE