15 jours..., alors que le monde hospitalier tient le coup seconde après seconde. 15 jours..., alors que le nombre de chômeurs augmente sans cesse. 15 jours..., alors que le personnel des magasins d'alimentation ne compte plus ses heures. 15 jours..., alors que le nombre de morts du coronavirus ne cesse d'augmenter. 15 jours..., alors que le nombre d'indépendants en difficulté augmente à chaque instant.15 jours dans une vie ce n'est pas grand-chose. Mais 15 jours à l'échelle européenne, dans l'attente d'un verdict, alors que la crise demande des réponses rapides, tangibles et surtout solidaires, c'est inimaginable.

On prend les mêmes et on recommence

Le constat est affligeant. Ce jeudi 26 mars 2020, en pleine crise sanitaire, les dirigeants européens ne sont pas parvenus à s'entendre sur une réponse budgétaire commune à la pandémie de Covid-19 qui ravage le continent. Du coup, ils se sont donnés 15 jours...

Alors que la Banque Centrale Européenne a fait preuve d'audace, d'imagination et de volonté, et que la majorité des Etats ont pris des mesures spécifiques pour leur population, l'UE est incapable d'apporter une réponse unique et solidaire pour préparer l'avenir.

Car si tous les pays ont mis en place des plans de soutien pour les ménages et les entreprises, le coût de ces mesures sera insoutenable pour les plus endettés d'entre eux. Et ce, même avec les interventions de la BCE.

Avec un goût amère de retour en arrière, les mêmes oppositions se sont exprimées et les mêmes dogmes ont ressurgi. D'un côté l'Italie et l'Espagne, soutenus cette fois par la France, demandent la création d'un instrument de dette commun. Et de l'autre, les Pays-Bas et l'Allemagne s'opposent une nouvelle fois à la mutualisation des dettes et à la solidarité.

Les instruments existent pourtant

L'UE a mis en place en 2012 des mécanismes qui pourraient intervenir dans ces situations exceptionnelles comme le Mécanisme Européen de Stabilité. Or, ce dernier ne peut agir qu'en contrepartie de la mise en place de mesures d'austérité par le pays demandeur. Intenable et inacceptable dans le contexte actuel, alors qu'aucun pays n'est responsable de cette situation.

La BCE a déjà outrepassé les règles avec ses instruments existants et a fait preuve d'innovation et d'audace pour éviter une crise de liquidité et de voir les spreads entre les Etats exploser.

Mais il faut aller plus loin, plus vite comme l'a rappelé Mario Draghi dans une tribune du Financial Times dans laquelle ce dernier exprime que "l'Europe est bien équipée pour faire face à ce choc extraordinaire. Elle dispose d'une structure financière granulaire capable de canaliser les fonds vers tous les secteurs de l'économie qui en ont besoin. Elle dispose d'un secteur public fort, capable de coordonner une réponse politique rapide. Face à des circonstances imprévues, un changement de mentalité est aussi nécessaire dans cette crise qu'il le serait en temps de guerre. Le choc auquel nous sommes confrontés n'est pas cyclique. La perte de revenus n'est la faute d'aucun de ceux qui en souffrent. Le coût de l'hésitation peut être irréversible. La rapidité de la détérioration des bilans privés - causée par un arrêt économique à la fois inévitable et souhaitable - doit être compensée par une rapidité égale dans le déploiement des bilans publics, la mobilisation des banques et, en tant qu'Européens, le soutien mutuel dans la poursuite de ce qui est évidemment une cause commune."

Solidarité ou dislocation

Il n'y a plus trente-six solutions. L'UE doit mettre en place un vaste programme d'obligations communes, qui en plus peut se réaliser à des conditions qui ne vont pas provoquer un alourdissement de la dette vu le niveau des taux d'intérêt.

Ces obligations pourront être rachetées par la BCE dans le cadre de son programme de 750 milliards d'euros, appelé "Pandemic Emergency Purchase Programme" (PEPP).

Ce programme pourra alors venir en aide aux Etats qui doivent faire face à une hausse de leur endettement et qui ne peuvent pas continuer à emprunter sans risquer de voir leur rating se dégrader fortement.

Ce n'est que par ce biais que la solidarité européenne peut s'exprimer et en l'absence d'une réponse unanime et solidaire, l'UE se disloquera et les conséquences en seront dramatiques.

Nous pouvons tous rester confinés 15 jours, mais vous n'avez plus 15 jours, chers dirigeants, pour agir et être à la hauteur des enjeux. Car vous serez responsables non seulement d'un nombre insupportable de morts, mais aussi de la fin d'un grand projet fédérateur et unique. Vous serez responsables d'entrainer l'UE dans une récession sans commune mesure.

Bernard Keppenne, chief economist de CBC

15 jours..., alors que le monde hospitalier tient le coup seconde après seconde. 15 jours..., alors que le nombre de chômeurs augmente sans cesse. 15 jours..., alors que le personnel des magasins d'alimentation ne compte plus ses heures. 15 jours..., alors que le nombre de morts du coronavirus ne cesse d'augmenter. 15 jours..., alors que le nombre d'indépendants en difficulté augmente à chaque instant.15 jours dans une vie ce n'est pas grand-chose. Mais 15 jours à l'échelle européenne, dans l'attente d'un verdict, alors que la crise demande des réponses rapides, tangibles et surtout solidaires, c'est inimaginable.On prend les mêmes et on recommenceLe constat est affligeant. Ce jeudi 26 mars 2020, en pleine crise sanitaire, les dirigeants européens ne sont pas parvenus à s'entendre sur une réponse budgétaire commune à la pandémie de Covid-19 qui ravage le continent. Du coup, ils se sont donnés 15 jours...Alors que la Banque Centrale Européenne a fait preuve d'audace, d'imagination et de volonté, et que la majorité des Etats ont pris des mesures spécifiques pour leur population, l'UE est incapable d'apporter une réponse unique et solidaire pour préparer l'avenir.Car si tous les pays ont mis en place des plans de soutien pour les ménages et les entreprises, le coût de ces mesures sera insoutenable pour les plus endettés d'entre eux. Et ce, même avec les interventions de la BCE.Avec un goût amère de retour en arrière, les mêmes oppositions se sont exprimées et les mêmes dogmes ont ressurgi. D'un côté l'Italie et l'Espagne, soutenus cette fois par la France, demandent la création d'un instrument de dette commun. Et de l'autre, les Pays-Bas et l'Allemagne s'opposent une nouvelle fois à la mutualisation des dettes et à la solidarité.Les instruments existent pourtantL'UE a mis en place en 2012 des mécanismes qui pourraient intervenir dans ces situations exceptionnelles comme le Mécanisme Européen de Stabilité. Or, ce dernier ne peut agir qu'en contrepartie de la mise en place de mesures d'austérité par le pays demandeur. Intenable et inacceptable dans le contexte actuel, alors qu'aucun pays n'est responsable de cette situation.La BCE a déjà outrepassé les règles avec ses instruments existants et a fait preuve d'innovation et d'audace pour éviter une crise de liquidité et de voir les spreads entre les Etats exploser.Mais il faut aller plus loin, plus vite comme l'a rappelé Mario Draghi dans une tribune du Financial Times dans laquelle ce dernier exprime que "l'Europe est bien équipée pour faire face à ce choc extraordinaire. Elle dispose d'une structure financière granulaire capable de canaliser les fonds vers tous les secteurs de l'économie qui en ont besoin. Elle dispose d'un secteur public fort, capable de coordonner une réponse politique rapide. Face à des circonstances imprévues, un changement de mentalité est aussi nécessaire dans cette crise qu'il le serait en temps de guerre. Le choc auquel nous sommes confrontés n'est pas cyclique. La perte de revenus n'est la faute d'aucun de ceux qui en souffrent. Le coût de l'hésitation peut être irréversible. La rapidité de la détérioration des bilans privés - causée par un arrêt économique à la fois inévitable et souhaitable - doit être compensée par une rapidité égale dans le déploiement des bilans publics, la mobilisation des banques et, en tant qu'Européens, le soutien mutuel dans la poursuite de ce qui est évidemment une cause commune."Solidarité ou dislocationIl n'y a plus trente-six solutions. L'UE doit mettre en place un vaste programme d'obligations communes, qui en plus peut se réaliser à des conditions qui ne vont pas provoquer un alourdissement de la dette vu le niveau des taux d'intérêt.Ces obligations pourront être rachetées par la BCE dans le cadre de son programme de 750 milliards d'euros, appelé "Pandemic Emergency Purchase Programme" (PEPP).Ce programme pourra alors venir en aide aux Etats qui doivent faire face à une hausse de leur endettement et qui ne peuvent pas continuer à emprunter sans risquer de voir leur rating se dégrader fortement.Ce n'est que par ce biais que la solidarité européenne peut s'exprimer et en l'absence d'une réponse unanime et solidaire, l'UE se disloquera et les conséquences en seront dramatiques.Nous pouvons tous rester confinés 15 jours, mais vous n'avez plus 15 jours, chers dirigeants, pour agir et être à la hauteur des enjeux. Car vous serez responsables non seulement d'un nombre insupportable de morts, mais aussi de la fin d'un grand projet fédérateur et unique. Vous serez responsables d'entrainer l'UE dans une récession sans commune mesure.Bernard Keppenne, chief economist de CBC