Le gouvernement allemand veut accélérer la fusion entre la Deutsche Bank, première banque privée allemande, et sa rivale, la Commerzbank. Le processus de fusion entre les deux banques devrait de préférence être lancé avant la fin du mois de mai, selon des informations du magazine allemand WirtschaftsWoche. Raison de cet empressement: une telle structure pourrait être considérée comme une forme d'aide d'État. Le gouvernement allemand veut donc avancer dans ce dossier, car le nouveau Parlement européen, probablement plus eurosceptique, pourrait bien mettre des bâtons dans les roues de ce projet, explique le quotidien De Morgen.
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Le gouvernement allemand veut accélérer la fusion entre la Deutsche Bank, première banque privée allemande, et sa rivale, la Commerzbank. Le processus de fusion entre les deux banques devrait de préférence être lancé avant la fin du mois de mai, selon des informations du magazine allemand WirtschaftsWoche. Raison de cet empressement: une telle structure pourrait être considérée comme une forme d'aide d'État. Le gouvernement allemand veut donc avancer dans ce dossier, car le nouveau Parlement européen, probablement plus eurosceptique, pourrait bien mettre des bâtons dans les roues de ce projet, explique le quotidien De Morgen. Récemment, dans une réponse à une question parlementaire des Verts, l'État allemand, actionnaire à 15% de Commerzbank, reconnaissait avoir tenu une vingtaine de réunions et entretiens téléphoniques avec la Deutsche Bank sur la période de mai à décembre dernier, rapporte L'Echo. Sur le papier, une fusion entre Deutsche Bank et Commerzbank donnerait naissance à un mastodonte pesant près de 2.000 milliards d'euros d'actifs, comparable à BNP Paribas. Le ministre allemand des Finances, Olaf Scholz, a déclaré, pour sa part, à l'agence de presse Bloomberg qu'il soutenait l'idée d'une "super Banque Nationale". La Deutsche Bank fait partie du top 15 mondial des banques systémiques. Mais la banque allemande est mise en en difficulté ces derniers temps, plombée par des prêts à problèmes, des casseroles judiciaires, et des résultats décevants. Au dernier trimestre, la banque a plongé de plus de 400 millions d'euros dans le rouge. L'établissement inquiète de nombreux intervenants, explique Capital.fr. L'agence de notation financière Standard and Poor's (S&P) a abaissé en juin dernier la note de sa dette à long terme, tandis que la filiale américaine a échoué aux stress tests (tests de résistance) de la Fed, la banque centrale des Etats-Unis. Commerzbank, de son côté, est également dans une spirale négative. Les deux grandes banques constitueraient ensemble ce qu'on nomme une "bad bank", dans laquelle seraient logés des actifs dits "toxiques". Les parties saines restantes seraient ensuite incorporées dans le nouveau groupe issu de la fusion."Une fusion entre les deux est motivée par de mauvaises raisons", explique dans De Morgen Hans Degryse, économiste à la KU Leuven. "Il reste à voir si un tel champion national soutenu par le gouvernement allemand peut être une entreprise saine". Degryse comprend toutefois ce projet de fusion. La faiblesse persistante des taux d'intérêt a sérieusement érodé le modèle de rémunération des banques traditionnelles. Dans le même temps, les règles ont été renforcées, ce qui a accru les marges financières que les banques doivent maintenir. "Et pendant ce temps, les banques sont également attaquées par les nouveaux acteurs du secteur, appelés les 'fintech'." Des géants des nouvelles technologies comme Google ont comme projet de développer leurs services financiers. Pourtant, Degryse ne voit pas émerger dans l'immédiat un mouvement majeur de fusions en Europe. "Au sein même d'un Etat, l'impact sur les coûts est plus important. Un réseau de bureaux qui doublonne peut être réduit, certains investissements peuvent être répartis. Si vous fusionnez à l'échelle internationale, ces gains d'efficacité sont moins importants à saisir." C'est en effet un obstacle délicat qu'il reste encore à franchir, selon les analystes : une fusion entre la Deutsche et la Commerzbank n'a guère de sens sans la perte de dizaines de milliers d'emplois. Quel homme politique voudra signer un tel bain de sang social ? Pendant ce temps, de l'autre côté de l'océan, une fusion d'un ordre différent se produit. Les deux plus grandes banques de prêt du sud-est des États-Unis, BB&T et SunTrust, ont annoncé leur fusion, ce qui donnera naissance à la sixième plus grande banque du pays. Les analystes se félicitent de cette union entre égaux, invoquant la même raison que Hans Degryse quant à son utilité. Ensemble, ils peuvent réaliser d'importantes économies de coûts, ce qui leur permet d'investir davantage dans la technologie et la numérisation. Le mariage des deux donnera naissance à une institution financière d'une valeur marchande de 66 milliards de dollars (environ 58 milliards d'euros). Selon le Financieele Dagblad, cette nouvelle banque est donc plus grande que par exemple BNP Paribas et vaut plus que la Britannique Barclays et la Deutsche Bank réunies. Pour le secteur, la fusion de BB&T et SunTrust est de loin la plus importante depuis la crise du crédit il y a 10 ans. Les analystes financiers sont d'avis que ce mouvement enclenché dans le secteur bancaire augure aux Etats-Unis d'autres fusions du même style.D'autant plus depuis que la Réserve fédérale américaine (Fed) a proposé en octobre dernier d'assouplir nettement les garde-fous réglementaires imposés aux grandes banques américaines après la crise de 2008, suivant la volonté de dérégulation affichée par l'Administration Trump. La réglementation Dodd-Frank, arsenal financier mis en place après la crise de 2008 par Barack Obama pour éviter une nouvelle déstabilisation du système bancaire, a en effet été démantelée. Les nouvelles règles allègent les coussins de capitaux et les tests de résistance d'une quinzaine de grandes banques et institutions financières comme US Bancorp, Capital One, PNC Financial. Certaines de ces institutions, SunTrust en fait partie, ne seront désormais soumises à des tests de résistance que tous les deux ans. Les huit plus grandes banques américaines - JPMorgan, Bank Of America, Citigroup, Wells Fargo, Goldman Sachs, Morgan Stanley, Bank of New York Mellon et State Street - qui représentent plus de 50% des actifs bancaires américains, resteront toutefois sous haute surveillance avec des tests annuels, explique l'AFP. Verra-t-on le même mouvement se produire en Europe ? Comme l'explique De Morgen, les banques européennes, en particulier les moyennes et grandes institutions, sont généralement dans une position beaucoup plus faible que leurs homologues américains. Outre-Atlantique, les institutions bancaires peuvent en effet bénéficier d'un meilleur environnement de taux d'intérêt et surtout d'un marché des capitaux beaucoup plus vaste et plus étendu. Malgré le marché unique européen, il n'existe toujours pas de système complet de surveillance bancaire ou de circulation des capitaux. Cela constitue un obstacle aux possibilités de fusions transfrontalières. Jusqu'à présent, et suite à la crise de 2008, les banques étaient devenues plus prudentes. Les banques n'ont-elles dès lors plus peur d'échouer en fusionnant et en devenant "too big", comme le stipule la formule consacrée "too big to fail" ? L'économiste de la KUL met en garde sur ces nouvelles fusions et projets de fusions. Il est d'avis que si des règles ont été durcies, il y a certainement aux États-Unis un affaiblissement rampant des règlements plus stricts en cours, avec les conséquences financières désastreuses que l'on peut imaginer dans un avenir plus ou moins proche.