"Il n'y a pas de tabou", "nous conduisons notre réflexion à la fois sur le niveau des taux à court terme et sur notre programme d'achats d'actifs qui agit notamment sur les taux longs", a assuré M. Praet, l'un des six membres du directoire de la banque centrale, interviewé dans son bureau au siège de la BCE à Francfort (ouest).

Il s'exprimait quelques jours seulement après la promesse faite par Mario Draghi, président de l'institution, que celle-ci allait "réexaminer sa politique monétaire " en décembre à l'occasion de la prochaine réunion de politique monétaire de son conseil des gouverneurs.

"Nous sommes dans une situation où la réalisation de notre objectif d'inflation pourrait à nouveau être repoussée dans le temps. Nous ne pouvons pas nier que ce risque est réel", s'est inquiété M. Praet. La BCE, gardienne de l'euro, repousse sans cesse depuis 2012 l'horizon auquel l'inflation reviendra au niveau qu'elle juge souhaitable, soit "proche de, mais inférieur à 2%".

"Nous allons évaluer cela en décembre, notamment à la lumière des nouvelles projections économiques" que dévoilera comme chaque trimestre la BCE, a ajouté le Belge.

"Le conseil des gouverneurs a donné un message fort. Il est prêt à tirer les conséquences de son évaluation de l'orientation de la politique monétaire. Le président (Mario Draghi) a demandé aux équipes de réexaminer les instruments disponibles et de mener une réflexion en profondeur à 360 degrés", a-t-il encore dit.

Taux encore plus négatifs ?

La BCE soutient déjà l'économie de la zone euro avec des prêts géants quasi-gratuits aux banques et un vaste programme d'achats de dette publique et privée, baptisé "QE", au rythme de 60 milliards d'euros par mois jusqu'à au moins septembre 2016. M. Draghi a déjà insisté plusieurs fois sur la "flexibilité" de ce programme, dont le volume mensuel pourrait être gonflé, les contours modifiés ou la durée prolongée.

L'institution a aussi porté en septembre 2014 son principal taux directeur, référence pour le crédit en zone euro, à 0,05%, soit le plus bas niveau de son histoire.

Une nouvelle baisse porterait vraisemblablement sur le taux auquel l'institution rémunère les banques qui placent de l'argent auprès d'elle pour 24 heures, et qui est déjà négatif (-0,20%). Ainsi les banques passent à la caisse quand elles laissent de l'argent dormir dans les coffres de la BCE plutôt que de le mettre en circulation dans l'économie.

Sur la question d'abaisser encore ce taux, ce qui susciterait vraisemblablement un tollé de la part du secteur bancaire, "nous analysons notre propre expérience dans ce domaine et regardons celle des autres pays", a dit M. Praet. La Suisse ou encore la Suède pratiquent des taux négatifs.

"L'impact sur l'économie en général est favorable. Quant aux banques, il y a un impact négatif sur les marges unitaires, mais elles bénéficient de l'impact positif sur l'économie en général", a assuré M. Praet.

"Pessimisme rampant"

La banque centrale s'inquiète de la force et de la persistance de facteurs qui empêchent l'inflation de revenir au niveau souhaité. Parmi ces risques, la baisse des prix du pétrole, ou encore le ralentissement économique en Chine. En septembre, les prix en zone euro se sont repliés de 0,1% sur un an.

La politique monétaire de la BCE pour ramener l'inflation en zone euro vers son objectif est-elle toujours efficace ? "Sur le crédit oui, sur les conditions de financement oui, sur l'économie oui. Toutefois, la transmission à la dynamique des prix prend plus de temps, surtout dans un contexte de baisse des prix du pétrole", détaille M. Praet.

Selon lui, "le risque de déflation est infime. En revanche, le risque d'enlisement dans un régime de croissance et d'inflation trop faibles est bien réel, avec un pessimisme rampant qui pèse sur l'investissement".

Pour éviter cette situation, le banquier central a appelé les gouvernements de la zone euro à accélérer les réformes. "S'engager à fond dans les réformes structurelles est une nécessité", a-t-il jugé.

La faible croissance française "surprend" la BCE

Par ailleurs, la faible performance de l'économie française "est surprenante" alors que celle-ci a jusqu'à présent été épargnée par une crise grave, a encore déclaré Peter Praet, plaidant pour des réformes énergiques dans la deuxième économie européenne.

"Ce qui frappe le plus quand on regarde la France, c'est qu'elle n'a pas eu de graves crises d'endettement ou bancaire comme d'autres pays. Cela rend la faible performance de l'économie d'autant plus surprenante", a déclaré M. Praet.

La volonté de réforme affichée par le gouvernement français est "visiblement là", juge le banquier central, et "le gouvernement s'attaque" aux problèmes structurels. Mais "il reste des blocages très importants", a-t-il ajouté, et "la mise en oeuvre est très difficile", notamment en ce qui concerne les réformes du marché du travail.

"En matière de rythme des réformes, la France a opté pour la multiplication des petits pas mais les résultats restent limités jusqu'à présent", a poursuivi M. Praet, alors que "la question des réformes structurelles est la question clé" pour le pays.

"Il y a de grandes difficultés à convaincre la population", a reconnu M. Praet, estimant que le gouvernement devait mettre en oeuvre une "forte communication" autour de ses projets.

La France attend une croissance de 1% de son Produit intérieur brut (PIB) cette année et de 1,5% l'an prochain, et a repoussé à 2017 l'horizon de son retour dans les clous du pacte de stabilité et de croissance, qui plafonne à 3% du PIB le déficit public.

Le projet de budget 2016 du gouvernement de Manuel Valls prévoit des baisses d'impôts - deux milliards d'euros pour l'impôt sur le revenu - et des abaissements de charges pour les entreprises, autant de mesures destinées à soutenir la demande et la compétitivité.

Pourtant "la question des réformes structurelles en France dépasse de loin la question de soutenir la demande par des politiques budgétaires ou des politiques monétaires", a estimé M. Praet, dans un plaidoyer pour une action plus résolue sur les structures de l'économie française.

Le ministre français des Finances Michel Sapin était en visite à Francfort lundi, où il a rencontré entre autres le président de la BCE Mario Draghi.

"La France a longtemps considéré que le rythme imposé de réduction des déficits posait problème pour permettre la reprise. Mais nous estimons actuellement que nous avons atteint un bon équilibre et sommes sur la bonne trajectoire de réduction des déficits", a-t-il déclaré avant cette entrevue.

"Il n'y a pas de tabou", "nous conduisons notre réflexion à la fois sur le niveau des taux à court terme et sur notre programme d'achats d'actifs qui agit notamment sur les taux longs", a assuré M. Praet, l'un des six membres du directoire de la banque centrale, interviewé dans son bureau au siège de la BCE à Francfort (ouest).Il s'exprimait quelques jours seulement après la promesse faite par Mario Draghi, président de l'institution, que celle-ci allait "réexaminer sa politique monétaire " en décembre à l'occasion de la prochaine réunion de politique monétaire de son conseil des gouverneurs."Nous sommes dans une situation où la réalisation de notre objectif d'inflation pourrait à nouveau être repoussée dans le temps. Nous ne pouvons pas nier que ce risque est réel", s'est inquiété M. Praet. La BCE, gardienne de l'euro, repousse sans cesse depuis 2012 l'horizon auquel l'inflation reviendra au niveau qu'elle juge souhaitable, soit "proche de, mais inférieur à 2%"."Nous allons évaluer cela en décembre, notamment à la lumière des nouvelles projections économiques" que dévoilera comme chaque trimestre la BCE, a ajouté le Belge."Le conseil des gouverneurs a donné un message fort. Il est prêt à tirer les conséquences de son évaluation de l'orientation de la politique monétaire. Le président (Mario Draghi) a demandé aux équipes de réexaminer les instruments disponibles et de mener une réflexion en profondeur à 360 degrés", a-t-il encore dit.La BCE soutient déjà l'économie de la zone euro avec des prêts géants quasi-gratuits aux banques et un vaste programme d'achats de dette publique et privée, baptisé "QE", au rythme de 60 milliards d'euros par mois jusqu'à au moins septembre 2016. M. Draghi a déjà insisté plusieurs fois sur la "flexibilité" de ce programme, dont le volume mensuel pourrait être gonflé, les contours modifiés ou la durée prolongée.L'institution a aussi porté en septembre 2014 son principal taux directeur, référence pour le crédit en zone euro, à 0,05%, soit le plus bas niveau de son histoire.Une nouvelle baisse porterait vraisemblablement sur le taux auquel l'institution rémunère les banques qui placent de l'argent auprès d'elle pour 24 heures, et qui est déjà négatif (-0,20%). Ainsi les banques passent à la caisse quand elles laissent de l'argent dormir dans les coffres de la BCE plutôt que de le mettre en circulation dans l'économie.Sur la question d'abaisser encore ce taux, ce qui susciterait vraisemblablement un tollé de la part du secteur bancaire, "nous analysons notre propre expérience dans ce domaine et regardons celle des autres pays", a dit M. Praet. La Suisse ou encore la Suède pratiquent des taux négatifs."L'impact sur l'économie en général est favorable. Quant aux banques, il y a un impact négatif sur les marges unitaires, mais elles bénéficient de l'impact positif sur l'économie en général", a assuré M. Praet.La banque centrale s'inquiète de la force et de la persistance de facteurs qui empêchent l'inflation de revenir au niveau souhaité. Parmi ces risques, la baisse des prix du pétrole, ou encore le ralentissement économique en Chine. En septembre, les prix en zone euro se sont repliés de 0,1% sur un an.La politique monétaire de la BCE pour ramener l'inflation en zone euro vers son objectif est-elle toujours efficace ? "Sur le crédit oui, sur les conditions de financement oui, sur l'économie oui. Toutefois, la transmission à la dynamique des prix prend plus de temps, surtout dans un contexte de baisse des prix du pétrole", détaille M. Praet.Selon lui, "le risque de déflation est infime. En revanche, le risque d'enlisement dans un régime de croissance et d'inflation trop faibles est bien réel, avec un pessimisme rampant qui pèse sur l'investissement".Pour éviter cette situation, le banquier central a appelé les gouvernements de la zone euro à accélérer les réformes. "S'engager à fond dans les réformes structurelles est une nécessité", a-t-il jugé.Par ailleurs, la faible performance de l'économie française "est surprenante" alors que celle-ci a jusqu'à présent été épargnée par une crise grave, a encore déclaré Peter Praet, plaidant pour des réformes énergiques dans la deuxième économie européenne."Ce qui frappe le plus quand on regarde la France, c'est qu'elle n'a pas eu de graves crises d'endettement ou bancaire comme d'autres pays. Cela rend la faible performance de l'économie d'autant plus surprenante", a déclaré M. Praet.La volonté de réforme affichée par le gouvernement français est "visiblement là", juge le banquier central, et "le gouvernement s'attaque" aux problèmes structurels. Mais "il reste des blocages très importants", a-t-il ajouté, et "la mise en oeuvre est très difficile", notamment en ce qui concerne les réformes du marché du travail."En matière de rythme des réformes, la France a opté pour la multiplication des petits pas mais les résultats restent limités jusqu'à présent", a poursuivi M. Praet, alors que "la question des réformes structurelles est la question clé" pour le pays."Il y a de grandes difficultés à convaincre la population", a reconnu M. Praet, estimant que le gouvernement devait mettre en oeuvre une "forte communication" autour de ses projets.La France attend une croissance de 1% de son Produit intérieur brut (PIB) cette année et de 1,5% l'an prochain, et a repoussé à 2017 l'horizon de son retour dans les clous du pacte de stabilité et de croissance, qui plafonne à 3% du PIB le déficit public. Le projet de budget 2016 du gouvernement de Manuel Valls prévoit des baisses d'impôts - deux milliards d'euros pour l'impôt sur le revenu - et des abaissements de charges pour les entreprises, autant de mesures destinées à soutenir la demande et la compétitivité.Pourtant "la question des réformes structurelles en France dépasse de loin la question de soutenir la demande par des politiques budgétaires ou des politiques monétaires", a estimé M. Praet, dans un plaidoyer pour une action plus résolue sur les structures de l'économie française.Le ministre français des Finances Michel Sapin était en visite à Francfort lundi, où il a rencontré entre autres le président de la BCE Mario Draghi."La France a longtemps considéré que le rythme imposé de réduction des déficits posait problème pour permettre la reprise. Mais nous estimons actuellement que nous avons atteint un bon équilibre et sommes sur la bonne trajectoire de réduction des déficits", a-t-il déclaré avant cette entrevue.