C'est le pire mois de décembre que les marchés aient connu depuis 2008. Entre le 1er et le 25 du mois, l'indice S&P 500, qui regroupe les 500 principales entreprises américaines cotées en Bourse, a perdu environ 10% effaçant 2.000 milliards de capitalisation boursière. Certes, Wall Street s'est repris au lendemain de Noël, le Dow Jones regagnant 5% en un jour. Mais ce rebond n'a pas rasséréné les investisseurs, car il repose sur un élément ponctuel : les excellents chiffres des ventes de fin d'année dans la distribution, une information qui a donné un coup de fouet aux cadors du secteur, Amazon en tête, dont l'action a regagné 9% au cours de la seule séance du 26 décembre.
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C'est le pire mois de décembre que les marchés aient connu depuis 2008. Entre le 1er et le 25 du mois, l'indice S&P 500, qui regroupe les 500 principales entreprises américaines cotées en Bourse, a perdu environ 10% effaçant 2.000 milliards de capitalisation boursière. Certes, Wall Street s'est repris au lendemain de Noël, le Dow Jones regagnant 5% en un jour. Mais ce rebond n'a pas rasséréné les investisseurs, car il repose sur un élément ponctuel : les excellents chiffres des ventes de fin d'année dans la distribution, une information qui a donné un coup de fouet aux cadors du secteur, Amazon en tête, dont l'action a regagné 9% au cours de la seule séance du 26 décembre. Mais sur le fond, cette petite étincelle après Noël ne masque pas la nervosité de plus en plus palpable des opérateurs. Les éléments connus de ces dernières semaines n'incitaient déjà pas à l'optimisme : il y a l'intensification de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine, il y a la menace de plus en plus réelle d'un Brexit " dur " dont personne n'est à même de mesurer réellement les conséquences et il y a enfin le conflit politique entre la Maison Blanche et le Congrès qui paralyse l'appareil administratif des Etats-Unis, puisque tant qu'aucun accord n'est trouvé pour relever le seuil d'endettement du pays, les dépenses publiques sont gelées - ce que les Américains appellent le shutdown. A tous ces éléments s'est ajoutée une nouvelle couche de risques : les humeurs incontrôlables du président américain Donald Trump. Sa décision unilatérale de retirer les troupes américaines de Syrie a provoqué la démission du secrétaire d'Etat à la Défense John Mattis. Or, cet ancien général des Marines était, au sein du gouvernement américain, un des rares qui disposaient du caractère et de l'aura pour tenir tête à Donald Trump. Autre source d'instabilité : les relations compliquées entre le président et Jerome Powell, patron de la Réserve fédérale et personnalité tenante de l'indépendance de son institution par rapport au pouvoir politique. Lui aussi a été mis sur la sellette. La décision de la Fed de remonter son taux directeur voici quelques jours, malgré les objurgations de Donald Trump, a déclenché la fureur du président américain qui a lâché : " le seul problème de l'économie américaine, c'est la Fed ". On a même pensé que le président américain allait démissionner ce banquier central récalcitrant. La rumeur a été démentie ensuite par le conseiller économique de la Maison Blanche mais elle a provoqué une nouvelle crise d'angoisse sur les marchés. Une angoisse qui n'a pas été calmée par Steven Mnuchin, le secrétaire d'Etat au Trésor. Dans un communiqué désastreux, le ministre américain des Finances a dit, la veille de Noël, s'être entretenu avec les patrons des six principales banques américaines et il a souligné que ces " CEO ont confirmé qu'ils disposaient d'abondantes liquidités pour prêter aux consommateurs, aux entreprises et financer toute autre opération de marché ". La nouvelle a laissé les observateurs pantois : personne ne s'était imaginé que ces banques pourraient avoir un quelconque problème de liquidité ! Du coup, l'intervention de Steven Mnuchin a été perçue, au mieux comme une communication déplorable démontrant une nouvelle fois l'impréparation de l'administration Trump, au pire comme le signe que quelque chose de très grave avait été caché. Les marchés se trouvent donc aujourd'hui face à une situation inédite. Ils étaient habitués à anticiper les cycles économiques et à vivre avec l'éclatement, de temps à autre, de bulles spéculatives. Ils doivent désormais ajouter une cause d'incertitude majeure : les humeurs de Donald Trump et la capacité de nuisance d'un président américain devenu incontrôlable.