Le gouvernement n'a toujours pas donné son feu vert, qui était pourtant attendu en mars, à l'entrée en Bourse de Belfius. Dès lors, le CEO de la Banque, Marc Raisière, vient d'indiquer que l'opération ne pourrait plus se faire avant l'été.

Les équipes de Belfius travaillent cependant depuis longtemps sur l'opération (voir Trends-Tendances du 14 décembre 2017). Financièrement et techniquement, la banque est prête. Le prospectus, qui est le document de référence de l'opération, est au point. Mais sans le signal de départ du gouvernement, c'est au niveau de la chaîne logistique que cela ne va plus.

Belfius se trouve en effet désormais devant l'impossibilité matérielle d'organiser avant l'été les road shows qui doivent la faire connaître des investisseurs. La règle veut, en effet, qu'avant d'aller sur le marché, une entreprise aille tâter le terrain auprès de quelques grands investisseurs aux Etats-Unis, au Moyen-Orient, etc. En fonction de leurs réactions, l'entreprise peut encore modifier certains points de sa stratégie. Puis, après ces road shows préliminaires, viennent les grands road shows auprès des investisseurs et des particuliers. Tout cela réclame une lourde préparation. Il faut synchroniser les agendas, préparer les voyages, louer les salles, etc. Faire tout cela avant le mois de juin n'est plus possible.

Dossier Arco

La raison de la paralysie du gouvernement s'appelle Arco. Le CD&V lie la résolution de ce dossier à la mise en Bourse de Belfius. Pour les chrétiens démocrates flamands, c'est une question électorale majeure car ils ont promis aux 800.000 coopérateurs (essentiellement flamands) d'Arco, le groupe lié au mouvement ouvrier chrétien, qu'ils seraient indemnisés, au moins partiellement de la perte subie sur Dexia. Arco avait en effet mis le plus gros de ses billes dans le groupe bancaire et, quand il s'est effondré, quatre coopératives d'Arco, dont les plus importantes (Arcopar et Arcofin), ont été obligées de déposer le bilan. Les coopérateurs, qui avaient en moyenne investi chacun 2.000 euros, ont presque tout perdu, car la garantie que l'Etat leur avait donné en 2008 a volé en éclats. La justice l'estime illégale, et demande à Arco de rembourser 146 millions d'avantages indus.

La bonne nouvelle, néanmoins, est que la liquidation du groupe se passe mieux que prévu : les liquidateurs devraient avoir dégagé environ 800 millions, dont une bonne centaine seraient disponibles pour indemniser les coopérateurs. Les organisations proches du mouvement ouvrier chrétien pourraient également faire quelques gestes (des abandons de créances notamment) pour une autre centaine de millions. Et l'on attend de Belfius, l'ancienne Dexia Banque, qu'elle apporte aussi sa contribution.

Négociations tardives

Belfius, qui a vendu ces parts de coopérateurs, ne reconnaît avoir commis aucune faute (certains coopérateurs, regroupés autour de Deminor, estiment au contraire que la communication était trompeuse). La banque n'a d'ailleurs rien provisionné dans ses comptes. Mais comme elle a encore parmi ses clients 400.000 coopérateurs, elle pourrait faire un geste commercial et verser un dividende exceptionnel, de 400 millions par exemple, à l'Etat. En tout donc, on pourrait constituer un pot de 600 millions qui permettrait de rembourser les coopérateurs à hauteur de 40 % de leur mise.

Mais la Commission européenne, gardienne du temple des aides d'Etat, est très sourcilleuse. Pourquoi l'Etat devrait-il indemniser des actionnaires-coopérateurs d'Arco alors que les autres actionnaires de Dexia n'ont bénéficié d'aucune compensation ? Le gouvernement Michel, coincé d'un côté par son partenaire CD&V et de l'autre par l'Europe, a donc entamé les négociations avec la Commission. Un peu tard. Trop tard, en tout cas, pour célébrer la joyeuse entrée de Belfius en Bourse de Bruxelles en juin.