Une récession atypique

L'année 2020 restera dans toutes les mémoires comme l'année de l'énorme impact de la pandémie de Covid-19 sur le quotidien de chacun d'entre nous ainsi que - et surtout - sur l'activité économique mondiale, au point de nous avoir plongés brutalement dans l'une des plus grandes récessions économiques de ces dernières décennies. Selon la Commission européenne, la crise du coronavirus en 2020 devrait conduire à une baisse de 7,7 % du PIB belge. Le recul attendu de l'activité économique devrait ainsi être au moins deux fois plus important que lors de la crise financière de 2008.

La récession actuelle est toutefois totalement différente de celle de 2008. Les caractéristiques classiques qui précèdent une récession, notamment une surchauffe de l'économie avec, entre autres, une hausse des taux et de l'inflation, ont été en grande partie absentes cette fois-ci. Autrement dit, la crise du coronavirus n'est pas une récession cyclique typique. Le système économique a véritablement été totalement surpris par le virus.

Inutile donc d'essayer d'analyser la reprise économique en 2021 et l'évolution sur les marchés financiers à l'aune des manuels économiques classiques. Si nous nous sommes retrouvés plongés brutalement dans une récession mondiale en 2020, la reprise économique sera elle progressive et incertaine. Pour preuve, l'OCDE évalue la croissance du PIB mondial fin 2021 dans une fourchette très large avec des scénarios de croissance fluctuant entre -2,75% et +5%. Plusieurs facteurs peuvent néanmoins nous éclairer un tant soit peu.

La confiance des consommateurs et des entrepreneurs

Les marchés financiers fondent aujourd'hui leurs espoirs sur plusieurs éléments : l'arrivée du vaccin devrait relancer la consommation. La victoire de Joe Biden à la présidence des États-Unis a rempli les marchés d'espoir, tandis que les banques centrales devraient continuer à soutenir l'économie. Si le déploiement du vaccin dans les prochains mois est un succès, la confiance des consommateurs et des entrepreneurs, notamment dans le secteur très touché des services, devrait repartir à la hausse.

De là à crier victoire, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Les conséquences de la crise, à savoir l'impact sur l'emploi et une possible vague de faillites, ne se feront réellement sentir que dans les prochains mois. Ceci combiné à l'explosion des déficits budgétaires et du taux d'endettement des entreprises mettra au centre la question cruciale de la confiance économique. Reste à savoir si l'optimisme suscité par le vaccin persistera lorsque certaines conséquences économiques de la pandémie se feront ressentir.

La réaction des marchés (en terrain inconnu)

Une autre conséquence de la brutale crise du coronavirus : la situation sur les marchés financiers, elle, aussi très atypique pour une période de récession. D'abord parce que d'une manière générale, les marchés financiers ont vu leurs valorisations augmenter de manière plutôt étrange en 2020. Grâce aux énormes mesures de soutien des banques centrales et des gouvernements pour limiter l'impact de la crise sanitaire, les investisseurs ont en effet repris confiance assez rapidement après le premier pic de coronavirus. Ensuite de très nombreuses actions ont vu leur cours littéralement s'envoler en 2020. Nous les appellerons, par facilité, les "actions confinement" : des actions de croissance de sites de vente en ligne comme Amazon, de Big Tech (comme Google), de la technologie de communication, de hardware et de logiciels, mais aussi par exemple tout ce qui concerne la rénovation des maisons.

Comme la récession due au coronavirus n'est toutefois pas comparable à une récession cyclique normale, nous ne pouvons pas supposer que les actions cycliques seront les premières à profiter d'une phase de reprise au détriment de ces actions de croissance, grandes gagnantes de la crise en 2020.

Il s'agira donc, en 2021, de se montrer sélectif, avec un mélange d'actions de croissance ainsi que d'actions cycliques et d'actions de valeur, et d'identifier les entreprises aux perspectives de croissance aujourd'hui sous-évaluées par les marchés.

Quels sont donc les secteurs à privilégier en 2021 ? Les premiers secteurs qui viennent à l'esprit sont les secteurs bien placés pour tirer profit des objectifs stratégiques liés aux différents plans de relance économique, comme l'automatisation, l'e-commerce et la digitalisation (infrastructures de 5G, Internet of Things et cloud computing). La lutte contre le réchauffement climatique, avec ses investissements verts et les énergies renouvelables, elle aussi a incontestablement retrouvé son momentum avec la relance économique.

Nouvel équilibre des forces géopolitiques

L'impact de la présidence imminente de Joe Biden représente un troisième facteur essentiel sur la voie de la reprise économique. Biden devrait mettre un terme à la Twittermania et au "Chinabashing" de Donald Trump, ce qui devrait détendre les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis, même si les tensions entre les deux grandes puissances ne disparaîtront pas pour autant. Le déficit commercial entre les États-Unis et la Chine reste gigantesque (et continue à augmenter), et la lutte pour le leadership technologique est appelée à se poursuivre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Joe Biden a déjà laissé filtrer à plusieurs reprises qu'il resterait intransigeant avec la Chine.

Un autre élément important dans ce cadre est qu'avec sa gestion extrêmement rigoureuse de la pandémie de Covid-19, la Chine possède aujourd'hui une avance de quelque 3 trimestres sur les économies occidentales. La Chine est dès lors le seul pays au monde pour lequel le FMI prévoit une croissance économique fin 2020. Le pays est donc en position de force et pourrait bien être aussi "intransigeant" avec les États-Unis.

L'Union européenne pourrait jouer un rôle crucial dans ce cadre. La crise du coronavirus semble en effet avoir réveillé l'Europe qui ne veut plus assister avec résignation aux jeux géopolitiques entre la Chine, les États-Unis et la Russie d'une part, et la puissance de grands acteurs comme Google ou Huawei d'autre part. Le plan de relance européen peut donc être vu comme une première ébauche stratégique vers une plus grande indépendance et conscience de soi européennes.

L'évolution de ce terrain de jeu géopolitique et son impact sur la confiance économique et les marchés financiers seront donc déterminants pour la reprise économique de ces prochains mois.

Une récession atypique L'année 2020 restera dans toutes les mémoires comme l'année de l'énorme impact de la pandémie de Covid-19 sur le quotidien de chacun d'entre nous ainsi que - et surtout - sur l'activité économique mondiale, au point de nous avoir plongés brutalement dans l'une des plus grandes récessions économiques de ces dernières décennies. Selon la Commission européenne, la crise du coronavirus en 2020 devrait conduire à une baisse de 7,7 % du PIB belge. Le recul attendu de l'activité économique devrait ainsi être au moins deux fois plus important que lors de la crise financière de 2008. La récession actuelle est toutefois totalement différente de celle de 2008. Les caractéristiques classiques qui précèdent une récession, notamment une surchauffe de l'économie avec, entre autres, une hausse des taux et de l'inflation, ont été en grande partie absentes cette fois-ci. Autrement dit, la crise du coronavirus n'est pas une récession cyclique typique. Le système économique a véritablement été totalement surpris par le virus. Inutile donc d'essayer d'analyser la reprise économique en 2021 et l'évolution sur les marchés financiers à l'aune des manuels économiques classiques. Si nous nous sommes retrouvés plongés brutalement dans une récession mondiale en 2020, la reprise économique sera elle progressive et incertaine. Pour preuve, l'OCDE évalue la croissance du PIB mondial fin 2021 dans une fourchette très large avec des scénarios de croissance fluctuant entre -2,75% et +5%. Plusieurs facteurs peuvent néanmoins nous éclairer un tant soit peu. La confiance des consommateurs et des entrepreneurs Les marchés financiers fondent aujourd'hui leurs espoirs sur plusieurs éléments : l'arrivée du vaccin devrait relancer la consommation. La victoire de Joe Biden à la présidence des États-Unis a rempli les marchés d'espoir, tandis que les banques centrales devraient continuer à soutenir l'économie. Si le déploiement du vaccin dans les prochains mois est un succès, la confiance des consommateurs et des entrepreneurs, notamment dans le secteur très touché des services, devrait repartir à la hausse. De là à crier victoire, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Les conséquences de la crise, à savoir l'impact sur l'emploi et une possible vague de faillites, ne se feront réellement sentir que dans les prochains mois. Ceci combiné à l'explosion des déficits budgétaires et du taux d'endettement des entreprises mettra au centre la question cruciale de la confiance économique. Reste à savoir si l'optimisme suscité par le vaccin persistera lorsque certaines conséquences économiques de la pandémie se feront ressentir. La réaction des marchés (en terrain inconnu) Une autre conséquence de la brutale crise du coronavirus : la situation sur les marchés financiers, elle, aussi très atypique pour une période de récession. D'abord parce que d'une manière générale, les marchés financiers ont vu leurs valorisations augmenter de manière plutôt étrange en 2020. Grâce aux énormes mesures de soutien des banques centrales et des gouvernements pour limiter l'impact de la crise sanitaire, les investisseurs ont en effet repris confiance assez rapidement après le premier pic de coronavirus. Ensuite de très nombreuses actions ont vu leur cours littéralement s'envoler en 2020. Nous les appellerons, par facilité, les "actions confinement" : des actions de croissance de sites de vente en ligne comme Amazon, de Big Tech (comme Google), de la technologie de communication, de hardware et de logiciels, mais aussi par exemple tout ce qui concerne la rénovation des maisons. Comme la récession due au coronavirus n'est toutefois pas comparable à une récession cyclique normale, nous ne pouvons pas supposer que les actions cycliques seront les premières à profiter d'une phase de reprise au détriment de ces actions de croissance, grandes gagnantes de la crise en 2020. Il s'agira donc, en 2021, de se montrer sélectif, avec un mélange d'actions de croissance ainsi que d'actions cycliques et d'actions de valeur, et d'identifier les entreprises aux perspectives de croissance aujourd'hui sous-évaluées par les marchés. Quels sont donc les secteurs à privilégier en 2021 ? Les premiers secteurs qui viennent à l'esprit sont les secteurs bien placés pour tirer profit des objectifs stratégiques liés aux différents plans de relance économique, comme l'automatisation, l'e-commerce et la digitalisation (infrastructures de 5G, Internet of Things et cloud computing). La lutte contre le réchauffement climatique, avec ses investissements verts et les énergies renouvelables, elle aussi a incontestablement retrouvé son momentum avec la relance économique. Nouvel équilibre des forces géopolitiques L'impact de la présidence imminente de Joe Biden représente un troisième facteur essentiel sur la voie de la reprise économique. Biden devrait mettre un terme à la Twittermania et au "Chinabashing" de Donald Trump, ce qui devrait détendre les relations commerciales entre la Chine et les États-Unis, même si les tensions entre les deux grandes puissances ne disparaîtront pas pour autant. Le déficit commercial entre les États-Unis et la Chine reste gigantesque (et continue à augmenter), et la lutte pour le leadership technologique est appelée à se poursuivre. Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si Joe Biden a déjà laissé filtrer à plusieurs reprises qu'il resterait intransigeant avec la Chine.Un autre élément important dans ce cadre est qu'avec sa gestion extrêmement rigoureuse de la pandémie de Covid-19, la Chine possède aujourd'hui une avance de quelque 3 trimestres sur les économies occidentales. La Chine est dès lors le seul pays au monde pour lequel le FMI prévoit une croissance économique fin 2020. Le pays est donc en position de force et pourrait bien être aussi "intransigeant" avec les États-Unis. L'Union européenne pourrait jouer un rôle crucial dans ce cadre. La crise du coronavirus semble en effet avoir réveillé l'Europe qui ne veut plus assister avec résignation aux jeux géopolitiques entre la Chine, les États-Unis et la Russie d'une part, et la puissance de grands acteurs comme Google ou Huawei d'autre part. Le plan de relance européen peut donc être vu comme une première ébauche stratégique vers une plus grande indépendance et conscience de soi européennes. L'évolution de ce terrain de jeu géopolitique et son impact sur la confiance économique et les marchés financiers seront donc déterminants pour la reprise économique de ces prochains mois.