Perquisitions chez Deutsche Bank, rattrapée par les Panama Papers

29/11/18 à 10:45 - Mise à jour à 15:00

Source: Afp

La justice allemande a ordonné la perquisition jeudi de locaux de Deutsche Bank, dont le siège du groupe à Francfort, dans une enquête pour blanchiment d'argent déclenchée par les révélations des "Panama Papers".

Perquisitions chez Deutsche Bank, rattrapée par les Panama Papers

© Reuters

La première banque allemande, qui peine depuis des années à redresser ses recettes, est soupçonnée depuis le mois d'août "d'avoir aidé des clients à créer des sociétés dans des paradis fiscaux", a expliqué à la presse Nadja Niesen, porte-parole du parquet de Francfort.

Si les structures "offshore" ne sont pas par elles-mêmes illégales, elles permettent "de blanchir de l'argent issu d'infractions pénales", ce qui contraint les banques à "signaler" aux autorités tout soupçon à ce sujet, précise le parquet.

Or Deutsche Bank "n'a pas communiqué les soupçons de blanchiment à l'égard de sociétés offshore pratiquant la fraude fiscale", avant la révélation en avril 2016 du scandale des "Panama Papers", manquant ainsi à son obligation légale, estime la même source.

Selon les magistrats de Francfort, la banque disposait pourtant "d'éléments suffisants dès le début de ses relations" avec les clients basés dans des paradis fiscaux.

Sur la seule année 2016, rappelle Nadja Niesen, une succursale de Deutsche Bank basée aux Îles vierges britanniques a ainsi pris en charge "plus de 900 clients représentant un volume d'affaires de 311 millions d'euros".

'Agir sérieusement'

Comme le droit allemand ne permet pas de poursuivre une entreprise pour blanchiment, les investigations visent "deux salariés de Deutsche Bank âgés de 46 et 50 ans, ainsi qu'un certain nombre de responsables non identifiés de l'entreprise", d'après Mme Niesen.

Quelque 170 magistrats, policiers et agents des services fiscaux ont entamé jeudi aux aurores la fouille de cinq locaux de la banque à Francfort, Eschborn et Gross-Umstadt, ainsi que d'un "domicile privé", saisissant "de nombreux documents écrits et électroniques".

Le parquet n'a fait état d'aucune arrestation.

"Nous avons le sentiment d'avoir déjà fourni aux autorités toutes les informations utiles concernant les Panama Papers. Bien entendu, nous coopérerons étroitement avec le parquet", a de son côté promis Deutsche Bank.

Après la Société Générale, perquisitionnée en avril 2016, Deutsche Bank est la deuxième grande banque européenne rattrapée par les millions de documents confidentiels issus du cabinet d'avocats panaméen Mossack Fonseca, détaillant plus de 214.000 sociétés offshore ainsi que leurs actionnaires.

La razzia opérée jeudi "est une surprise, parce que c'est la première fois que les autorités allemandes semblent agir sérieusement contre une banque" sur ces soupçons, commente auprès de l'AFP Markus Meinzer, directeur de l'association Tax Justice Network.

Audit allemand

Or "il était temps", estime M. Meinzer, "parce que les Panama Papers ont amplement illustré la coopération" entre banques et cabinets d'avocats "pour monter des structures avec un seul but: aider les clients à masquer leur identité".

Pour Deutsche Bank, qui dégringole depuis dix ans dans la hiérarchie des banques mondiales, est visé par des milliers de procédures judiciaires et souffre en Bourse, cette enquête s'ajoute à une longue liste de difficultés.

"Chaque fois qu'on peut trébucher sur quelque chose, Deutsche Bank le fait", résume un avocat d'affaires francfortois sous couvert de l'anonymat.

Fin septembre, le gendarme allemand des marchés avait pris la décision inédite de déclencher un audit pour évaluer les progrès du groupe dans la lutte contre la criminalité financière (blanchiment, financement du terrorisme ou du crime organisé).

En janvier 2017, la première banque allemande avait écopé d'une amende de près de 630 millions de dollars dans le cadre d'une enquête des autorités américaine et britannique pour blanchiment d'argent en provenance de Russie.

La semaine dernière encore, Deutsche Bank a été éclaboussée par les investigations visant la banque danoise Danske Bank, dont la banque allemande a été la correspondante pendant huit ans.

En Bourse, le titre de l'établissement francfortois lâchait 2,11% à 8,41 euros jeudi vers 13H30 GMT, après avoir déjà perdu près de la moitié de sa valeur depuis le début de l'année.

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