Orange Bank. C'était le clou du dernier Show Hello, la grand-messe annuelle organisée par le groupe Orange. Cette année, l'événement avait lieu dans la salle Pleyel, à Paris. A l'occasion de ce grand spectacle à l'américaine mêlant sons et lumières, Stéphane Richard, le patron du géant français des télécoms (263 millions de clients, 155.000 salariés), a défini le contenu de son projet bancaire et annoncé la date de son lancement. Orange Bank, banque " 100 % mobile ", sera disponible dès la mi-mai pour les collaborateurs français d'Orange et dès le 6 juillet pour les habitants de l'Hexagone. Objectif : séduire 400.000 clients en 12 mois, et 2 millions d'ici 2024. L'adhésion à la banque pourra se faire via le Web, via une application mobile mais aussi par le biais de certaines boutiques Orange : sur les 850 boutiques que compte la France, 140 seront aussi des guichets bancaires.
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Orange Bank. C'était le clou du dernier Show Hello, la grand-messe annuelle organisée par le groupe Orange. Cette année, l'événement avait lieu dans la salle Pleyel, à Paris. A l'occasion de ce grand spectacle à l'américaine mêlant sons et lumières, Stéphane Richard, le patron du géant français des télécoms (263 millions de clients, 155.000 salariés), a défini le contenu de son projet bancaire et annoncé la date de son lancement. Orange Bank, banque " 100 % mobile ", sera disponible dès la mi-mai pour les collaborateurs français d'Orange et dès le 6 juillet pour les habitants de l'Hexagone. Objectif : séduire 400.000 clients en 12 mois, et 2 millions d'ici 2024. L'adhésion à la banque pourra se faire via le Web, via une application mobile mais aussi par le biais de certaines boutiques Orange : sur les 850 boutiques que compte la France, 140 seront aussi des guichets bancaires. La nouvelle n'était pas surprenante en soi : voici juste un an, Orange annonçait son entrée à hauteur de 65 % dans le capital de la filiale bancaire de l'assureur français Groupama. Et à peu près au même moment, la maison mère de Mobistar (pardon, désormais Orange) dévoilait une ambition forte dans le secteur financier dont les activités devraient venir gonfler le chiffre d'affaires du groupe de 400 millions d'euros à partir de l'an prochain. " Notre coeur de métier est de proposer de la connectivité, mobile ou fixe, expliquait, juste après son show, Stéphane Richard devant les caméras de confrères français. Dans cette activité, la croissance est difficile à trouver, car les usages explosent, mais les prix baissent. La concurrence, la régulation, la technologie créent un environnement déflationniste. Retrouver la croissance qui est nécessaire pour toutes les entreprises est donc quelque chose de difficile, ajoutait-il. Compte tenu des actifs qui sont les nôtres : les réseaux, le personnel, la proximité avec des millions de clients, si nous pouvons offrir de nouveaux services à notre clientèle, nous avions évidemment envie de le faire. " Envie, mais aussi besoin. En effet, comme l'explique Stéphane Richard, la croissance d'un groupe télécom ne peut plus simplement provenir du développement des anciennes activités voix et fournisseurs d'Internet. Entre 2010 et 2016, Orange a vu son chiffre d'affaires se réduire de 10 % environ. Le groupe français est loin d'être le seul. Proximus a subi exactement la même érosion. Confrontés à la " zombification " de leurs activités traditionnelles, la plupart des opérateurs télécoms ont donc mis en place une double stratégie. Ils ont d'abord essayé d'améliorer les services offres dans les anciens métiers : ils ont mis en place des offres triple puis quadruple play, proposé la fibre et pensent aujourd'hui à développer un réseau 5G, pour essayer d'enrayer, au moins partiellement, l'érosion du chiffre d'affaires et des marges. Ensuite, ils ont planché sur le développement de nouveaux métiers. Mais pourquoi se lancer dans la banque ? D'abord parce que de nombreux acteurs non bancaires estiment qu'il y a encore de la place, à côté des banques traditionnelles, pour offrir un service financier à leurs clients. Ces " néobanques " s'installent notamment en France, un marché particulièrement attrayant car les services offerts par les banques traditionnelles y sont relativement chers et la clientèle voit donc d'un oeil favorable l'arrivée de nouveaux venus arborant des tarifs agressifs. La concurrence vient notamment de start-up, telle Compte Nickel, une " banque sans banque ", distribuée via le réseau buraliste, qui a été la première à voir l'avantage que pouvait offrir le fait de proposer un compte qui ne permet pas d'être en découvert, une offre associée à un tarif compétitif et très facile d'accès (voir " Trends-Tendances " du 20 avril). Un modèle qui a déjà séduit 550.000 clients et qui est tellement intéressant qu'il vient d'être racheté par... BNP Paribas. Mais Compte Nickel n'est pas seul. La start-up allemande N26, qui mise aussi tout sur le mobile, est présente dans l'Hexagone depuis novembre dernier. Et des acteurs plus classiques entrent aussi dans le jeu : depuis quelques jours, le distributeur Carrefour offre dans ses magasins français un pack bancaire pour 5 euros. Dans ce paquet : un compte bancaire qui, pour un euro par mois offre une gamme standard de services de paiement, à savoir une carte de paiement MasterCard et un compte qui permet d'effectuer virements et prélèvements. Et ce, alors qu'une application mobile dédiée permet au client de suivre ses mouvements bancaires en temps réel et, si besoin est, de verrouiller sa carte (même temporairement). Et parmi ces acteurs qui veulent jouer dans la banque, il y a aussi les opérateurs télécoms. Car au final, qu'est-ce que la banque mobile, sinon un système de communication sécurisé en temps réel ? Or, c'est le type de nouveaux services vers lesquels tendent les opérateurs télécoms. Proximus vient par exemple d'annoncer l'acquisition de Telesign, une société californienne spécialisée dans la protection des données digitales. Avec Telesign, l'opérateur belge pourra proposer des plateformes de communication sécurisées. Cela pourrait-il amener Proximus à se lancer lui aussi dans la banque ? La réponse est non, en tout cas pour l'instant : " Proximus a une logique de partenariat avec les banques et nous n'avons pas l'intention de nous substituer à elles ", répond le porte-parole du groupe, Haroun Fenaux. Le flirt entre téléphonie et services financiers n'est d'ailleurs pas neuf. On se souvient qu'à la fin 2013, notre Proximus s'était associé aux quatre grandes banques du pays pour créer Belgian Mobile Wallet (devenu Sixdots), un portefeuille électronique accessible depuis son téléphonie mobile, un projet qui semble désormais mis en sommeil. Proximus est également l'actionnaire de PingPing, spécialiste des micropaiements (c'est elle qui permet de payer une cannette de soda dans un distributeur via votre carte, par exemple). Et depuis une petite dizaine d'années, Orange a en revanche mis en place un système de transfert d'argent en Afrique, appelé Orange Money, qui permet des dépôts, des transferts, des paiements de facture et connaît un fort développement. " Orange Money a franchi au cours des trois premiers mois de cette année le cap des 30 millions de clients, en croissance de +74 % sur un an ", s'est d'ailleurs réjoui le groupe Orange voici quelques jours. Mais avec Orange Bank, le groupe français franchit une nouvelle étape et entre de plain-pied dans le monde bancaire. " Innover revient parfois à envisager un secteur autrement, indique le PDG d'Orange qui explique en quoi sa banque se veut originale. Chez Orange, nous avions la conviction qu'il manquait une banque à la banque. Maintenant, avec son mobile, on envoie des mots, des photos, des vidéos... et des euros. Quand on oublie son mobile, on paie avec sa carte et quand on oublie sa carte, on paie avec son mobile. Quand on perd sa carte, on la bloque et quand on retrouve sa carte, on la débloque. Vous aurez accès à un conseiller virtuel 24 heures sur 24 et sept jours sur sept. Orange Bank est la première banque apprenante. " Le conseiller virtuel auquel Stéphane Richard fait référence s'appelle Watson. Ce programme développé par IBM est sans doute ce qui se fait de mieux dans l'intelligence artificielle : il comprend le langage naturel, interagit, apprend en continu.... Watson a par exemple participé en 2011 au jeu télévisé américain Jeopardy ! , au cours duquel les candidats doivent, à partir d'une réponse, trouver la question correspondante. Il a gagné haut la main. Depuis, Watson a des activités plus sérieuses : il aide Citigroup dans l'analyse des marchés financiers en décortiquant les nouvelles envoyées par les agences financières. Il a été installé dans le service d'oncologie d'un hôpital pour diagnostiquer et proposer des traitements pour toutes les formes de cancer. Watson sera donc le conseiller principal et accessible 24 heures sur 24 des clients de la banque d'Orange. Il sera de plus en plus intelligent au fur et à mesure des interactions, répondra en direct au message écrit et prendra l'engagement que le client soit rappelé dans les 5 minutes par un conseiller humain si le client le désire, explique encore le patron d'Orange. Première banque apprenante, Orange Bank sera aussi une banque 100 % mobile (une application dédiée permettra de consulter son compte, d'effectuer des opérations, de payer par SMS, etc.). Ce devrait être une véritable banque, axée d'abord sur les solutions de paiement, mais qui va offrir davantage de produits d'épargne, de crédits ou d'assurance au fil du temps. Et côté tarification, la banque sera ... gratuite, à condition d'effectuer trois opérations (paiement ou retrait) par mois, sinon, le client sera ponctionné de 5 euros mensuels. Ces services bancaires ne devraient pas être réservés aux seuls clients français d'Orange. Via sa filiale Groupama banque, Orange dispose en effet d'un agrément bancaire valable pour toute l'Europe. Et une implantation en Belgique est dans le plan de marche. " Nous y travaillons ", dit-on au siège du groupe. Ce que l'on confirme à Bruxelles : " Le groupe a annoncé que la Belgique et l'Espagne sont les prochains pays où l'offre devrait être déployée, précise Jean-Pascal Bouillon, le porte-parole d'Orange Belgium. Toutefois, nous avons communiqué que, si le projet est mis en place, l'offre ne sera pas disponible en 2017 et probablement pas en 2018 non plus. Le produit devrait par ailleurs faire l'objet d'adaptation pour le marché belge. A ce stade, nous suivons de près le lancement en France ". Mais d'autres " néobanques " pourraient venir s'installer aussi chez nous. Pas celle de Carrefour : " le groupe n'a pas l'intention de commercialiser notre offre C-Zam en Belgique ", indique Baptiste van Outryve, le porte-parole de Carrefour Belgique. Carrefour offre certes des services financiers, mais " un cran en dessous de celui d'une banque ", poursuit le porte-parole, qui rappelle que Carrefour Belgique distribue une carte Visa et une carte de débit prépayée (la carte Flex). En revanche, Compte Nickel, désormais intégré au groupe BNP Paribas, pourrait venir chatouiller Orange Bank chez nous. Un déploiement international devrait être enclenché l'an prochain, et notre pays, que BNP connaît bien et où réside d'ailleurs un des fondateurs de Compte Nickel, pourrait se trouver naturellement dans ce plan de campagne. Nous devrions donc percevoir, dans un an ou deux, les répliques de ces secousses qui ébranlent aujourd'hui le marché bancaire français.