Mais le CEO d'ING vient de nous rappeler que même cette "offre" minimale de 0,11% n'intéresse plus les banques belges. Et ne vous y trompez pas, il a beau avoir pris la parole au nom de sa banque, son discours est partagé par les autres banquiers de la place de Bruxelles. Erik Van Den Eynden, le CEO d'ING Belgique, a en effet indiqué que le taux minimum légal de 0,11% applicable aux comptes d'épargne n'est plus tenable aujourd'hui. Il estime qu'il est "temps de parler de taux nuls". Je traduis : notre argent n'intéresse plus les banquiers. Ils ne veulent plus de nos dépôts.

Et même si vous les laissiez dormir à 0%, ils n'en voudraient pas trop. La raison ? Les banquiers de la zone euro replacent nos dépôts en bonne partie à des taux négatifs. Bref, ils perdraient de l'argent avec nos dépôts.

D'ailleurs, d'autres banques sont plus radicales. Mes collègues du Financial Times ont expliqué qu'UBS, le géant de la gestion de fortune, s'apprête à appliquer une pénalité de 0,75% sur les dépôts excédants les 2 millions de francs suisses ! En d'autres mots, la banque UBS répercute, sur ses clients, la taxe de 0,75% sur les dépôts qu'inflige la banque nationale suisse aux banques du pays. La logique est exactement la même qu'en zone euro puisque la BCE (banque centrale européenne) applique un taux négatif de 0,40% sur les excédents de liquidités que les banques belges (et autres) laissent dormir dans les coffres de la BCE.

En Belgique, le seul lot de consolation que peuvent avoir les épargnants, c'est que le politique ne laissera jamais tomber le seuil minimal légal des 0,11%. Motif ? Ce serait du suicide politique et la montée encore plus forte du Belang et du PTB. Mais la sortie d'Erik Van Den Eynden, le patron d'ING Belgique a le mérite de rappeler que nous vivons hélas dans un monde de taux négatifs. C'est une hérésie économique car ce monde signifie que le futur vaut moins que le présent. Et continuer à abaisser les taux d'intérêt comme le font les banquiers centraux en ce moment revient "à dénier à demain la possibilité de valoir plus qu'aujourd'hui" comme l'écrivait joliment l'économiste Jean-Christophe Berlot.

Bref, les taux négatifs sont une insulte à l'avenir et la preuve que nous sommes entrés dans un monde "où tout retour en arrière est interdit".

Patrick Artus, l'économiste vedette de la banque Natixis l'expliquait dans l'une de ses notes économiques récentes. En résumé : 1. l'austérité salariale va rester la norme. La raison ? Si elle n'avait plus lieu, elle conduirait à l'inflation et donc à la hausse des taux d'intérêt et donc à une crise de la dette publique. 2. Les taux resteront aussi très bas, car les relever c'est provoquer une crise boursière de grande ampleur dont personne ne veut. 3. L'endettement public ne faiblira pas car sa réduction par l'inflation n'est plus possible (voir notamment point 1) et pour y arriver, il faudrait appliquer une politique budgétaire restrictive dont les gouvernements ne veulent pas (gilets jaunes).

Conclusion : la Belgique et les autres pays de l'OCDE vont devoir vivre - en permanence - avec des salaires faibles, des taux d'intérêts bas et des dettes publiques élevées. En quelque sorte, comme le notait avec humour Nicolas Perrin, en matière de taux d'intérêt bas ou négatifs, nous sommes exactement dans la même situation qu'entretient "Michel Drucker avec la télévision : seule une crise mortelle les séparera".