Un groupe composé de "super riches", principalement américains, déclare vouloir contribuer à la relance économique causée par la crise générée par la pandémie de covid-19. Dans une lettre ouverte, 83 millionnaires demandent ce lundi 13 juillet à taxer davantage les plus riches de la planète "immédiatement" et "de manière permanente".
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Un groupe composé de "super riches", principalement américains, déclare vouloir contribuer à la relance économique causée par la crise générée par la pandémie de covid-19. Dans une lettre ouverte, 83 millionnaires demandent ce lundi 13 juillet à taxer davantage les plus riches de la planète "immédiatement" et "de manière permanente". Parmi les signataires, on trouve certains noms connus comme Jerry Greenfield, le cofondateur des glaces Ben & Jerry's, le réalisateur britannique Richard Curtis ou encore l'héritière Abigail Disney, réalisatrice de documentaires et petite-fille du cofondateur des studios Disney. Plusieurs d'entre eux étaient déjà réunis dans l'initiative américaine des "millionnaires patriotiques", née en 2010, et qui milite pour une taxation progressive selon les revenus et sans plafond, et un salaire minimum qui permette de vivre décemment, rapporte le journal La Croix. "Nous ne sommes pas ceux qui soignent les malades dans les unités de soins intensifs. Nous ne conduisons pas les ambulances qui amènent les malades à l'hôpital. Nous ne sommes pas ceux qui regarnissent les rayons des épiceries ou qui délivrent de la nourriture de porte à porte", écrit ce groupe qui se baptise "Millionaires for Humanity", sur un site internet éponyme. "Mais nous avons de l'argent, beaucoup. On a absolument besoin d'argent maintenant et on continuera à en avoir besoin dans les années à venir" pour se remettre de la crise, dont l'impact "durera des dizaines d'années" et pourrait "pousser un demi-milliard de personnes dans la pauvreté". Les dons et la générosité de riches bienfaiteurs ne peuvent toutefois pas se substituer à l'action des États pour répartir équitablement les fonds, estiment-ils. Pour gérer l'urgence et financer au mieux les écoles, les systèmes de santé et les circuits alimentaires, le rôle des gouvernements s'avère essentiel. Quand on parle de philanthropie, Bill Gates est le premier nom qui vient à l'esprit. Le patron de Microsoft a décidé il y a déjà plusieurs années d'abandonner ses affaires pour se consacrer pleinement à sa fondation, la plus riche du monde, dotée de 43 milliards de dollars. L'homme ne cesse d'encourager ses amis milliardaires, comme Warren Buffett, d'en faire de même. Parmi les bonnes oeuvres aidées par ce genre de fondations, on peut trouver des programmes liés à la santé, à l'aide aux pays en voie de développement, à des programmes éducatifs, au rayonnement de la culture,... Dans sa foulée, de grandes pontes des nouvelles technologies sont entrées dans la surenchère des donations, chez Google, eBay,... Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, a décidé en 2015 de léguer une partie de sa fortune à sa nouvelle fondation parce qu'il veut voir grandir sa fille "dans un monde meilleur". Il y a un an, un petit groupe de milliardaires américains comprenant l'homme d'affaires George Soros, le co-fondateur de Facebook Chris Hughes et des héritiers des empires Hyatt et Disney entre autres, avaient également publié une lettre pour soutenir l'idée d'un impôt sur la fortune. Mais, ces super riches font-ils vraiment preuve d'une vraie générosité en appelant à plus de taxation sur leur fortune colossale ou leur manoeuvre est-elle plutôt opportuniste ? La réponse est en double teinte. Les intentions des milliardaires sont certes utiles et louables. Ils ont à coeur de mener des projets de grande ampleur pour de bonnes causes. Le budget de la fondation Gates, par exemple, est estimé à cinq fois celui de l'Unesco (l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture). En une quinzaine d'années, la fondation Gates est devenue un partenaire incontournable de nombreuses ONG, mais aussi de l'OMS (Organisation mondiale de la santé). Les résultats de ces dons sont donc réels. D'un autre côté, le donateur et ses fondations jouissent aussi automatiquement d'une meilleure image, de personne riche, mais généreuse, tout à leur avantage, et à celle de leur entreprise qu'il représente.L'autre réalité un peu moins reluisante pour les donateurs, c'est qu'aux Etats-Unis, où la culture du mécénat est très forte, les dons octroyés aux fondations ouvrent des droits à de très alléchants avantages fiscaux. Outre-Atlantique, plus on est riche, plus la réduction fiscale est importante. Souvent, les "généreux donateurs" font le choix de ne pas créer leur fondation, mais de donner de l'argent à une association existante. L'argent légué n'est alors pas immédiatement reversé, mais placé en bourse en attendant d'être un jour alloué. En attendant, le donateur profite de sa déduction fiscale.En Belgique, faire un don à une oeuvre en tant que particulier est aussi fiscalement intéressant, mais pas autant qu'aux Etats-Unis. Le donateur, en tant que particulier, bénéficie d'une réduction d'impôt de 45% du montant versé, moyennant le respect de certaines conditions. Ce don ne peut ainsi pas excéder 10% de l'ensemble des revenus nets ou 392.200 euros (pour l'exercice d'imposition 2020-revenus 2019). Pour être déductible, le montant des dons effectués par le biais d'une société doit lui aussi atteindre au moins quarante euros par organisation agréée par an. Le montant fiscalement déductible est limité à 5 % du bénéfice, avec un plafond de 500.000 euros.En France, le retour de l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) est revenu dans l'actualité suite à la crise du coronavirus. L'impact de la pandémie sur les comptes publics a relancé la question d'un prélèvement exceptionnel sur le patrimoine des plus aisés. La France n'est pas le seul pays qui réfléchit à une taxation accrue des personnes les plus fortunées. Le recours à un éventuel impôt exceptionnel - une "taxe Covid" - sur les plus gros patrimoines fait son petit bout de chemin ailleurs en Europe. En Allemagne ou en Italie, une partie des formations de gauche qui participent aux coalitions au pouvoir défendent également une telle stratégie. Hors Europe, le premier pays à franchir le pas pourrait être l'Argentine, où le groupe majoritaire au Parlement propose de voter une taxation sur le patrimoine de 1,5 % sur les 50 plus grosses fortunes du pays.L'ONG Taxcoop, basée au Canada, promeut, elle, l'idée d'une taxe internationale, au taux de 1 % sur tous les milliardaires. Elle pourrait rapporter environ 80 milliards d'euros par an. Mais la faisabilité d'une telle taxation coordonnée par l'ensemble des pays semble peu réaliste.Le bon niveau d'action devrait être l'Europe, estimaient en avril dernier Camille Landais professeur à la London School of Economics, et ses deux collègues de l'université américaine de Berkeley, Emmanuel Saez et Gabriel Zucman dans le journal La Croix. Puisque la crise menace les États européens aux finances les plus fragiles, notamment l'Italie, ces économistes suggèrent une réponse coordonnée au niveau de l'Union par la taxation des plus gros patrimoines. La "taxe Covid sur la richesse" qu'ils proposent toucherait les 1 % des contribuables européens les plus aisés, ceux disposant d'un patrimoine net de plus de 2 millions d'euros. Le taux serait progressif : 1 % au départ, puis 2 % au-dessus de 8 millions d'euros et 3 % au-delà de 1 milliard d'euros. Une tranche où ne figurent qu'environ 330 milliardaires européens." Une telle taxe permettrait de lever chaque année un montant équivalent à 1,05 % du PIB de l'Union, ce qui permettrait d'éponger en une dizaine d'années les dettes supplémentaires liées au coronavirus ", plaide Camille Landais dans le quotidien suisse. Au-delà de son rendement, cet impôt aurait aussi le mérite d'envoyer un signal politique, insiste l'économiste : " Les plus touchés par le confinement sont les plus vulnérables, quand les plus aisés peuvent facilement amortir le choc. Cet ISF européen serait une preuve concrète de ce que l'Europe protège tout le monde."La possibilité de créer une telle taxe européenne paraît toutefois compromise. En effet, souligne Xenia Legendre, avocate en droit fiscal citée par La Croix, "il n'existe aucune base juridique pour instaurer un impôt européen. Pour cela, il faudrait d'abord changer les traités, ce qui suppose l'unanimité des pays membres ".