La crise est bel et bien finie. Pour nos grandes banques en tout cas. Les résultats du premier semestre que viennent de publier KBC, BNP Paribas Fortis, Belfius et ING Belux sont en effet de fort belle facture. Les quatre ténors ont réalisé ensemble au terme des six premiers mois de l'année un bénéfice avant impôt d'environ 4,5 milliards d'euros, contre 3,6 milliards environ un an auparavant. Soit une spectaculaire progression de 25 % sur 12 mois.
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La crise est bel et bien finie. Pour nos grandes banques en tout cas. Les résultats du premier semestre que viennent de publier KBC, BNP Paribas Fortis, Belfius et ING Belux sont en effet de fort belle facture. Les quatre ténors ont réalisé ensemble au terme des six premiers mois de l'année un bénéfice avant impôt d'environ 4,5 milliards d'euros, contre 3,6 milliards environ un an auparavant. Soit une spectaculaire progression de 25 % sur 12 mois. Le plus significatif est que nos banques retrouvent désormais des taux de profit et de rendement sur fond propres de même hauteur que ceux qui prévalaient avant la crise. Certes, il est souvent difficile de comparer puisque, bien souvent, en 10 ans et après les sauvetages qui ont dû être opérés par l'Etat, les banques ont changé : des activités ont disparu, surtout à l'international, d'autres ont été cédées ou ont été localisées ailleurs, comme la salle de marchés de Fortis qui a disparu au profit de celle de BNP à Paris, par exemple. Néanmoins, les chiffres sont parlants comme le montre le tableau intitulé " Chiffres clés des grandes banques belges " : KBC affiche à l'issue de ces six premiers mois un résultat brut de 1,9 milliard d'euros (1,49 milliard après impôt) avec des actifs totalisant un peu moins de 300 milliards d'euros. Voici 10 ans, à l'issue du premier semestre 2007, la banque enregistrait un bénéfice avant impôt de 2,2 milliard mais sur un total d'actifs de 344 milliards. Le rendement sur capitaux propres de la banque flamande atteint désormais les... 20 %. Sourire jusqu'aux oreilles aussi chez Belfius, qui affiche un bénéfice brut de 445 millions (361 millions net), en hausse de 27 %. Le président du conseil d'administration, Jos Clijsters, est comblé : " Tous nos objectifs ont été atteints trois ans plus tôt que prévu. " Là aussi, le rendement des capitaux investis est très joli : plus de 15 %. Même son de cloche auprès de la filiale belge de BNP Paribas, BNP Paribas Fortis, dont le patron, Max Jadot, se réjouit des résultats " solides ". La hausse est surtout significative avant impôt, avec un bénéfice brut de 1,7 milliard, en hausse de 39 %. Après impôt, la hausse est plus modeste (+3%). A 462 millions d'euros (300 millions nets), le résultat brut d'ING Belux est en baisse de 21 % mais l'ancienne BBL est un cas un peu à part. Le premier semestre 2016 avait en effet été marqué par 145 millions de recettes exceptionnelles (la cession de la participation de la banque dans Visa entre autres). Et puis, la banque a lancé un vaste plan de restructuration qui va s'étaler jusqu'en 2021 et a nécessité une provision de 615 millions qui a été passée fin de l'an dernier. La conséquence de tout ceci est d'abord que le fisc se frotte les mains : le secteur paie de plus en plus de taxes. Nos quatre grandes banques ont déboursé plus d'un milliard d'euros en impôt des sociétés au premier semestre et cela sans compter les taxes bancaires (pour financer le fonds de garantie, taxe sur les dépôts, etc.) qui devraient s'élever à 1,5 milliard environ cette année. Mais les investisseurs aussi ont conscience que les banques recommencent à être des machines très profitables : ING, BNP Paribas et KBC ont réalisé ces 12 derniers mois des étincelles en Bourse : l'action de la première a grimpé de 29 %, celle de la deuxième de 33 % et celle de KBC de 25 %... (voir graphique " Cours de Bourse " plus bas). Le contexte redevient donc excellent pour introduire une banque en Bourse. Belfius par exemple, a confirmé qu'elle pourrait faire son entrée en Bourse au printemps de l'an prochain. Ces annonces sont paradoxales car les effets de la tempête de 2007 (crise des subprimes), puis de 2012 (crise de l'euro) ne se sont pas encore estompés partout, loin de là. Les consultants de Bain viennent ainsi de rendre public pour la première fois leur rapport annuel sur la santé financière des 110 premières institutions bancaires d'Europe. Et il montre que l'écart se creuse entre les bons et les mauvais élèves de la classe. Ainsi, le nombre de banques en danger est passé de 23 en 2015 à 31 en 2016. On rejoint à peu de chose près les statistiques de l'année 2013 où 35 établissements étaient considérés comme très faibles. A l'inverse, le nombre de banques qui affichent une bonne profitabilité passe de 38 à 41. La ligne de démarcation entre les très bonnes et très mauvaises banques est souvent géographique : la plupart des banques fragiles se trouvent en Italie, en Espagne, en Grèce et au Portugal. Avec une exception : l'Allemagne, qui abrite aussi six établissements peu solides. La cause générale de cette fragilité ? Les prêts " non performants ", autrement dit les mauvais crédits, souvent immobiliers, que les clients ne peuvent rembourser et qui occasionnent donc des pertes très importantes. Heureusement pour nous, les cadors du secteur financier européen se situent plutôt dans nos régions. C'est d'ailleurs ce que vient souligner un autre grand consultant, le Boston Consulting Group qui réalise chaque année une étude sur les sociétés championnes de la création de valeur. Autrement dit, celles qui ont apporté les meilleurs retours à leurs actionnaires sur cinq ans. Et bingo, deux groupes belges ont été épinglés : KBC est numéro un dans le secteur bancaire avec un return de 45 % et Ageas est médaille de bronze dans l'assurance avec 31 %. Mais comment font nos banques pour gagner autant d'argent alors que les épargnants peinent à avoir plus de 0,1 % sur leur livret d'épargne ? Plusieurs éléments soutiennent leurs résultats. Le premier, c'est la bonne marche de l'économie de nos pays : la croissance est repartie. Certes timidement, mais elle est repartie. Conséquence : les clients des banques, les ménages et les entreprises, éprouvent moins de difficultés financières. Il y a donc moins d'accidents sur les prêts octroyés. Le " coût du risque ", comme disent les banquiers, a diminué. " Comme l'économie va mieux, les prix immobiliers se redressent et KBC a pu reprendre des provisions sur l'Irlande, par exemple, souligne Bart Jooris, analyste auprès de Degroof Petercam. Ces baisses des provisions ont une grande importance dans les résultats. " En effet : KBC a ainsi repris 64 millions de provisions au premier semestre, alors qu'un an auparavant, la banque avait dû augmenter ses provisions de 99 millions. Sur un an, la différence de coût du risque est donc de plus de 160 millions. Et cette diminution du coût du risque n'est pas propre à KBC. Un autre élément a joué, explique la Banque nationale dans son dernier rapport sur la stabilité financière publié en juin : c'est la baisse des taux. Cela peut paraître contradictoire, mais la baisse des taux de ces dernières années a aidé les banques, du moins jusqu'à présent, à améliorer leurs marges bénéficiaires ou à les maintenir à un niveau très correct. Une grande partie de la profitabilité des banques repose en effet sur ce qu'on appelle la marge d'intermédiation : c'est, en gros, l'écart entre le taux que les banques doivent consentir pour se financer (via les dépôts de leurs clients, dans le marché financier ou auprès de la banque centrale) et les taux qu'elles demandent aux clients à qui elles prêtent de l'argent. Or, lorsque les taux d'intérêt baissent, l'impact n'est pas nécessairement négatif : les banques profitent immédiatement de la baisse pour se financer à moindre coût, alors que le rendement de leurs actifs (les obligations en portefeuille, les crédits octroyés aux clients, etc...) s'adaptent plus lentement. Pendant un moment donc, les marges des banques sont plus importantes et le phénomène a été général. Comme le montre le graphique " Des marges toujours préservées ", dans la zone euro, en moyenne, l'écart entre les taux des dépôts des ménages et ceux des taux des crédits immobiliers est plus important en 2017 qu'en 2007 ! Tout ceci " est également vrai pour les banques belges, poursuit la Banque nationale. Des banques qui, en raison de leur structure de financement basée sur les comptes d'épargne, ont été capables de s'ajuster immédiatement aux conditions de marché et d'augmenter leur profitabilité ". Nos banques ont également bénéficié des indemnités de remploi. Ces pénalités exceptionnelles payées par le client lorsqu'il clôture anticipativement son prêt hypothécaire ont augmenté substantiellement suite à la vague de refinancements suscitée par les taux peu élevés. Ces effets positifs commencent toutefois à s'estomper. Les banques " explorent donc diverses pistes pour préserver leur profitabilité ", ajoute la BNB. Elles sabrent dans les coûts et réduisent leur personnel, elles cherchent à vendre davantage de produits d'investissement (assurances, fonds, etc.) qui leur procurent des commissions, elles augmentent leurs tarifs. Et " elles peuvent aussi s'engager dans une course intensive au rendement en prenant par exemple davantage de risques ", note encore la Banque nationale. Aïe. Serait-on reparti pour de nouveaux excès ? Non. Rien d'excessif pour l'instant, rassure la Banque nationale. Mais elle ouvre l'oeil.