C'est en ces termes que le Tax Justice Network définit le classement qu'il vient de publier ; il détermine le poids de chaque pays - ou juridiction - dans la finance occulte mondiale. Ce classement a pour particularité de prendre en compte à la fois l'opacité financière d'une juridiction et son poids dans l'activité financière internationale. C'est ce qui vaut aux Etats-Unis de figurer en deuxième place, juste derrière la Suisse. Entre autres surprises...

Vanuatu, champion du secret

Composée d'économistes issus de plusieurs pays, l'équipe du Tax Justice Network a bénéficié d'un soutien de l'Union européenne. But : l'aider à dénoncer les conséquences de la finance occulte.

Les flux financiers internationaux illicites, qui représentent 1.000 à 1.600 milliards de dollars par an suivant une étude de la Banque mondiale, sont un réel facteur d'appauvrissement dans certaines parties du monde. Ainsi l'Afrique aurait-elle subi une évasion de capitaux de l'ordre de 1.000 milliards depuis les années 1970, soit cinq fois sa dette. Le continent est dès lors un gros créancier du reste du monde et non un débiteur... mais la créance est aux mains d'une élite corrompue, tandis que la dette pèse sur les épaules de la population.

Le FSI a calculé une première donnée : l'opacité financière. Champion en la matière : les îles Vanuatu, avec un ratio de 89. Cet Etat est toutefois insignifiant au niveau des transactions internationales. Même chose pour Antigua, avec 87. Il en va tout autrement de Dubaï (Emirats arabes unis), qui affiche 84, comme les Bahamas, le Paraguay et le sultanat de Brunei. La Suisse et Taïwan sont également très " bien " classés, avec un score de 76.

La Belgique très vertueuse !

Et les Etats vertueux ? La Belgique (44), qui a beaucoup amélioré sa transparence, pourrait prétendre au titre de champion, s'il n'y avait la Slovénie et... la Grande-Bretagne, qui affichent 42. Londres, vraiment ? Oui, mais si l'on devait considérer globalement le Royaume-Uni et toutes les juridictions qui lui sont rattachées, le pays arriverait en tête du classement des " juridictions secrètes ", précisent les auteurs.

Ce classement total prend en compte une seconde donnée : le poids de chaque juridiction dans les transactions financières internationales. Pesant lourd dans chaque cas, la Suisse se retrouve logiquement en tête (lire le tableau ci-joint). Et les Etats-Unis sont seconds, en dépit d'une opacité assez peu élevée (60). Le pays n'est pas seul dans cette situation : il en va de même de l'Allemagne (59) et du Luxembourg (58), ce dernier étant jugé beaucoup moins opaque qu'on le prétend volontiers. Moins que les Pays-Bas par exemple, avec un score de 66 !