Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur la planète finance, dont une remarquable enquête en 2011 sur Goldman Sachs (La Banque. Comment Goldman Sachs dirige le monde), qui fit l'objet d'une adaptation à l'écran pour Arte, Marc Roche est de retour en librairie. Avec Histoire secrète d'un krach qui dure (chez Albin Michel), notre compatriote, ancien correspondant du Monde à Londres, retrace cette fois-ci avec minutie ce qui s'est passé pendant les quelques mois qui, d'août 2007 à novembre 2008, ont bouleversé le monde économique, financier et politique. Très bien documenté, l'ouvrage lève un coin du voile sur toute une série de petits secrets liés à la crise bancaire de 2007-2008. De Paris à New York, en passant par Londres et Bruxelles, il nous emmène dans le quotidien des protagonistes du tourbillon. Nous avons rencontré Marc Roche, de passage en Belgique pour une tournée promo, histoire d'en savoir encore un peu plus sur quelques-unes de ces indiscrétions.
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Déjà auteur de plusieurs ouvrages sur la planète finance, dont une remarquable enquête en 2011 sur Goldman Sachs (La Banque. Comment Goldman Sachs dirige le monde), qui fit l'objet d'une adaptation à l'écran pour Arte, Marc Roche est de retour en librairie. Avec Histoire secrète d'un krach qui dure (chez Albin Michel), notre compatriote, ancien correspondant du Monde à Londres, retrace cette fois-ci avec minutie ce qui s'est passé pendant les quelques mois qui, d'août 2007 à novembre 2008, ont bouleversé le monde économique, financier et politique. Très bien documenté, l'ouvrage lève un coin du voile sur toute une série de petits secrets liés à la crise bancaire de 2007-2008. De Paris à New York, en passant par Londres et Bruxelles, il nous emmène dans le quotidien des protagonistes du tourbillon. Nous avons rencontré Marc Roche, de passage en Belgique pour une tournée promo, histoire d'en savoir encore un peu plus sur quelques-unes de ces indiscrétions. Si les initiés le savent, le grand public ignore que la crise financière n'a pas commencé le 15 septembre 2008 avec la chute de Lehman Brothers, mais un an plus tôt. C'était le 9 août 2007. Un communiqué officiel de BNP Paribas annonce la fermeture de trois de ses sicav monétaires dites " dynamiques ". " Cet épisode a été totalement occulté par le narratif de la crise, nous dit Marc Roche. Tous les livres, tous les films, la plupart des articles de journaux et les travaux des économistes sur la crise sont américains. La version européenne n'intervient que plus tard, lors de la crise des dettes souveraines. La débâcle financière a pourtant été déclenchée en Europe par la fermeture de ces fonds. BNP a commis l'irréparable sans s'en rendre compte. Normalement, une sicav est un placement parfaitement liquide, avec généralement un rendement bas mais sûr. Mais BNP a changé les règles du jeu en bloquant des sicavs qu'elle avait épicées de subprimes pour augmenter le rendement, sans que les acheteurs en soient conscients. Investisseurs institutionnels et petits porteurs ont été floués. La grande erreur de BNP Paribas a été ensuite de prononcer le mot liquidité dans son communiqué. Cela a jeté la suspicion non seulement sur l'état réel de la deuxième banque de la zone euro mais aussi sur l'ensemble des banques européennes. Tout le marché interbancaire s'est bloqué. " Si bien que le jour même de l'annonce de BNP Paribas, la BCE se voit obligée d'injecter 95 milliards d'euros - trois fois le PIB du Luxembourg - dans l'économie européenne pour éviter l'effondrement. Déclenchée par BNP Paribas, la crise atteindra finalement son paroxysme avec la chute de Lehman Brothers à l'automne 2008. Ce qu'on sait tout aussi peu, c'est que Lehman Brothers entretenait de très mauvaises relations avec sa concurrente directe Goldman Sachs. Jusqu'à se demander si l'ancien secrétaire d'Etat américain au Trésor Hank Paulson (un ancien de Goldman Sachs) n'a pas profité des événements pour assassiner sa rivale de toujours ? " Il faut savoir en effet, explique Marc Roche, que Goldman Sachs et Lehman Brothers sont deux banques qui ont le même background. Elles ont toutes les deux été créées au 19e siècle par des immigrants juifs. Elles ont dû batailler ferme pour se faire un nom à Wall Street. Mais Goldman Sachs est devenue très proche de l'establishment. On retrouve des anciens de Goldman un peu partout dans les hautes sphères du pouvoir à Washington, etc. Lehman n'a quant à elle jamais joué le jeu du trafic d'influences. Ce n'est pas son truc ; c'est une banque aux méthodes de voyous sans foi ni loi alors que Goldman a réussi à enrober ses méthodes de pirates sous une enveloppe de respectabilité. On ne se met pas en avant chez Goldman Sachs, c'est l'intérêt de la firme qui transcende celui des individus. Chez Lehman, c'est l'inverse. En plus, comme toujours dans ces cas-là, il y avait un conflit de personnes : Paulson détestait Fuld (patron de Lehman au moment de sa chute, Ndlr). C'étaient des inimitiés qui défrayaient la chronique entre deux banques de la même origine historique mais qui ont pris des chemins séparés. L'une est devenue institutionnelle, l'autre pas. " Quelques mois après la chute de Lehman Brothers, en janvier 2008. Quand la Société Générale est frappée par la fraude Kerviel, l'ancien président et fondateur du groupe Dexia (le Français Pierre Richard), propose à son homologue Daniel Bouton un mariage fructueux entre égaux. Un mariage que le microcosme, à Bruxelles comme à Paris, verrait d'un bon oeil. Mais voilà : la Société Générale décline l'offre. Pourquoi ? " Parce que comme toujours dans les fusions et les acquisitions entre groupes égaux, nous dit Marc Roche, il y a des problèmes d'ego entre personnes et de répartition des postes à responsabilité. A l'époque, Daniel Bouton cherchait à rebondir avec une grosse acquisition. Mais Pierre Richard se voyait devenir président du nouveau groupe et quelqu'un de la SocGen directeur général. L'idée n'a pas plu à Daniel Bouton, qui en plus regardait Dexia de haut. Bref, folie des grandeurs et aveuglement de deux autocrates ont eu raison du projet de mariage. " " Qui sait que Baudouin Prot est resté pendant trois ans président du conseil de BNP Paribas alors qu'il était sous médicaments ? " : pour Marc Roche, la question est loin d'être anodine. Victime d'un burn-out à 63 ans, Baudouin Prot, le président du conseil d'administration de BNP Paribas a mis prématurément un terme à plus de 30 années de carrière au sein de la banque, deux ans avant la fin de son mandat. Ce malaise, le directeur de BNP Paribas est loin d'être le seul dirigeant de banque à l'avoir connu. " En France, l'affaire Kerviel, qui a dévasté la Société Générale, a provoqué une dépression nécessitant une hospitalisation de son PDG, Daniel Bouton, assommé par les médicaments. Au Royaume-Uni, Hector Sants, l'ancien régulateur devenu banquier, a démissionné de Barclays en raison du stress permanent de sa mission de contrôle des risques. Quant au chairman de Fortis, Maurice Lippens, il a également perdu les pédales. " " Le problème de tous ces burn-out, juge Marc Roche, derrière lesquels se cachent en réalité des dépressions mentales, c'est qu'aucune banque n'a publié l'état de santé de ses dirigeants. Or, ce sont des sociétés cotées en Bourse et des banques systémiques. On a caché cet élément essentiel de la crise aux actionnaires. " En fait, selon Marc Roche, l'humain reste un gros facteur de risque des crises bancaires. " Le scandale de la violation des sanctions américaines contre le régime génocidaire soudanais par BNP Paribas relève de décisions humaines, prises à Genève. Les ordinateurs n'ont joué aucun rôle. Finalement, toute la crise se lit comme des dérèglements humains ", insiste Marc Roche. Amanda Staveley est un personnage étonnant du livre. Marc Roche nous apprend que c'est cette jeune dame qui a joué les entremetteuses avec des investisseurs proches-orientaux pour sauver la banque britannique Barclays de la nationalisation et la vendre aux émirs. " Fille d'un entrepreneur du Yorkshire formée dans les meilleurs pensionnats privés du royaume, Amanda Staveley a tout pour plaire, écrit-il dans la scène 32 du livre intitulée "Amanda, mystérieuse sirène du Golfe". Grande, élancée, mince, elle s'habille chez les plus grands couturiers londoniens. (...) Son talent ? Entretenir des contacts au plus haut niveau au sein des familles princières des Emirats. Malgré son jeune âge, Amanda Staveley a une longue expérience du business au Moyen-Orient. (...) C'est par l'intermédiaire du roi de Jordanie que cette native d'un petit village chic du nord de l'Angleterre rencontre le prince Andrew en 2003. Le fils cadet de la reine l'a beaucoup aimée au point d'avoir demandé sa main. (...) Mandatée par Barclays, celle qui partage désormais son temps entre Londres et Dubaï reprend son bâton de pèlerin pour sillonner la région en vue de convaincre les fonds souverains de sauvegarder le symbole par excellence du passé colonial britannique. Il y a d'autant plus urgence à trouver l'argent dont a besoin Bob Diamond que la situation économique s'aggrave au Royaume-Uni. " Comme quoi les origines aristocratiques restent importantes pour vendre des services financiers au Proche-Orient.