Depuis plus de 10 ans, les "fintechs" - les start-up associant services financiers et technologie mobile - et opérateurs mobiles grignotent patiemment mais sûrement du terrain face aux poids lourds américains - Western Union, MoneyGram et Ria - et aux banques.

Ces jeunes sociétés proposent des services d'envoi d'argent par téléphonie mobile et/ou internet et se livrent une concurrence acharnée.

Certaines sont devenues - à prix d'or - des filiales de géants du web: la britannique WorldFirst a été rachetée en février par Ant Financial, filiale du chinois Alibaba, pour environ 700 millions d'euros selon des informations de presse, tandis que l'américain Paypal avait mis la main dès 2015 sur sa jeune compatriote Xoom pour 890 millions d'euros.

D'autres demeurent indépendantes. La britannique Transferwise affiche le montant de financement le plus élevé, près de 400 millions de dollars, et une valorisation de 3,5 milliards de dollars.

Elle se targue d'être rentable tout comme sa compatriote WorldRemit, lancée en 2010, qui cible particulièrement le marché des migrants et a également levé près de 400 millions de dollars, dont 175 millions au début du mois de juin.

Parmi ces start-up à l'ascension fulgurante, l'américaine Remitly a, elle, choisi de s'allier fin avril à l'opérateur historique Ria.

Enfin, les mastodontes des télécoms s'imposent aussi, comme le britannique Vodafone avec le système d'argent mobile M-Pesa, très présent en Afrique particulièrement au Kenya, ou encore le sud-africain MTN et le français Orange, associés depuis fin 2018 pour développer leurs services d'argent mobile en Afrique.

- Marché prometteur -

Le marché est prometteur: en 2018, le volume mondial des transferts d'argent entre particuliers a représenté 689 milliards de dollars, selon un rapport de la Banque mondiale, dont 529 milliards à destination d'habitants de pays en développement, soit une hausse de 9,6% sur un an.

"Les envois de fonds sont en passe de devenir la principale source de financement extérieur des pays en voie de développement", souligne Dilip Ratha, économiste en chef de la Banque Mondiale qui dénonce toutefois "les coûts élevés des transferts".

Les frais pour un envoi de 200 dollars ont atteint 7% en moyenne au premier trimestre de 2019, mais peuvent amplement dépasser les 10% à destination de l'Afrique ou des îles du Pacifique. D'après l'institution, les banques restent le moyen de transfert le plus cher (11% de frais), suivi des bureaux de poste (plus de 7%).

Les sociétés traditionnelles de transfert d'argent ne sont pas en reste. L'association française de consommateurs UFC-Que Choisir a ainsi porté plainte en novembre 2018 contre Western Union et MoneyGram pour "pratiques commerciales trompeuses", fustigeant leur tarification opaque.

"La meilleure façon de baisser les coûts est d'augmenter la concurrence sur ce marché", juge Dilip Ratha qui plaide pour une multiplication des partenariats. D'où la guerre des prix lancée par les "fintechs", notamment avantagées par l'absence de coûts liés à l'entretien d'un réseau physique de guichets.

"Le passage au numérique est un passage vers l'économie formelle", analyse Ismail Ahmed, fondateur de WorldRemit, dans un entretien à l'AFP. "Dans de nombreuses régions, particulièrement en Afrique où Western Union a l'exclusivité avec beaucoup de banques, il reste un long chemin à parcourir".

A l'instar de ses concurrents, son objectif est de croître rapidement car l'envoi d'argent dématérialisé devrait supplanter l'envoi d'argent liquide. Selon une estimation de Business Insider Intelligence publiée sur le blog de la Banque Mondiale, d'ici 2023, les transferts numériques devraient représenter 50% du volume total des envois contre environ 35% en 2018.