On ne présente plus Degroof Petercam en Belgique. Issue de la fusion de la Banque Degroof et de la Société de Bourse Petercam en 2015, pilotée aujourd'hui par Philippe Masset, c'est la seule grande banque privée familiale du pays, avec une cinquantaine de milliards d'actifs sous gestion et un gros tiers de parts de marché du corporate finance (les opérations financières concernant le financement des entreprises et la maximisation de leur valeur). Mais ce nom commence également à résonner dans le paysage bancaire français.
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On ne présente plus Degroof Petercam en Belgique. Issue de la fusion de la Banque Degroof et de la Société de Bourse Petercam en 2015, pilotée aujourd'hui par Philippe Masset, c'est la seule grande banque privée familiale du pays, avec une cinquantaine de milliards d'actifs sous gestion et un gros tiers de parts de marché du corporate finance (les opérations financières concernant le financement des entreprises et la maximisation de leur valeur). Mais ce nom commence également à résonner dans le paysage bancaire français. En quelques années, la filiale française du " Lazard belge " - tel qu'on surnomme parfois Degroof Petercam en France - a su implanter à Paris le modèle qui a fait historiquement la force du groupe : associer la gestion de patrimoine, la gestion d'actifs et la banque d'affaires. Ou pour le dire autrement, offrir une large palette de services (monter des opérations de fusion ou des introductions en Bourse, offrir des conseils en gestion patrimoniale, aider une entreprise à trouver les moyens de son développement, etc.) tout en étant un acteur de marché capable de placer du papier auprès des investisseurs. " C'est un positionnement assez original, très proche en réalité d'une banque d'affaires américaine, explique Cyril Kammoun, qui dirige Degroof Petercam Finance à Paris. Nous donnons aux ETI (entreprises de taille intermédaire, Ndlr) l'accès à une technologie ou des services qu'elles ne retrouvent pas dans les banques commerciales ou des boutiques spécialisées - dans les fusions et acquisitions, les introductions en Bourse, etc. - qui ne sont pas des banquiers privés. Car le bon banquier privé est aussi un banquier d'affaires. Il faut en effet bien comprendre le fonctionnement de l'entreprise si l'on veut bien gérer le patrimoine de l'entrepreneur. " Le marché français n'a jamais laissé indifférent le management de Degroof et plus spécialement le président du groupe, Alain Philippson. Mais pour en arriver là, la route n'a pas été toute droite. L'histoire de l'implantation est relativement récente et débute en 2001. Cette année-là, la Banque Degroof prend une participation de 50 % dans Philippe Patrimoine, un gestionnaire de... patrimoine. En 2004, elle devient actionnaire de la banque Altra. En 2008, la Banque Degroof acquiert la totalité des parts d'Altra qui absorbe alors Philippe Patrimoine et acquiert Aforge, une société active dans le corporate finance et le family office. Cette opération, quelques mois avant l'explosion en vol de Lehman Brothers et le scandale Madoff, n'est pas une réussite. D'une part parce qu'Aforge fait partie des intermédiaires qui ont vendu des produits Madoff. D'autre part parce qu'en 2009, une grande partie de l'équipe de corporate finance de cette entité rejoint la Banca Leonardo. Tout cela cependant appartient au passé. Ces dernières années, la filiale hexagonale a réellement pris son essor sous la houlette de quelques " smart guys ", possédant une expérience de banquiers d'affaires à l'anglo-saxonne. Cyril Kammoun, ancien associé-gérant de la banque d'affaires Oddo, qui pilote aujourd'hui l'activité de corporate finance, rejoint le pôle français de Degroof en 2013. Deux ans plus tard, François Wohrer (ancien responsable d'UBS Investment Bank et ancien patron de BBVA France) devient le CEO de Degroof Petercam France. " J'ai été le deuxième recrutement réalisé par Philippe Masset (le premier était Jean-Marc Verbist, le DRH du groupe, Ndlr), se rappelle François Wohrer. Je suis arrivé début 2015 avec pour mission de fusionner toutes ces entités qui n'avaient pas l'habitude de travailler ensemble et mieux intégrer la partie française. Nous avions 17 entités juridiques différentes. Elles ne sont plus que trois. Nous avons dégagé des synergies revenus et coûts. Nous avons renforcé la marque (le nom d'Aforge n'existe plus, Ndlr). Et nous continuons à développer, dans la gestion d'actifs, les stratégies qui font partie de nos spécialités. Certaines expertises telles que les obligations convertibles sont en effet très françaises. " La filiale française de Degroof a également mis l'accent sur le développement du family office, afin d'aider les clients à gérer leur patrimoine dans son ensemble : portefeuille de valeurs mobilières, mais aussi immobilier et patrimoine professionnel. " Aforge avait développé une très bonne approche dans ce domaine avec un mode de rémunération sans rétrocession, totalement transparent, sous forme d'honoraires payés en fonction des missions opérées pour le client ", précise François Wohrer. Le résultat de cette politique porte ses fruits. Les revenus de Degroof France, qui emploie une centaine de personnes, ont quasiment doublé en trois ans. Ils s'élèvent aujourd'hui à une trentaine de millions d'euros sur un total d'environ 450 millions d'euros au niveau du groupe. Une bonne moitié de cette performance provient de l'activité de corporate finance. Selon le classement établi par Private Placement Monitor en collaboration avec l'agence Standard & Poor's, Degroof Petercam s'est hissée, l'an dernier, à la troisième place sur le marché des placements privés obligataires réalisés en Europe et à la quatrième place dans l'Hexagone, juste derrière les gros calibres que sont Natixis, SocGen et Crédit Agricole. " Entre 2013 et aujourd'hui, nos revenus dans ce métier ont été multipliés par cinq, passant de 3 à 15 millions environ, se réjouit Cyril Kammoun. Un fort développement qui s'explique parce que nous avons changé notre offre. " Auparavant, Degroof se focalisait en France sur des petites entreprises valorisées entre de 10 à 50 millions d'euros en moyenne. Ce n'est plus le cas aujourd'hui : les opérations peuvent peser plusieurs centaines de millions, comme l'émission de 600 millions d'obligations à haut rendement réussie pour Quick l'an dernier, ou l'accompagnement de la société d'investissement Ardian dans l'acquisition, cette année, de 60 % de GPS, une société valorisée à 550 millions spécialisée dans l'ingénierie de produits pour les grands industriels. " Cette montée en puissance nous permet d'assurer davantage de volumes, davantage de marges, et davantage de probabilités d'exécuter des opérations ", constate Cyril Kammoun. Une dynamique qui n'est pas près de s'arrêter avec l'arrivée en septembre d'un nouveau " gros calibre ", Franck Silvent, l'ancien numéro deux de la Caisse des Dépôts française, qui vient renforcer le département corporate finance... Le corporate finance permet aussi de nouer des relations solides avec des clients qui auront besoin d'autres services dans le futur. " A ce titre, être une banque leader en Belgique et à Luxembourg constitue pour nous un avantage comparatif, explique François Wohrer. Nous ne voulons évidemment pas mettre tous nos clients dans le Thalys ! Mais la Belgique et le Luxembourg sont deux pays intéressants pour développer des solutions dans l'ingénierie patrimoniale. " D'ailleurs, l'objectif à terme est que les revenus de Degroof Petercam en France soient davantage balancés. La filiale française du " Lazard belge " voudrait ainsi doubler ses actifs sous gestion d'ici à 2020 et, sans perdre sa dynamique, que le corporate finance ne représente plus que 35 % de ses revenus et non plus 50 % comme aujourd'hui. Et sur le plan géographique, François Wohrer désire, entre autres, renforcer l'implantation dans le Nord de la France. " Nous avons de grandes ambitions ", conclut le patron de la filiale française de Degroof Petercam. On le croit volontiers.