D'ailleurs, le prix de l'or libellé en dollar a légèrement augmenté de 3,7% sur la même période. Mais la progression du prix (ou faut-il parler de taux de change ? ) du bitcoin sur la même période est beaucoup plus impressionnante puisque celui-ci a gagné pas moins de 47% de sa valeur en un mois. L'engouement pour le bitcoin est interpelant et pourrait intuitivement être associé à la frilosité des marchés boursiers. Holà, pas si vite... !

On se rappellera que le bitcoin a gagné ses premiers galons lorsque la politique monétaire est devenue très accommodante aux Etats-Unis : la création algorithmiquement limitée de bitcoins s'opposait en effet à la création massive de liquidités par la Fed. S'en suivait la crainte d'une crise monétaire majeure des principales devises, et donc d'un repli vers cette innovation monétaire dont personne ne comprenait le sens, si ce n'est qu'elle est rare. L'histoire ne s'est pas vraiment passée comme prévu, et l'engouement pour le bitcoin s'est rapidement transformé en une crise majeure de cette nouvelle forme de " monnaie ".

Le bitcoin n'en est pas mort pour autant. Certains investisseurs continuent d'y accorder leur confiance. L'argument avancé est resté le même : il est produit en quantité limitée et est de plus en plus demandé. Bref, il est rare, et ce qui est rare est cher.

Apparences trompeuses. Les évolutions des prix des différents actifs durant le mois de mai tendraient donc à valider l'idée selon laquelle, petit à petit, le bitcoin s'impose comme une nouvelle forme de valeur refuge. Pourtant, on en est très loin. Une valeur refuge est " décorrélée " des autres classes d'actifs, et des marchés boursiers en particulier. Ce fut le cas en mai. Mais lorsque les marchés boursiers ont plongé entre octobre et décembre 2018, il en fut de même du prix du bitcoin. Identiquement, au cours du rallye boursier de janvier à avril, il a suivi le mouvement de hausse, et toujours avec des amplitudes bien plus importantes que celles des marchés " classiques ". Dès lors, l'évolution du prix du bitcoin qui, sur un an, reste stable mais a connu des variations énormes, ressemble plus à celle d'un actif très risqué et volatil qu'à celle d'une valeur refuge. Des modes, des craintes, des rumeurs ou n'importe quelle autre théorie fumeuse influencent davantage le prix de la cryptomonnaie que l'évolution fondamentale de l'économie.

Ceci étant, la question de savoir si de nouvelles valeurs refuges vont apparaître est pertinente. D'ailleurs, on peut se demander quel actif fait aujourd'hui encore office de valeur refuge. Sur une plus longue période, le prix de l'or ne montre pas de mouvement important et ce, malgré les nombreux risques commerciaux et géopolitiques, en ce compris durant les période de fortes fluctuations des marchés boursiers. Il en va de même d'autres valeurs refuges " classiques ".

Pour qu'un actif devienne une valeur refuge au sens strict du terme, il faut que la grande majorité d'une communauté soit convaincue que ledit actif pourra être utilisé comme moyen d'échange, et ce même en cas d'implosion des structures économiques, financières et monétaires existantes. Rien n'empêche d'imaginer qu'un jour, une monnaie électronique tienne ce rôle. Mais pour y arriver, quelques conditions devront être remplies : il faudra d'abord une plus grande confiance dans la capacité à utiliser un actif dématérialisé en toutes circonstances. Or, le développement exponentiel de la cyber-criminalité risque de refroidir cette confiance. Il faudra ensuite que l'actif électronique émis le soit par une autorité publique, ou qu'il soit au moins garanti, d'une manière ou d'une autre, par un collatéral tangible, ce qui retire une partie de l'intérêt et de la substance d'une monnaie électronique. Bref, si la question de savoir si un actif comme l'or conservera son statut de valeur refuge est pertinente, comprendre quelle forme d'actif pourrait prendre le relais dans le futur est loin d'être aisé. Mais je suis prêt à prendre le pari qu'il ne s'agira pas du bitcoin...