En mai 2010, un programmeur de Floride payait 10.000 bitcoins pour deux pizzas. Avec le recul, c'était une pizza bien chère, mais qui aurait un jour pensé qu'un code informatique allait valoir plus de 15.000 dollars ?
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En mai 2010, un programmeur de Floride payait 10.000 bitcoins pour deux pizzas. Avec le recul, c'était une pizza bien chère, mais qui aurait un jour pensé qu'un code informatique allait valoir plus de 15.000 dollars ?La planète reste bouche bée ces dernières semaines devant l'ascension spectaculaire de la monnaie numérique. Pour de nombreux observateurs, le bitcoin est la tulipe de notre époque. Sa valeur est ce que le fou lui en donne, et la bulle se dégonflera à l'épuisement du stock de fous. Quand ? Personne ne le sait. La cupidité humaine et la spéculation ne se laissent pas capturer dans des formules.En soi, le bitcoin est une bulle inoffensive. Si elle se vide, le système financier ne s'écroulera pas. Pourtant, ce n'est pas tout. L'explosion du cours du bitcoin est le canari dans la mine de charbon qui prévient du danger d'explosion sur les marchés financiers.Il est le signal que la chasse au rendement devient toujours plus insolente et absurde. Il se trouve que la Banque Centrale européenne, certes à la base de ce comportement avec sa politique monétaire extrêmement souple, a mis en garde la semaine dernière du fait que les investisseurs ne seront probablement plus rémunérés correctement pour les risques qu'ils prennent.Pour le dire autrement, les actions et les obligations sont devenues trop chères, particulièrement si l'économie bascule ou si la volatilité augmente sur le marché. Les plus vulnérables aux sautes d'humeur sur les marchés sont les actions américaines et les obligations d'entreprises à haut risque. Les actions européennes subissent encore un test de valorisation, du moins si les sociétés européennes peuvent aller jusqu'au bout de la restauration des profits. Celui qui se moque des investisseurs en bitcoin doit peut-être d'abord examiner les risques dans son propre portefeuille.Le point d'ancrage des marchés reste bien sûr les taux d'intérêt particulièrement faibles et sans risque. Tant que ceux-ci sont faibles, le reste peut rester cher. Et avec les taux d'intérêt, il y a aussi un phénomène étrange, comme l'observe la Banque des Règlements Internationaux (BRI).À présent que l'économie mondiale est à vitesse de croisière et que les Banques Centrales américaine et européenne lèvent lentement, mais sûrement, le pied de la pédale d'accélérateur, le taux à long terme devrait remonter. Mais celui-ci est aux abonnés absents. La BRI parle d'une énigme, tout comme en 2005, lorsque le président de la Fed Alan Greenspan avait dû constater que le taux à long terme restait faible, malgré les hausses répétées du taux directeur.À l'époque aussi, les investisseurs se faisaient rémunérer de moins en moins généreusement pour les risques qu'ils prenaient, jusqu'à ce que la facture tombe dans la boîte en 2008. Dans chaque cas, il y a toujours, parallèlement aux banques centrales, des forces fondamentales à l'oeuvre qui maintiennent le taux d'intérêt et l'inflation à des niveaux bas.Vous avez le choix entre un excédent mondial d'épargne, le vieillissement de la population, la faible croissance de la productivité, la lenteur de la hausse des salaires et la numérisation. Le taux d'intérêt faible est une énigme encore bien plus grande que le prix du bitcoin.La beauté des bulles est qu'elles naissent dans l'ébullition de l'innovation. Avec le bitcoin, il n'en est pas autrement. Il est un pionnier du blockchain qui, en tant que registre décentralisé, rend des transactions sécurisées possibles. Cela semble compliqué, mais il s'agit d'une innovation fondamentale."Il y a trois grandes tendances technologiques qui redessinent tout. L'internet a rendu l'information gratuite. L'intelligence artificielle rend l'expertise gratuite. La dernière vague est celle du blockchain. La confiance devient aussi gratuite", dit Ben Schrauwen, un spécialiste en intelligence artificielle.La chaîne de données a d'innombrables applications, car la confiance est un élément essentiel à tout modèle de business. Cela s'applique par excellence à celui des banques centrales, mais elles mettent cette confiance à rude épreuve avec leur politique monétaire expérimentale.Le succès du bitcoin est, pour cette raison, aussi une motion de méfiance contre cette politique monétaire. La numérisation de la confiance persistera plus longtemps que la tulipomanie...