Pierre Wunsch, le gouverneur de la Banque nationale, présentait voici quelques jours le dernier rapport sur la stabilité financière du pays, insistant une fois encore sur le défi constitué par ces taux bas qui se prolongent depuis des années. Un environnement qui pousse les banques (qui affichent encore en 2018 un honnête rendement sur fonds propres de 8%), à octroyer peut-être un peu trop de crédits.

L'encours des crédits hypothécaires a en effet atteint 200 milliards d'euros, soit quatre fois plus qu'au début des années 2000. Or, les nouveaux prêts sont souvent plus risqués, parce que bénéficiant de conditions plus souples. En plus, ils génèrent des marges plus faibles, qui ne reflètent parfois pas le risque pris, souligne Jean Hilgers, directeur de la BNB. Celui-ci ajoute cependant que le taux de défaut est aujourd'hui très réduit (il est passé en dessous de 1% l'an dernier).

La BNB a néanmoins obligé les banques à mobiliser beaucoup plus de fonds propres face à ces crédits hypothécaires : de 10% voici quelques années à 18% aujourd'hui. Ces institutions disposent donc d'un matelas plus rembourré en cas de choc.

"Nous aurons besoin d'un gouvernement"

Mais il n'y a pas que le crédit hypothécaire. La BNB observe aussi une " intensification de la croissance des prêts aux entreprises ". En fait, la production de nouveaux crédits, aux entreprises ou aux ménages, a crû l'an dernier de près de 6%, un rythme bien supérieur à celui de la croissance de l'économie.

Du coup, la BNB envisage de demander aux banques de mettre de côté un peu plus de capital encore (un rabiot équivalent à 0,5% des crédits) pour essayer de tempérer l'octroi de crédits. " La mesure peut paraître contradictoire dans un contexte économique où l'on parle de ralentissement, observe Pierre Wunsch. Mais comme le cycle financier est plus long que le cycle conjoncturel, il peut paraître opportun d'imposer, temporairement, des obligations de capital supplémentaires. Un capital qui serait libéré si le cycle venait à se retourner ", ajoute-t-il.

La BNB n'a pas encore arrêté sa décision, elle en discute avec le gouvernement. Mais la France et le Luxembourg ont déjà adopté ce type de mesures.

A propos de gouvernement, le paysage politique morcelé sorti récemment des urnes constitue-t-il aussi, selon Pierre Wunsch, un risque financier ? Fin 2011, les marchés avaient attaqué la Belgique, sans gouvernement, en poussant son taux à 10 ans à 6% ? " La situation n'est pas comparable aujourd'hui ", répond le gouverneur, ni au niveau économique ni monétaire. Mais, poursuit-il-il, un pays sans gouvernement a tendance à accroître son déficit public (par les dépenses sociales notamment). Et donc, " nous aurons besoin un jour d'un gouvernement. Mais ce n'est pas un scoop ", conclut Pierre Wunsch.